05.09.2008
Rentrée "on the cloud"
J'aime bien Nicholas Carr qui ne s'est jamais laissé prendre à certaines naïvetés Web 2.0 tout en sachant souvent y déceler les mouvements de fond qui expliquent les vagues. Voir par exemple son analyse à propos de Chrome.
La thèse de son dernier livre "The big switch" porte sur une évolution de l'informatique vers un modèle centralisé, "on the cloud" comparable à la disparition de la production locale et privée d'électricité au profit d'entreprises spécialisées. L'électricité devient alors moins chère et de meilleure qualité se tranforme alors en simple commodité, disponible pour tous, avec les avantages dont nous disposons encore aujourd'hui.
Le livre est déjà paru depuis plusieurs mois, et Francis Pisani y consacre quelques notes. En guise de rentrée sur le Web, j'y ai laissé un commentaire qui peut également servir de rentrée sur ce blog :
La comparaison entre l’énergie électrique et “l’énergie informatique” est tentante et stimulante. Les évolutions actuelles (the cloud) semblent aller dans le sens décrit par N. Carr. Et pourquoi continuer à - mal - utiliser une informatique en local quand des professionnels le font mieux et pour moins cher.
Il y a pourtant une différence de taille : L’énergie électrique se transporte et ne se stocke pas. L’énergie informatique ne se tranporte pas, ce sont les données qui se tranportent. J’utilise des CPUs, mémoires et dispositifs informatiques à distance avec des données que je leur envoie et que j’exploite une fois transformées. Mes données pourront être stockées en local ou à distance ; dans la pratique elles sont souvent répliquées sur les deux sites.
L’électricité est un simple flux qui ne porte rien d’autre que lui-même au service de la production d’autre chose. Les TIC sont un flux, mais surtout un stock dont la valeur ne se mesure pas qu’en pur volume. Tous les Go ne se valent pas, et si l’on peut bien imaginer un Go banalisé, ouvert et disponible à tous “on the cloud”, je doute que le Go à vraie valeur ajoutée pour celui qui le possède soit confié aux opérateurs du nuage.
Tout commentaire, de rentrée également, est bienvenu sur ce sujet, comme sur d'autres...
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01.08.2008
Dernière de l'année
Très peu actif sur ce blog en juillet, je reviendrai en septembre.
Très peu actif, car trop pris par un boulot très intense : le mien et celui de mes collègues qui sont en congés. Tout ça dans un contexte de Xième "plan social" dont je finirai bien par faire partie, un jour.
Très peu actif aussi, car j'écris principalement pour moi-même sans me soucier de la cadence, de la forme, des conventions, des règles (y en a-t-il ?) du blogging. A ce point, c'est peut-être manquer de respect pour ses lecteurs. J'attends vos commentaires sur ce sujet
En attendant, je ferme tout : Téléphone, PC, Télé, journaux et informations. Et bien sûr pas de Jeux Olympiques.
J'en profite pour piquer son logo à Cath, qui ne m'en voudra pas.

13:17 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
25.07.2008
Mauriac, Malagar, ses écrits, son actualité
On imagine mal, aujourd'hui, l'influence que pouvait avoir François Mauriac. Ses articles du Figaro, puis de l'Express, étaient réputés pouvoir déplacer des centaines de milliers de voix. Ainsi, dans un article de décembre 1955, il prend position pour Pierre Mendès France, provoquant la réplique du Cardinal Saliège : « les laïcs qui prétendent engager la conscience chrétienne dans un parti n'ont aucune autorité pour le faire. » C'est, qu'à l'époque, le vote catholique comptait, et Mauriac était LE grand écrivain catholique. Dans ces années là, son oeuvre romanesque était déjà derrière lui. Il n'écrira plus qu'un dernier livre, à la toute fin de sa vie : "Un adolescent d'autrefois". Un livre qu'il aurait pu écrire dans les années 30, où il ne se renouvelle pas, mais qui démontre qu'il n'a rien perdu de cette espèce de perfection qui lui est propre.
C'est donc après la guerre, qu'il entame une deuxième carrière, de journaliste. Ce qui reste de meilleur de Mauriac, nous dit Charles Dantzig dans son Dictionnaire égoïste de la littérature française. On lit encore son Bloc-Notes, La paix des cimes, ses Mémoires intérieurs. Il s'y passionne pour la politique de son temps, et sa voix compte. A cause de son catholicisme, il est catalogué à droite, ce qu'il n'est pas. Il a l'avantage pour cette droite, disqualifiée à la sortie de la guerre, d'avoir fait les choix que l'histoire approuvera. Au moment de la guerre d'Espagne, pendant l'occupation, contre la guerre d'Indochine et enfin lors du drame algérien, il est à chaque fois lucide et prend un parti qui, aujourd'hui, n'est plus discuté. C'est sans doute pour ça, et pour cette clairvoyance, remarquable à l'époque, que ses écrits politiques nous intéressent moins. La cause est entendue, et nous, qui connaissons la fin de l'histoire, suivons avec peu d'intérêt des débats où ses prises de position nous semblent simple évidence, et ses adversaires particulièrement obtus. Les hommes politiques de l'époque : Joseph Boncour, Laniel, même Mendès France sont bien oubliés. C'est une leçon pour aujourd'hui, pour tous les sarkomanes, qu'ils soient sarkophiles ou sarkophobes. Ils seront stupéfaits et nous aussi, voire attérés de retrouver, plus tard, l'incompréhensible brouhaha qu'ils ont mis tant d'énergie à produire autour de leur obsession. C'est le lot de tout journalisme, et particulièrement du journalisme politique. Mauriac n'y échappe pas.
Plus tard vient de Gaulle. Jacques Laurent a eu bien tort d'écrire son Mauriac sous de Gaulle. Mauriac n'avait rien à attendre de De Gaulle, et il ne lui devait rien. Il était connu depuis bien plus longtemps, son prestige datait des années 20, quand De Gaulle n'était encore qu'un capitaine parmi d'autres. Il avait déjà tous les honneurs possibles, Légion d'honneur, l'Académie française depuis 1933, le Prix Nobel en 1952. Son soutien ne lui a rien rapporté. Comme Malraux, il a tout de suite distingué en lui l'homme exceptionnel qui se rencontre rarement dans l'histoire. Il ne pouvait pas le manquer.
Cette politique, cette histoire là est finie, on en connaît le fin. Elle ne nous passionne plus. Quoi d'autre alors dans ces bloc notes et ces mémoires ? L'Académie française par exemple ! Quoi ?l'Académie française, cette institution inutile et gâteuse ! Eh bien oui. Laniel, Mendès France et même De Gaulle paraissent fades à côté d'André Chaumeix. La politique est un sujet de devoir pour Mauriac. Il fallait bien qu'il participe au débat, parce que l'actualité le demande. Mais ce qui l'intéresse au fond, ces sont les ressorts de l'ambition, du pouvoir, les haines et les amitiés. Et comme il n'est pas de la partie, il ne peut avoir qu'un regard extérieur sur une politique dont il devine seulement certains aspects sans y participer. Alors qu'à l'Académie française, il est chez lui. Depuis plus de 20 ans, il en connaît tous les secrets et c'est un milieu qui en vaut bien un autre pour disséquer l'âme humaine, son vrai génie.
