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24/05/2007

Machiavélien mais pas machiavélique

 

Est-ce l'ambiance actuelle qui le suscite ? Elle donne envie de s'intéresser à la philosophie politique. Elle donne envie de lire ou de relire Machiavel. Le commentaire de Nicolas à propos du blog de Xavier Darcos tombait à pic. Je suis justement en train de relire "Le Prince". Et je cherche toujours désespérément les premières oeuvres du (futur) Général de Gaulle : "Le fil de l'épée" en particulier. On ne le trouve que d'occasion à 226 Euros ! Quand va-t-on se décider à rééditer ses études d'avant-guerre ? 

Mais c'est bien Machiavel qui écrit :

"Les hommes aimant selon leur gré et craignant selon le gré du prince, un prince sage doit se fonder sur ce qui lui est  propre, non pas sur ce qui est propre à autrui : il doit donc s'efforcer de fuir la haine."

On comprend pourquoi le livre de Machiavel fut évidemment tout de suite mis à l'index. Ce n'est pas tant qu'il ignore complètement Dieu dans son analyse du pouvoir des Princes. Ils n'étaient alors que de droit divin. Ce n'est pas tant qu'il approuve froidement les massacres perpétrés par César Borgia : "Car, des seigneurs qu'il avait dépouillés, il en tua autant qu'il put en atteindre et très peu nombreux furent ceux qui eurent la vie sauve". C'est bien parce que ce choix qu'il préconise entre l'amour et la crainte est sans doute une des phrases les plus antichrétiennes que l'on puisse écrire. L'amour ne libère pas, il rend dépendant, affirme Machiavel en prenant le contrepied de tout l'enseignement chrétien. Et c'est pour en dissuader le Prince et le condamner ainsi à la solitude du pouvoir tyrannique.

On en retrouve  l'echo dans les vers de Racine :

L'impatient Néron cesse de se contraindre ;
Las de se faire aimer, il veut se faire craindre.

On peut d'ailleurs inverser le propos : Las de se faire craindre, il veut se faire aimer. Quiconque a des responsabilités sait bien que les relations humaines ne sont plus les mêmes quand la hiérarchie s'en mêle, et qu'il faut faire des sacrifices. On s'en tire parfois en adoptant un comportement paternel qui allie l'affection et l'autorité. C'est plutôt mon penchant. Un non-choix ou un bon équilibre ?

Commentaires

J'ai l'expérience personnelle et douloureuse de la manipulation mentale que représente l'amour vu par des croyants bien intentionnés et bien mal informés... et le chantage affectif exercé par des religieux autour de l'amour divin... Il m'a fallu des années pour en guérir !
Mais comme je suis un amoureux de la Bible, je constate que dans celle-ci, l'amour n'a de sens que si la justice est respectée -les philosophes médiévaux disaient que la première des vertus cardinales est la prudence, et que la justice en est son corollaire-.
Donc, d'abord réglons les problèmes de justice avec une âme de serpent s'il le faut (la crainte de Machiavel peut être une propédeutique au respect) et on verra les questions d'amour ensuite. L'amour chrétien est un amour de pardon (après les luttes et les divisions) avant d'être une fusion affectivo-sentimentale gélatineuse.
Machiavel a tout-à-fait raison de remettre les pendules à l'heure sur ce plan

En revanche, aujourd'hui il est difficile de parler de libération (donc par la responsabilisation) sans passer par la solidarité (et donc une certaine dépendance).

Écrit par : Nicorazon | 26/06/2007

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