Voici donc Chaumeix : « Comment êtes-vous avec Chaumeix ? » Tout Paris savait qu'avoir Chaumeix pour soi signifiait presque toujours qu'on avait partie gagné » Chaumeix, critique littéraire, ne publiait rien. « C'est que les provinciaux ont la naïveté d'attendre d'un membre de l'Académie qu'il publie des ouvrages, et ils comptent sur les titres de ses livres pour se souvenir d'un auteur.[...] Mais la grâce qu'avait reçue André Chaumeix était celle d'arriver à tout en ne publiant rien[...] André Chaumeix n'entra à l'Académie française qu'en 1930. Depuis longtemps, il avait choisi ce champ de bataille, ou plutôt ce bastion, et dès qu'il y eut pénétré il consacra sa vie à y établir l'esprit de droite et à le faire triompher. »
Chaumeix, dès lors, sera le véritable patron de l'Académie, au service de ses idées politiques. Son chef d'oeuvre, il le construira à la Libération. La droite et même l'extrême droite déconsidérée, « quai Conti, ne commettait pas une seule faute de tactique et, aussi compromise qu'elle parût être, elle allait en très peu de mois réoccuper toutes les positions perdues. Chaumeix manoeuvra si bien qu'il sut trouver chez des académiciens irréprochables durant l'Occupation une alliance lui permettant de regagner des sièges et de faire élire des littérateurs qui lui devraient tout : Le pion se laissait pousser par le doigt du joueur avec une docilité dont je pourrais donner des exemples incroyables. Après avoir été manoeuvrés, durant des années, lorsque enfin le meneur de jeu leur entrebâillait la porte, j'en ai vu qui trouvaient encore la force de l'embrasser en pleurant de joie. Ainsi les pauvres chiens de laboratoire lèchent la main du vivisecteur qui les recoud. En revanche, les orgueilleux, qui ne manquent pas dans les lettres, s'éloignèrent presque tous .»
Martin du Gard, Malraux, Sartre, Camus, Gide furent de ceux qui refusèrent de s'humilier devant Chaumeix. Mauriac, bon observateur, mais piètre tacticien, n'avait pas ce désir de pouvoir qui lui eut permis de combattre ces manoeuvres. Il tempêtait, se débattait mais n'avait pas l'habileté nécessaire à ce genre de combat. Et c'est ainsi qu'il nous décrit, rageur, le triomphe des médiocres.
L'Académie française, quelle importance direz-vous ? Aucune, évidemment. Sauf qu'on jubile en lisant les épisodes de ces guerres picrocholines qui durent encore. Les passions y sont toujours meurtrières, quand l'histoire des années 50 n'est plus que cendre froide. Mauriac est l'écrivain d'un milieu bien précis, renfermé. Ses analyses politiques ont souvent été justes, mais il y manque l'oeil de l'intérieur, l'oreille aux portes, qui font son vrai génie.
Mauriac est l'écrivain d'un petit milieu comme l'Académie française, comme sa région : «De cette campagne, je ne suis non plus jamais sorti, ni mon oeuvre, et c'est sans doute ce dont me louent ceux qui l'ont aimée, - faiblesse pourtant aux yeux de beaucoup d'autres.» Mauriac, c'est Malagar. Allons à Malagar.
«Pauvre maison déguisée en manoir», ce n'est pas un château, même si dans le bordelais, toute maison, pourvu qu'elle soit entourée de vignes devient château. Non, c'est une maison bordelaise comme il y en a tant, surmontée d'une petite tour, et dont on peut visiter le rez de chaussée. Chaque pièce donne de part en part de la maison. Une entrée, puis à droite, le salon où Mauriac écrivait sur sa table de palissandre : «Dans mon cabinet de Malagar, un visage d'homme dessiné par Michel Ciry me regarde, et je ne sais si ce regard qu'il arrête sur moi me condamne ou me pardonne. Car cet homme est le Christ.» Plus loin un cuvier qu'il fit aménager pour libérer le salon. Au mur, un portrait de Barrès, auquel il doit d'avoir été très vite reconnu : «Vous êtes un grand poète que j'admire, un poète vrai, mesuré, tendre et profond» lui écrivait-il en 1909 à propos de son recueil de poésie : «Les mains jointes». Barrès, c'était quelque chose, prince de la jeunesse, son influence était considérable. Mauriac était lancé.
Mais, nous dit-on, François Mauriac n'a jamais écrit dans cette pièce. C'était la pièce où il s'occupait de la gestion du domaine, des factures. Finalement, à Malagar, il n'a jamais pu écrire ailleurs que dans le salon. Jean Mauriac, son fils, raconte : Pendant toute mon enfance, j'ai entendu ma mère dire : «Faites doucement, votre père travaille». Avec mes soeurs Claire et Luce, nous passions des journées entières à tourner en vélo autour de la maison. «Toujours dans le même sens !» nous criait Maman». La vie n'est pas toujours drôle pour l'enfant d'un homme qui voyait le monde à travers les livres qui'l lisait, qu'il écrivait. Toute la famille était au service de son oeuvre, comme sa femme, qui devait déchiffrer et taper à la machine les écrits de la journée. Jean Mauriac poursuit : «C'est pendant l'été 40 que mon père me fit travailler pour la première et seule fois de sa vie.[...] Il me faisait traduire du Cicéron et du Salluste, qu'il lisait presque à livre ouvert. Pas moi hélas ! Il s'impatientait puis s'agaçait et enfin n'arrivait pas à cacher un certain mépris à mon égard. Il pouvait être méprisant, très, très méprisant.» Ce catholique connaissait la charité de l'Evangile, mais ne la pratiquait guère. C'était un polémiste redouté, aux griffures douloureuses. On voit que sa famille n'était guère plus épargnée.
On revient vers l'entrée pour passer à la salle à manger, puis la cuisine, et derrière, une souillarde. Tout est resté comme à l'époque de Mauriac. Mort en 1970, il vivait dans un cadre du début du XXème siècle. Mobilier banal, décor sans goût, aucun tableau de valeur, Mauriac n'avait pas le goût des beaux objets. Peut-être pas les moyens. Malagar ne rapportait rien. Le vin se vendait mal et, nous dit Jean Mauriac «il était fort en degrés et très, très mauvais». Toute la famille ne buvait que ça, bien entendu. Mauriac travaillait donc beaucoup, «il reprochait sans cesse à Bernard Grasset, son éditeur, de l'exploiter. Il se trouvait dans l'obligation d'écrire un roman par an. Toutes les fins étaient ratées parce qu'il était pressé par le temps».
Aujourd'hui Malagar est silencieux. François Mauriac était d'origine paysanne, inconsolé de paysages ravagés par la modernité, d'une campagne muette : «Vous ne savez plus ce que c'est le chant d'un rossignol». Non, nous ne savons plus. «Dans mon enfance, durant certaines nuits, il nous fallait fermer les volets, les fenêtres et les rideaux pour pouvoir dormir. Il y avait des rossignols qui chantaient tout près de la maison pendant les heures de la nuit» Pourtant, Mauriac n'a pas écrit de roman paysan. Il les côtoyait, mais ne se mélangeait pas à eux. Incapable de manier autre chose qu'un stylo, il aime la nature en spectateur. D'ailleurs, les paysans n'aiment pas la nature – j'en sais quelque chose. On se bat contre elle, on la cultive, on l'exploite. Rien ne vaut une grande parcelle rectiligne taillée pour les tracteurs, désolée pour la vue.
Derrière Malagar, perpendiculaires à la maison, sont les allées de charmilles, taillées au cordeau par lesquelles on descend jusqu'à la terrasse. De la terrasse de Malagar, c'est Langon, ville sans intérêt que détestait Mauriac, puis la Garonne, et enfin l'immense forêt des Landes. Plusieurs fois par jour, Mauriac descendait jusquà sa terrasse pour y méditer devant le paysage familier, lire son courrier, y écrire quelque bloc notes, parfois.
Ce n'est pas à Malagar, qu'il a situé la plupart de ses romans, mais à Saint-Symphorien, plus au Sud dans les Landes, où il a passé son enfance. Le Noeud de vipères est un des seuls dont le décor est inspiré de Malagar. Peu importe, au fond, les décors sont semblables, et les thèmes inchangés.
Son thème, c'est l'argent. Non pas l'argent des grands capitaines d'industrie, du capitalisme déjà impudent, non plus l'argent rare des classes miséreuses. C'est l'argent de la petite bourgeoisie, héritière des paysans, l'argent que l'on amasse en petits tas, qui s'hérite, s'envie, et noircit toutes ces vies. «L'argent était l'alliage commun à toutes ces particules humaines. La mort en demeurait le dispensateur par l'héritage attendu, et il faut bien l'écrire, espéré – puisque c'étaient des espérances qu'une fiancée apportait avec elle, espérances liées à la mort d'un aïeul, mais aussi d'une mère, d'un père, - le plus tard possible, certes, c'était bien ainsi qu'on l'entendait.» De la religion, on ne retenait que la haine du sexe, on ignorait tout ce qui est mépris des richesses. «La rigueur pour tout ce qui touche aux choses de la chair donnait en quelque sorte carte blanche pour cette passion de la propriété que la conscience bourgeoise avait déguisé en vertu.»
Laissez tomber la chair qui n'est plus un péché, mais presque une obligation, remplacez la religion par les grands principes de solidarité, et gardez l'argent dont la passion est immuable. Vous êtes prêts à lire les romans de Mauriac, ils n'ont pas vieilli. C'est ce Noeud de vipères, longue lettre qu'écrit Louis à son épouse dont il s'est cru aimé, il y a bien longtemps. A son désespoir, il a vite compris que cette famille, autrefois prestigieuse des Fondaudège ,n'avait plus les moyens de tenir le haut du pavé. Une alliance avec ce fils de paysans, dont la mère «avait porté le foulard» n'était pas très glorieuse mais permettait de se renflouer. On négocie le contrat de mariage, mais la mère de Louis qui sait ce qu'est un sou saura négocier. Le début de fortune ne sera pas dilapidé pour payer les dettes Fondaudège. Et voilà le récit de la vengeance de Louis, contre Isa son épouse, ses enfants et même un fils naturel que les autres avaient cru pouvoir embaucher dans leur complot. Capturer enfin cet héritage, car son fils Hubert s'est ruiné en 1929, quand Louis a vendu à temps. Tous pris à la gorge, ils n'attendent plus que l'héritage et la mort du vieux grigou. Ils auront les deux, finalement. Louis, à ses derniers instants semble avoir retrouvé une Foi qu'il piétinait par haine de lui-même. Cette longue lettre se termine par «cet amour dont je connais enfin le nom ador...» Artifice un peu gros, dira Brasillach dans son compte-rendu critique.
Artifice et manipulation de ses personnages : on a beaucoup reproché à Mauriac ce genre d'effets. C'est ainsi que commence la longue lettre du Noeud de vipères : «Mais c'est que pendant des années, j'ai refait en esprit cette lettre et que je l'imaginais toujours, durant mes insomnies, se détachant sur la tablette du coffre, d'un coffre vide, et qui n'eût rien contenu d'autre que cette vengeance, durant presque un demi-siècle cuisinée. Rassure toi ; tu es d'ailleurs déjà rassurée, les titres y sont. Il me semble entendre ce cri, dès le vestibule, au retour de la banque. Oui, tu crieras aux enfants, à travers ton crêpe : Les titres y sont.
Il s'en est fallu de peu qu'ils n'y fussent pas et j'avais bien pris mes mesures. Si je l'avais voulu, vous seriez aujourd'hui dépouillés de tout, sauf de la maison et des terres. Vous avez eu de la chance que je survive à ma haine»
Tout est dit dès les premières lignes : la lettre, la vengeance «cuisinée», le coffre, l'avidité derrière le deuil, la haine.
Dans un texte célèbre, Sartre, fera ce reproche à Mauriac : «Dieu n'est pas un artiste ; M. Mauriac non plus». Il parlait d'un autre roman Thérèse Desqueyroux . Mauriac, dit-il à peu près, présente ses personnages, ou son roman de telle manière que l'on sache dès le début, tout sur eux. On voit trop le romancier, on ne voit que lui qui tire les ficelles de ses personnages – c'est bien normal – mais qui nous montre et même nous démontre ces ficelles et les ressorts de la marionnette. Et Sartre de citer ce passage de Thérèse Desqueyroux : «Elle entendit sonner neuf heures. Il fallait gagner un peu de temps encore, car il était trop tôt pour avaler le cachet qui lui assurerait quelques heures de sommeil; non que ce fût dans les habitudes de cette désespérée prudente, mais ce soir elle ne pouvait se refuser ce secours.» Selon lui, cette désespérée prudente est de trop : le romancier intervient pour nous imposer une vision de son héroïne, alors que c'est à nous d'en juger ou de le deviner. Il manipule ses personnages, mais aussi ses lecteurs. Critique qui sera reprise plus tard par Roland Barthes écrivant que «l'image de la littérature que l'on peut trouver dans la culture courante est tyranniquement centrée sur l'auteur, sa personne, son histoire, ses goûts, ses passions[...]. Il faut considérer, tout au contraire, que grâce au lecteur, «tout texte est écrit éternellement ici et maintenant». [...] la naissance du lecteur doit se payer de la mort de l'Auteur» (R. Barthes, Le bruissement de la langue, 1984). Sartre poursuivait : «Voulez-vous que vos personnages vivent ? Faites qu'ils soient libres. Il ne s'agit pas de définir, encore moins d'expliquer (dans un roman les meilleurs analyses psychologiques sentent la mort), mais seulement de présenter des passions et des actes imprévisibles.» Il faut que l'on comprenne sans qu'on nous explique. Ne dites pas, Louis, cet avare, mais montrez-le dans des situations illustrant son avarice.
Mauriac était conscient de ce dilemme : «Il s'agit de laisser à nos héros l'illogisme, l'indétermination, la complexité des êtres vivants; et tout de même de continuer à construire, à ordonner selon le génie de notre race - de demeurer enfin des écrivains d'ordre et de clarté... Le conflit entre ces deux exigences : d'une part, écrire une oeuvre logique et raisonnable ; d'autre part laisser aux personnages l'indétermination et le mystère de la vie - ce conflit nous paraît être le seul que nous ayons vraiment à résoudre» A-t-il trop déterminé ses personnages ? C'est peut-être un héritage de Racine, qu'il admirait temps, dont les tragédies sont jouées dès le premier acte, les passions n'ayant plus qu'à suivre leur logique inexorable, de laquelle les personnages ne peuvent pas se libérer.
On lui reprocha pourtant, dans ce même Noeud de vipères la conversion finale de Louis. C'est un reproche que je partage aussi. Ce retour au Christ paraît bien artificiel, semble avoir été mis là pour enlever un peu de noirceur au personnage, et démontrer la thèse catholique de l'ultime rachat, toujours possible, jusqu'aux derniers instants. En cherchant bien dans le texte, on pourrait trouver quelques indices qui annoncent, qui rendent vraisemblables cette conversion. Il se trouve que ma lecture ne les a pas facilement repérés. Cet aspect-là du personnage m'intéresse moins que la tragédie familiale qu'il ourdit. En ce sens, Roland Barthes a raison, puisque je ne retiens de Louis, ce qui me tocuhe le plus.
Peut-être trop déterminé par certains côtés, pas assez par d'autres, l'équilibre parfait ne peut exister. Et l'auteur est bien obligé, de guider, un peu mais pas trop, les lecteurs que nous sommes.
On voit bien de quel mouvement la critique de Roland Barthes participe. Celui qui consiste à mettre au même niveau l'auteur et le lecteur, l'acteur et le spectateur, le professeur et l'élève. Il n'y aurait plus d'élèves, d'ailleurs, mais des co-apprenants qui découvrent de manière autonome un savoir que le professeur aide à faire découvrir en ayant garde d'être trop directif. La méthode a montré ses limites...En littérature, j'ai ma propre lecture, bien sûr, mais j'aime bien que les auteurs soient présents, et qu'ils donnent à lire leur univers différents du mien. J'ai moins de talent que l'auteur, et s'il me laisse me débrouiller tout seul, je lis toujours le même livre – le mien, qui ne m'apporte rien. A quoi bon lire alors ?
L'observation de Sartre est plus subtile, qui critique le mélange des points de vue dans une même phrase : «Elle entendit sonner neuf heures.[...]non que ce fût dans les habitudes de cette désespérée prudente». Elle, c'est Thérèse, non que ce fût..., c'est Mauriac qui parle. C'est bien l'auteur qui crée ses personnages, comme Dieu pourrait-on dire, mais comme Dieu, il ne doit pas entraver leur liberté.
Mauriac tiendra compte de ces remarques. A l'occasion de la sortie de son dernier roman, écrit à plus de quatre-vingts ans, Un adolescent d'autrefois il écrivait : «Je suis étonné d'une presse quasi unanime dans la louange ; et même l'un des rares critiques hostiles, celui de l'Observateur, est le premier à avoir noté que les personnages de ce roman ont rerouvé la liberté dont Sartre me reprochait d'avoir frustré ceux de La fin de la nuit. Ce qui m'a causé une vraie joie.»
Mauriac, romancier catholique, c'est à voir. On dirait presque un passage imposé par ses convictions religieuses, mais pas un vrai thème romanesque. Il est vrai que je n'ai pas lu La Pharisienne, dont le titre laisse deviner le contenu. C'est même cet aspect, qui m'a longtemps laissé réticent à m'intéresser à lui. La grâce, le péché de chair, tout ça a bien veilli. On voit que j'ai eu tort, même si je continue à trouver dans le catholicisme de Mauriac, son côté le moins sympathique. Non pas par rapport à mes convictions personnelles, mais par rapport à l'utilisation qu'il en fait. Dans ses rapports avec Gide et Cocteau par exemple. A une époque où catholicisme et sexualité étaient presque antinomiques, l'homosexualité un enfer, on comprend son admiration-fascination-dégoût qu'il éprouvait à l'égard de ces personnages autrement libres. C'est même l'une des clés de son oeuvre, nous révèle récemment Jean Mauriac dans ses souvenirs : Le Général et le journaliste «Oui, admet Jean Mauriac, son père était homosexuel, au sens où il éprouva plus que de l'amitié pour les jeunes gens qui gravitèrent autour de lui. S'il s'enflamma dans les années 1950 pour la cause des peuples colonisés, ce fut non seulement par sens de la justice, mais aussi pour les beaux yeux de Robert Barrat. S'il transporta son Bloc-Notes à L'Express, ce fut par mendésisme, mais aussi parce qu'il ne refusait rien au séduisant JJSS...»
Fallait-il pour autant écrire cette lettre ouverte à Cocteau après la générale de Bacchus, l'une de ses pièces. Il l'accuse de faire rire non pas au dépens de l'Eglise, ce qu'il admettrait volontiers, mais au dépens de la Foi, de sa Foi. Jusque là c'est acceptable. Mais cette longue lettre se transforme alors en sermon, rappelant à Cocteau sa conversion fugitive de 1925, et l'image du Père Charles Henrion qui l'avait guidé lors de cette conversion. «Et pourtant, l'autre soir à Marigny, je sentais bien que je souffrais pour le vrai Cocteau, le Cocteau invisible, le Cocteau inconnu de tous, mais que Dieu connaît et que Dieu aime. Car nous sommes aimés. Voilà le fond de tout : ce que tu n'as jamais compris, il me semble, et même pas au moment de ta conversion»
Mais de quoi se mêle-t-il ? Qui est-il pour juger du "vrai" Cocteau, inconnu de tous sauf de Dieu ? Et de Mauriac sans doute. Ce sermon est insupportable. Etait-il là au moment de cette conversion ? Que sait-il des sentiments de Cocteau ? Il n'a, de toutes façons, pas à se prendre pour un confesseur, qu'il n'est pas, et sur la place publique par dessus la marché. C'est le Mauriac méchant, celui qui jetait beaucoup de ses vacheries, secret entre ma poubelle et moi, disait-il. Il aurait mieux fait de jeter celle-là : «Tu es la créature à la fois la plus dure et la plus fragile. Ta dureté est celle de l'insecte, tu as son corselet résistant ; n'empêche qu'il suffirait d'appuyer un peu trop...Mais non, je n'appuierai pas.» Ce n'est plus de la méchanceté, c'est se croire le maître d'un Cocteau dont il connaîtrait tous les secrets, se donnant le droit de les dévoiler, puis d'écraser l'insecte du revers de la main. Ignoble, il faut bien le dire.
Revenons à Un adolescent d'autrefois . Une histoire de mariage encore, que le héros croit manigancé par sa mère avec un laideron, "le Pou". Unir les deux domaines contigus et des familles dont les intérêts financiers se rejoignent, Alain, qui croit tout savoir, s'y refuse. Mais "le Pou" est bien innocente, la mère d'Alain pas si noire. Tout finira par la mort du Pou terrorisé par ce jeune homme méprisant. Mauriac disait de ce roman : «S'il n'y a qu'une idée, c'est de montrer à quel point on peut se tromper sur les êtres»
Mauriac qui se trompait peu sur les évènements, avait tendance à s'annexer un peu trop facilement les hommes. Les ultimes paroles de Gide sur son lit de mort, interprétées abusivement, comme une réconciliation ultime avec Dieu, en sont un autre exemple.
Ce serait dommage de terminer sur cette image de Mauriac. Elle fait partie du personnage, mais ne le conclut pas. Mauriac, pour moi est une découverte récente, d'un an à peine. Je n'ai pas tout lu ; il me reste bien des romans à découvrir, même si je sais que leur univers ne me surprendra plus. Peut-être que si, finalement. Réduit dans son canton girondin, n'en sortant jamais, ses personnages qui, en première anlayse, paraissent datés me parlent encore. C'est que Mauriac ne fait pas de quartiers. Sa religion n'est pas fade et méprise les "belles âmes". Notre époque en est rempli. Avec Mauriac, faites le ménage et aller fouailler dans le secret des coeurs. Vous y trouverez l'horreur et, parfois la grandeur.
Un mot enfin sur la modernité de François Mauriac. Son Bloc Notes serait aujourd'hui un Blog Notes, évidemment. Son écriture est un modèle, par son style, ses vacheries, et sa façon de traiter l'actualité. C'est un modèle que j'envie souvent. Il faut bien se garder de l'imiter – c'est impossible, mais à le relire, on peut sans doute progresser vers une écriture plus acérée.
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11.07.2008
Le désir, jouissance entre souffrance et déception
J'ai passé mon Bacc le 19 juin , je le repasse aujourd'hui, toujours sur le même sujet : désir et souffrance.
Prenez le comme un exercice de style. Pas trop scolaire, j'espère.
Le désir est cette envie de posséder ce que je n'ai pas. Qu'il soit sexuel, désir de richesse ou de pouvoir, le désir se réduit à ce dernier. Au pouvoir sur l'autre, au pouvoir que donne l'argent, au pouvoir politique ou économique. Le stoïcien et le boudhiste les réfrène quand le jouisseur laisse "libre cours à tous ses désirs". C'est dire que le désir court devant nous, jamais satisfait, jamais rattrapé, jamais rassasié. A ne considérer que le but, le désir meurt quand il s'accomplit. Mais c'est cet objet du désir là, qui meure à ce moment. Un autre renaît, à peine avons-nous joui du premier. D'autres conquêtes, plus d'argent, plus de pouvoir sont à posséder, car il n'y a pas de désir satisfait qui puisse combler l'homme. Le ressort en serait cassé, qui lui donne l'énergie de "persévérer dans son être et vouloir augmenter sa puissance".
Illusoire course à l'impossible satisfaction d'un désir fuyant, pense le stoïcien du jouisseur. Illusoire maîtrise de ses désirs qui cache une impuissance à vivre pleinement, pensera l'autre de l'austère prédicateur. Le désir ne va pas sans souffrance, qu'il soit toujours décevant dans son accomplissement ou refoulé par un effort inhumain.
Souffrance quand on contemple au loin son objet qui semble inaccessible. Souffrance quand on s'interdit d'y céder. Impuissante résignation de celui qui n'envisage même plus qu'il puisse être atteint. Déception et mépris de ce qui n'a plus de valeur une fois qu'on le possède. Le désir est souffrance à sa naissance comme à sa mort. Il est ivresse et parfois jouissance de l'action quand il se met en marche.
Le désir se fixe sur un objet qui nous est extérieur. Il n'y a pas de désir sur soi-même. Il dépend donc d'un environnement extérieur qui s'impose à nous. On ne peut que le rejeter ou tenter de le satisfaire, mais il n'y a pas de moyens de vivre en harmonie avec lui. Satisfait, il meurt, mais un autre renaît, encore plus violent. Insatisfait, il se refoule, ne disparaît jamais et revient sous d'autres formes. C'est en cela que les stoïciens le rejetaient puisqu'il nous rend dépendant d'un objet sur lequel nous n'avons pas toutes les prises. Mais c'est ce jeu où l'on n'est jamais certain de gagner qui en fait l'attrait pour l'être désirant. Du domaine de l'impossible et de l'incertain, l'objet du désir devient possible, probable et enfin possédé. C'est que le désir est mouvement. Le plaisir est dans la conquête, non dans la possession.
Dom Juan, qui a quelque expérience, sait bien que la possession n'est que la preuve de son succès. C'est dans le mouvement de sa puissance qui fera plier son objet qu'il trouve son plaisir. Il sait bien que tout finit dans la chiennerie de deux épidermes en sueur. Il sait bien que tout s'épuise ou s'affadit dans le ronronnement du couple. Plus rien à voir avec la brûlure du désir en tous cas. Celui-ci ne se réveillera que pour d'autres conquêtes.
Le politique, quand il vise le pouvoir, sait bien que c'est sa conquête qui est le meilleur moment. C'est alors le temps des promesses et des programmes pour un monde meilleur. Temps de séduction envers les électeurs que l'on conquiert un par un. C'est aussi le temps où l'on élimine tous ses rivaux pour accéder enfin au pouvoir. Vient le temps de l'exercice de ce pouvoir. Il s'agit alors de se frotter avec une réalité qui résiste et ne se séduit pas, à rendre compte de ses actes. La parole et les actes n'avaient de conséquences que sur le succès final de la conquête. Une fois au pouvoir, ces actes n'ont plus rien à voir avec une conquête déjà réalisée, mais avec la gestion beaucoup moins exaltante du quotidien.
L'homme devenu riche se donne à son argent. Il s'offre tout ce dont il rêvait lors de sa conquête. Très vite déçu par des jouets et des fantaisies qui ne l'amusent plus, il lui en faut toujours plus, et il y a toujours plus riche que soi.
L'homme riche se compare, et se souvient des pauvres. Car il ne suffit pas d'être riche, encore faut-il qu'il y ait des pauvres. Sinon comment saurait-il qu'il est riche ? Heureusement, se dit-il, il ne manque pas de pauvres, et le spectacle de leur envie me rassasie autant que ma propre richesse. J'ai même besoin d'eux pour me sentir riche, mais ils n'en savent rien. Il y a deux mille ans, Jésus proclamait heureux les pauvres,. On ne l'a jamais cru, pas plus les pauvres que moi-même, si bien que c'est moi le riche qui me ressens heureux et non les pauvres.
Désir mimétique, dirait René Girard, car le pauvre nourrit son désir du spectacle du riche qui s'étale. Et le riche se rassure de la valeur de son désir en constatant l'attraction qu'il exerce auprès de ceux qui n'en jouissent pas. Rien ne sert de désirer ce qui n'a pas de valeur aux yeux de l'autre. Le désir n'est jamais personnel mais correspond toujours à la convergence du désir des autres. Il faut donc que j'étale mes conquêtes, mon pouvoir et mon argent. Plus l'objet de mon désir acquiert de la valeur pour les autres, plus ma jouissance augmente. On voit que cette jouissance n'a plus rien à voir avec sa réalisation elle-même. L'objet est devenu indifférent à mes propres yeux, il n'a de valeur que dans le regard des autres. C'est ainsi que le désir se nourrit, une fois son objet atteint. Sa possession elle-même est toujours décevante. Posséder n'est rien, si un grand nombre partage mon objet. Posséder n'est rien si je suis seul à posséder. La possession de mon désir n'a de valeur que s'il est partagé par le petit nombre de ceux que je reconnais comme égaux, et inaccessible au grand nombre de ceux qui y aspirent. D'étape en étape, mon désir se rassure du chemin parcouru en reconnaissant ceux qui m'envient ; il se régénère en un nouvel objet plus rare, plus cher, plus prestigieux possédé par un nombre de plus en plus restreint.
Le pur désir n'a donc pas besoin de contenu. Il suffit qu'il soit partagé par l'autre pour devenir objet désiré. C'est pourquoi son atteinte est décevante, car il est vide de toute valeur intrinsèque. Véhicule sans pilote, il est aimanté par un objet que nous ne choisissons pas.
Pour s'en libérer, il ne sert à rien de le nier mais de lui donner un objet. Mieux encore, de ruser avec lui et de profiter de son énergie vitale. Le politique, quand il vise le pouvoir, déçoit et est déçu. Le politique qui a un projet authentique saura utiliser son désir de pouvoir pour le mettre au service de son projet. Lui seul saura peut-être ce qui est la part du désir et la part de vrai contenu dans son parcours de conquête.
Enfin, le désir est tellement sexué, si marqué par son empreinte historique presque exclusivement masculine, qu'on se demande encore ce qu'il en sera de son expression féminine qui commence à pouvoir disposer de ses propres moyens. On n'en a sans doute pas fini avec le désir.
17:17 Publié dans Philo | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
04.07.2008
Otages libérés
La prise d'otages est un acte odieux. Que ce soit d'enfants ou d'adultes, directement crapuleux ou sous des prétextes politiques ce n'est qu'un chantage à la vie humaine.
Les otages de Colombie ont été libérés, sans faire de victimes. Il suffit de se réjouir de la libération de ces otages et de la joie de leurs proches. Il suffit de penser à eux, pour une fois.
Mais non, c'est un déferlement de commentaires personnels sur ce que JE pense et MON opinion. Qaund chacun y va de son commentaire sur la personnalité d'Ingrid Betancourt (otage de luxe. Mondaine !), du rôle de ses enfants ou de tel comité de soutien, on se dit que, pour quelques instants, ils feraient bien d'oublier un peu leur ego. D'autres se réjouissent de la disparition des bannières bien pensantes sur les blogs. Ca l'énerve. On comprend que son agacement est un sujet d'importance dont cette libération va le soulager.
Mettre sur le même plan ces considérations personnelles avec la vie retrouvée des otages, n'est pas plus digne que les différentes récupérations politiques et médiatiques qui se profilent, dans un sens ou dans l'autre.
Il suffit de penser à eux, pour une fois, pas à nous.
12:54 Publié dans Actualités , Société | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
30.06.2008
Que connait-on de l'Univers ? 0,4%
Lu, dans cet entretien avecAndré Brahic dans Le Point
"Il y a un siècle, on ne savait pas pourquoi les étoiles brillaient, on ignorait l'existence des galaxies et la nature des planètes. Aujourd'hui, je peux vous décrire de façon relativement fiable ce qui s'est passé au cours des 13,7derniers milliards d'années ! Mais, au moment même où l'observation de toutes les lumières nous a révélé une multitude d'astres nouveaux et un Univers beaucoup plus vaste que prévu, nous réalisons que beaucoup reste à faire. Einstein a montré que l'énergie est une forme condensée de matière. Eh bien, 73 % de tout ce qui existe dans l'Univers est sous forme d'une énergie noire dont nous ignorons la nature, 23 % est sous forme de matière noire de type inconnu et que nous ne pouvons pas voir. Les 4 % restants sont composés d'atomes et de molécules comme vous et moi, ou cette chaise. Et, en mobilisant tous nos instruments, nous sommes capables de « voir » un dixième de cette matière, soit 0,4 % du tout ! C'est un peu comme si on écrivait un roman policier dont on sait qu'on ne connaîtra jamais la fin de son vivant. Mais l'enquête progresse..."
Le grand collisionneur de hadrons (LHC) va coûter plus de 6 milliards d'Euros. Peut-être lèvera-t-il le voile sur cette énergie et cette matière noire. Vu l'énormité de ce qu'on ne sait pas et les moyens gigantesques à déployer pour combler notre ignorance, arrivera-t-on un jour où l'homme découragé et les gouvernements ruinés arrêteront la recherche fondamentale ? On dirait parfois que ce jour n'est pas loin et qui constituerait une rupture fondamentale dont je ne mesure pas bien les conséquences.
11:38 Publié dans Actualités , Philo , Science | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
27.06.2008
Actualités du sporno
Ainsi donc l'Euro de Foot va se terminer. On aura eu droit aux mêmes pantalonnades et simulacres de blessures pour mieux tromper un arbitre qui n'a pas besoin de ça pour se tromper dans l'autre sens, et ne pas siffler des fautes que tout le monde peut voir sur l'écran de contrôle, sauf lui. Un règlement particulièrement débile l'empêche de vérifier un moment litigieux. La triche fait partie de la compétition sans qu'on ne s'en émeuve plus. On me dit qu'un joueur hollandais s'est vanté d'avoir arrêté un tir de Thierry Henry avec ses mains, comme un gardien de but. Il n'a bien sûr pas été sanctionné. On me dit que Franck Ribéry, lors d'un match de préparation, aurait enlevé son maillot pour exhiber un tee-shirt rendant hommage au commentateur Thierry Gilardi. Il a été sanctionné.
Ce sporno s'étale sur vos écrans aux heures de grande écoute. Le championnat d'Europe se termine. On va enchaîner sur les JO de Pékin, et le débat va reprendre : Sarkozy doit-il aller à la cérémonie d'inauguration ? Puisque tel est le débat. Je n'entends personne s'interroger sur le sens d'aller ou pas à l'inauguration d'un spectacle dont personne ne discute la participation à l'évènement lui-même.
L'évènement, c'est quoi ? De jeunes gens dressés depuis leur plus jeune âge à la compétition, entourés d'une armée de spécialistes en tout genre, de l'entraîneur au psychologue sans oublier le pharmacien, bien sûr. Tout ça n'a rien à voir avec un idéal en carton pâte qui continue d'être proclamé lors de cérémonies truquées. Il s'agit d'un spectacle, d'un business et d'un outil de prestige pour les nations. Rien de bien différent d'une exposition universelle où chaque pays expose fièrement dans son pavillon ses réalisations technologiques. Mais les expositions universelles n'intéressent plus personne alors que les compétitions sportifves passionnent les foules, les télés et les budgets publicitaires.
Je ne suis pas là pour donner des leçons ou enjoindre qui que ce soit à regarder ou non le sporno. Chacun a bien le droit à ses moments de relâchement pour regarder un spectacle qui est souvent esthétiquement et émotionnellement très prenant. C'est comme la télé-réalité où on peut se laisser prendre si l'on oublie que tout est scénarisé et répété. Pour moi, le décalage horaire me permettra un boycott reposant.
Y aller ou pas ? On ira bien sûr, et d'ailleurs personne n'envisage un boycott de la délégation française. Sarkozy sera-t-il à l'inauguration ? Il y sera bien sûr. Et ce n'est pas moi qui lui reprocherait. On a des relations diplomatiques avec la Chine. On se rend visite régulièrement et l'on fait du commerce. La non-venue de Sarkozy serait considérée comme un acte POLITIQUE hostile. Les Jeux Olympiques sont une exposition des meilleures techniques de formatage du corps humain pour un exercice physique extrême. Chaque pays expose son savoir-faire dans le cadre des relations diplomatiques et commerciales ordinaires. La France et son Président seront présents comme tous les autres.
Pour aller plus loin :
voir cet article du Figaro auquel j'emprunte ce terme de sporno,
ou celui-ci du philosophe Jean-Luc Marion dans le même journal.
et aussi cette vidéo chez Acqua Tofana qui montre l'entraînement le dressage des athlètes chinois
17:20 Publié dans Actualités , Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
24.06.2008
Journalistes et informaticiens, même combat ?
Dans la lignée de mon précédent article , et faisant écho à la revue de blog d'Olivier, qui le rapproche d'un article d'Etienne Duval : La parole du journaliste, je me dis que la question de l'avenir du journalisme n'est pas si éloigné de débats quotidiens que nous avons à propos de mon métier d'informaticien.
En informatique, des compétences partout
Il s'agit là de la question de l'offshore, oursourcing ou infogérance qui consiste à délocaliser un certain nombre de tâches informatiques vers des pays à bas salaires. L'exemple de plus connu est celui de l'Inde avec ses centres de Bangalore ou maintenant de Mumbay (Bombay). Ca a commencé par des travaux de développement logiciel où la conception se fait en Occident et le codage, ennuyeux, coûteux en temps, et réputé de peu de valeur ajoutée, est sous traité en Inde. Ca continue par l'infogérance, où c'est la gestion des infrastructures (maintien en conditions opérationnelles des systèmes informatiques) qui est également confiée à des entreprises indiennes. La distance importe moins avec le développement et la vitesse accrue des réseaux.
Comme pour le journalisme, on a tendance à mettre en exergue les loupés (il y en a), la moins bonne qualité de la prestation, et se rassurer en soulignant qu'il faut dix Indiens pour faire le travail d'un Français. On oublie un peu vite nos loupés (il y en a aussi) et le rapport qualité/prix qui n'est pas à notre avantage.
Là aussi, on a du mal à admettre qu'une concurrence à bas prix finisse par effectuer un travail comparable au notre. Là aussi, on a tendance à dénigrer des amateurs qui ne pourront jamais offrir le même niveau de qualité.
C'est un combat perdu d'avance, sur ce terrain là.
En revanche, il y a des domaines où la proximité est indispensable, et c'est là le domaine où nous apportons une vraie valeur. Il est clair qu'une gestion de projet menée depuis Bangalore ne marchera pas. Le décalage horaire, la distance culturelle et la langue, qui reste une barrière quand on veut être précis, font que la proximité du client reste primordiale. Comme dans le reste de l'industrie, ce sont les tâches d'avant-vente, de vente et de gestion de projet qui seront de plus en plus notre coeur de métier. La réalisation technique sera confiée au plus offrant qui sera souvent à distance.
L'expression publique ne sera plus jamais un monopole restreint
Pour le journaliste professionnel, c'est le même type de réactions que l'on observe : Jamais ces blogueurs n'atteindront le niveau d'un journaliste de métier se dit-il pour se rassurer. Et ce sont ces jugements rapides sur Internet, propagateur de rumeurs, qui s'expriment à tort et à travers, sans aucune déontologie, alors que nous, journalistes, savons recouper nos sources et hiérarchiser l'information.
Là aussi, ce n'est pas en dénigrant une concurrence à bas prix, et d'ailleurs gratuite, que l'on sauvera le journalisme, en tous cas ce journalisme là. L'accession à la parole publique est désormais possible pour tous. Il n'y aura plus jamais cette élite de quelques dizaines d'éditorialistes vedettes qui pensaient faire l'opinion. Et on lit tous les jours des inconnus dont l'expertise, l'acuité de jugement et le talent ne cèdent en rien au chroniqueur professionnel, alors que leur indépendance et leur liberté est le plus souvent bien mieux établie. Sur ce terrain là, le journaliste n'est plus qu'une voix parmi d'autres, et sans aucun avantage du à son statut plus ancien.
L'investigation est le contraire de la vitesse
Etienne Duval le dit parfaitement, c'est d'un journalisme d'investigation, qui sait prendre son temps pour déterrer la vérité, dont nous avons besoin. Sur ce terrain là, il est irremplaçable. C'est le journalisme d'Albert Londres, de Denis Robert, de Carl Bernstein et de Bob Woodward.
C'est celui de Jacques Derogy qui juste avant sa mort s’inquiétait de voir les journalistes se livrer "à une course abominable" alors que "l’investigation est précisément le contraire de la vitesse".
11:33 Publié dans Actualités , Blog , Société | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
20.06.2008
Journalisme et potins
Prenez, dans le dernier numéro (2276) du Nouvel Observateur un premier article intitulé :
Fonds privés, fortunes discrètes.
On y apprend qu'il n'y a pas qu'au CAC40 que l'on se goberge. Ainsi l'opération de reprise de Converteam, filiale d'Alstom, "avec 4 600 salariés, a été reprise pour une bouchée de pain, en novembre 2005 (120 millions d'euros), par les dirigeants et le fonds Barclays Private Equity. Deux ans et demi plus tard, la répartition du capital va changer. Mais, cette fois, la société est évaluée à 2 milliards d'euros. Le mécanisme d'intéressement va permettre au président Pierre Bastid et à une poignée de dirigeants de se partager 700 millions d'euros"
Des faits, des chiffres, et une information : la goinfrerie se démocratise, si l'on peut dire, et s'étale jusqu'aux grosses PME.
Dans ce même numéro, un autre article :
Le dernier salon où l'on cause
Dans l'avion présidentiel de retour de Beyrouth, tous les leaders politiques sont conviés dans la cabine présidentielle. Petites phrases et potins dont on ne connait pas la source : "Sarkozy lance, suscitant les rires : «On m'a longtemps présenté comme un simple tacticien et un piètre stratège. Où serais-je aujourd'hui si, en plus, j'étais un bon stratège ?» Fragilité du témoignage humain, et... difficulté de la reconstitution journalistique" : Petites conversations entre initiés du microcosme, reconstituées par un journaliste qui n'y était pas.
"On parle redécoupage des circonscriptions (..) Sarkozy répond qu'une majorité redécoupe en fonction de ses intérêts. A ma place, vous auriez la même attitude, lance-t-il aux leaders de gauche" : Petits charcutages et cynisme étalé, degré zéro de la politique et du journalisme.
Deux types de journalisme, celui qui informe et révèle, et Radio Moquette qui diffuse des propos de basse-cour.
17:33 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
19.06.2008
Je repasse mon Bacc
Sujet de Bacc philo : Peut-on désirer sans souffrir ?
Je m'apprêtais à tenter l'exercice ; peut-être le présenterai-je bientôt au jury blogosphérique.
Et puis la rêverie du bachelier solitaire me fit rappeler le seul vers de Corneille qu'on n'oublie jamais. Le désir en est le sujet du premier vers dont les trois suivants feront ma dissertation d'aujourd'hui.
Et le désir s'accroît quand l'effet se recule
Son mol instrument l'est tant qu'il est minuscule
Se dresse rectiligne à percer les rondeurs
Le court instant de sa véritable grandeur
18:26 Publié dans Actualités , Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
16.06.2008
Après le NON irlandais
Après la France, ex grande puissance fatiguée, les Pays Bas, moyenne puissance prospère, c'est l'Irlande, ex petite puissance et nouveau tigre de l'Europe, qui n'en veut décidément pas.
Une France en déclin craint de voir sa personnalité dissoute dans un ensemble européen où son importance se dilue au fur et à mesure de l'intégration de nouveaux pays.
L'Irlande, au contraire, n'a rien à regretter d'un passé de colonie britannique, jalonné de massacres et de famines qui en font un exemple de colonisation parmi les plus atroces de l'histoire. Il suffit juste de rappeler les massacres de 1649, que certains qualifient de génocide, ou la grande famine de 1848.
Le 10 mai 1972, ce sont 84,6% des Irlandais qui votaient Oui au référendum d'adhésion à l'Union Européenne. Le moins qu'on puisse dire, c'e'st que d'un point de vue strictement économique, ils n'ont pas eu à se plaindre de ce choix. Ils ont maintenant le PIB par habitant le plus élévé de l'Union, juste derrière le Luxembourg.
Et pourtant ils votent Non ; et ce n'est pas la première fois. En 2001 déjà ils votaient Non au Traité de Nice en pleine euphorie économique. Ils ratifiaient ce Traité de Nice lors d'un nouveau référendum en 2002. A voir sur Euractiv.com, l'historique des référendums irlandais concernant l'Europe.
Ca commence à faire beaucoup de Nons :
- Le Non du Danemark au Traité de Maastricht en juin 1992
- Le Non du Danemark à l'Euro en septembre 2000
- Le Non de l'Irlande au Traité de Nice en juin 2001
- Le Non de la France au Traité constitutionnel en mai 2005
- Le Non des Pays Bas au Traité constitutionnel juin 2005
- Ce Non de l'Irlande au Traité de Lisbonne en juin 2008
Seuls, deux pays ont voté Oui par voie référendaire : L'Espagne et le Luxembourg.
A chaque fois, on a inventé des solutions de contournement du vote populaire. Le Danemark n'a pas adopté l'Euro, mais la couronne danoise est dépendante de l'Euro. On a refait voter l'Irlande pour le Traité de Nice. La France a finalement ratifié le Traité de Lisbonne par voie parlementaire, après avoir refusé le traité constitutionnel.
J'ai pris partie, en son temps, pour le vote parlementaire du Traité de Lisbonne dont je pense encore aujourd'hui qu'il était le seul moyen de sortir l'Europe de son impasse. Car s'il y a beaucoup de Nons, il y a encore plus de Ouis. Le Traité de Lisbonne et sa ratification parlementaire représentaient un compromis entre le respect nécessaire des pays ayant déjà voté Oui et la possibilité donnée aux autres de prendre en compte certaines de leurs réticences. Le peu de différences entre les deux textes ne fait que refléter le rapport de forces et de population entre ceux ayant déjà approuvé le projet et les autres.
Il est clair que l'on ne va pas recommencer l'opération pour l'Irlande, en attendant la décision des Anglais ou des Polonais qui pourraient remettre l'édifice à plat une fois encore.
En réalité, il faut en terminer avec ce processus de ratification pour ceux des pays qui le souhaitent, conserver des statuts particuliers au sein de l'Europe pour ceux qui se sont arrêter à mi-chemin, et passer à l'étape suivante.
C'est la nature de cette étape qui, à mon avis, a entraîné l'échec de la présente. Ce traité a d'abord été présenté comme Constitution, puis Traité constitutionnel, (qu'est ce que c'est ?), puis comme Traité tout court. En fait cela a toujours été un traité et jamais une constitution. Toujours un assemblage péniblement négocié de mesures techniques et jamais un texte définissant la nature, les valeurs, et l'organisation des pouvoirs au sein d'une Union aux contours définis.
L'approche de Jean Monnet qui enserre les états par des accords techniques de plus en plus contraignants a eu pour effet de créer un ensemble de liens si forts qu'ils rendent quasi impossibles la reprise des conflits intra-européens. Cette méthode extrêmement pragmatique et bien peu exaltante a quand même réussi à créer un ensemble unique au monde et dans l'histoire des hommes. Jamais auparavant, des états souverains ne se sont associés de manière si étroite et pacifique sans être sous la domination ou l'invasion du plus fort d'entre eux. L'Europe n'est pas un empire né d'une conquête, c'est une union librement décidée, née de défaites et de retraits d'anciennes colonies. Il serait absolument tragique de s'arrêter là, ou pire encore de revenir en arrière.
On dit du référendum que les électeurs ne répondent pas à la question posée. Dans un article tragique d'aveuglement, Alain Lamassoure le qualifie même de procédure la plus prisée des dictateurs. D'après lui et tous ceux qui s'opposent à cette procédure, les électeurs ne peuvent pas répondre à un texte bien trop compliqué ; ils répondent donc à d'autres questions.
Si la France en déclin et l'Irlande en expansion votent Non, c'est sans doute que la question économique qui forme l'immense majorité du texte n'est pas leur premier souci, lorqu'il s'agit de l'Europe. Si la France puis l'Irlande ont répondu Non pour des raisons bien différentes, c'est qu'ils répondent aux questions qui les préoccupent et non à celles qu'on leur pose. C'est la nature de la question elle-même qu'il faudrait interroger qui, visiblement, n'est pas celle que les peuples attendent.
Je demeure persuadé que la méthode Monnet a fait son temps, et qu'elle n'est plus adaptée à l'Europe, là où elle est arrivée aujourd'hui.
Il est clair qu'il faut changer de perspectives et proposer aux peuples un texte qui dise ce qu'est l'Europe, quelles sont ses valeurs et son projet. Un texte qui pose des principes et une vision en laissant délibérément les questions techniques aux soins de ceux dont c'est le rôle d'en débattre, c'est à dire les parlements. Ca s'appelle une Constitution, une vraie cette fois, de même type que celle de la France ou des Etats-Unis. L'occasion a été manquée pour cette fois-ci, et les peuples qui ont eu l'occasion de s'exprimer directement n'ont pas manqué de le dire. On ne peut plus continuer à construire une Europe à base de quotas laitiers ou de niveau de décibels des tondeuses à gazon. Les peuples veulent s'exprimer sur l'essentiel, c'est à dire la nature, l'organisation et les valeurs de cette Union librement décidée.
La Communauté Economique Européenne est morte en 1993 dans les textes. En réalité, l'Europe n'a jamais cessé d'être exclusivement économique. Pour marquer spectaculairement cette étape essentielle qui marquerait le début d'une Union politique et la fin de la Communauté Economique Européenne, seul un référendum européen, le même jour, pour tous les européens à la majorité simple du OUI ou du NON permettra de créer cette entité nouvelle que personnellement j'appelle de mes voeux.
17:16 Publié dans Actualités , Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
12.06.2008
A la cour du roi cramoisi
Quand la musique n'a plus de support, ce n'est pas tant l'objet musical que l'on regrette. C''est surement plus encore ces couvertures que l'on a vu rétrécir avec le CD pour disparaitre tout à fait.
Allez savoir pourquoi ce vieil air de KIng Crimson m'est revenu lors d'une dernière nuit blanche. C'est l'image hallucinée de ce 21st Schizoid man qui sans doute a traversé mon cauchemar.

A la cour du roi cramoisi
Monstres, nains, géants et sosies
Paranoïaques et schizophrènes
N'ont plus de lois qui les réfrènent

Sarabande d'objets bizarres
Sont à la cour du roi lézard
Où tanguent un vaisseau de cristal
Un jongleur à masque et ses balles

Cinq pierres en exil à Villefranche
Jouent sous l'empire de la blanche
Des guitares qui grondent et roulent
Avalent d'un billard trois boules
Dans la cour de récréation
S'échangent des disques à passion
La musique et sa couverture
Disparaitront dans le futur
20:38 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
06.06.2008
Générateur de couvertures Sarkozy
Ce fut un moment futile comme on les aime. Surtout au début, avant que tout le monde s'y mette et que ça devienne pesant. Vous vous souvenez des couvertures de Martine ? Comme celle-ci par exemple :

ou chez Xavier de Mazeond qui s'était laissé tenter par l'exercice.
Le site a fermé pour des raisons obscures, alors qu'il générait une publicité gratuite et plutôt sympathique pour le personnage de Martine. Mais il paraît que le code source est toujours disponible (de toutes façons il ne doit pas être bien compliqué) et surtout l'idée ne peut pas être fermée, elle.
C'est l'article de Marianne, assez drôle d'ailleurs, qui me donne l'idée que l'on pourrait faire renaître un générateur de couverture, mais pour Nicolas Sarkozy cette fois-ci.
"Selon l'OJD, les 252 couvertures qui ont été consacrées à Sarkozy ont fait vendre 110 millions de magazines en 2007.(..) 600 000 exemplaires écoulés dont 200 000 en kiosque" pour la première interview de Carla Bruni dans l'Express.
Malgré sa baisse dans les sondages, Sarkozy fait toujours vendre. On s'interroge maintenant sur ses rapports avec les femmes, avec les psys. Mais on risque bientôt d'être à court d'idées.
Marianne propose déjà une future couverture : Sarkozy et les macarons :

Il faut industrialiser tout ça, que tout le monde s'y mette dans un esprit très Web 2.0. Bref, il faut libérer le code du générateur Martine pour en faire un générateur de couverture Sarkozy, qui pourra déjà nous en révéler des facette encore inconnues, en commençant par ses six cerveaux qu'on vient de lui découvrir.
Espérons pour Carla que tout ça ne finira pas par un "Sarkozy : Carla c'est fini. Martine mon nouvel amour"
15:05 Publié dans Actualités , Humeur , Société | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
03.06.2008
Annulation de mariage à Lille : Tout le monde est à sa place (ou presque)
Dans cette affaire de l'annulation de mariage à Lille, il y a plusieurs parties prenantes :
- Le tribunal de grande instance de Lille
- Le pouvoir politique
- Les mariés
Le juge du tribunal d'instance prend en compte la demande des mariés qui considèrent l'un comme l'autre que la virginité de l'épouse est une qualité essentielle dont la dissimulation constitue pour les deux parties une rupture du contrat de mariage.
Dans ces conditions, on peut s'étonner que la future épouse ait consenti à un mariage dont elle connaissait l'invalidité par rapport aux valeurs essentielles partagées par le couple. Pourquoi, en effet, se marier, si elle savait que son futur mari ne pourrait accepter le fait qu'elle ne soit plus vierge. Dans ce cas, il aurait été tellement plus simple de ne pas dire "oui". Mais ceci n'est que commentaire et opinion dont je conçois qu'un juge n'ait pas à tenir compte pour se baser sur des faits, et sur une demande qui semble correspondre à la demande commune des deux époux. En tant que juge, je ne vois pas ce qu'il pouvait faire d'autre que d'aquiescer à cette demande. Par rapport au texte de Loi, il n'a pas à prendre partie sur le fait que la virginité soit, ou non, une qualité essentielle de la future épouse. Il ne fait que prendre en compte le fait que ce mensonge de la future épouse était reconnu par les deux parties comme quelque chose, important pour les deux, et qui donc vaut annulation.
Voilà l'argument juridique défendu par son représentant le plus célèbre (eolas). Tout repose sur le fait que les deux époux soient d'accord pour annuler ce mariage du fait de la non-virginité de l'épouse seule. Ce sont les faits, et on peut comprendre qu'un juge n'ait pas à faire des hypothèses non étayées. Ce juge entend que les deux parties sont d'accord pour considérer la virginité de l'épouse comme une caractéristique essentielle de la validité du mariage. On peut comprendre qu'il n'ait pas à prendre partie sur cette croyance privée, et qu'il acquiesce à une demande qui les satisfait tous les deux. En tous cas, c'est ce qu'ils affirment.
En considérant que la virginité n'est pas importante, le juge prendrait partie, dans un débat de société, par rapport à une très vieille tradition, commune aux religions chrétiennes et musulmanes, dont il ne peut ignorer le poids.
En tant que pouvoir politique qui fait les Lois, ses représentants et nous-mêmes qui les choisissons, ne peuvent pas être aussi littérals par rapport au texte de Loi. Il apparaît en effet très probable que ce jugement correspond plus au souhait de l'homme qu'à celui de l'épouse. Celle-ci, en effet, y a sans doute trouver un moyen d'échapper à un mariage auquel elle a consenti tout en sachant fort bien qu'il ne pouvait satisfaire son mari. Si elle y a consenti, pour accepter plus tard d'y renoncer alors qu'il aurait été plus simple de le refuser à l'avance, on peut penser que cette première acceptation n'était pas complètement libre.
Par ailleurs, si le juge peut entendre le fait que la virginité soit une qualité essentielle de la future épouse, puisqu'elle est revendiquée comme telle par les deux, il appartient aux représentants de la société de se prononcer sur cette valeur. C'est leur liberté dira-t-on. C'est surtout la liberté de l'homme d'exiger que la femme renonce à sa liberté sexuelle. Comme le dit Catherine Kintzler :
"Lorsqu'un monsieur demande une vierge, il réclame une femme qui n'aura pas usé de cette liberté. Il s'en trouve, et ne pas user d'une liberté, c'est aussi une liberté : mais c'est le droit de la femme de ne pas en user, son droit à elle. Lui, quand il exige cela, il dit qu'il ne veut pas de cette liberté pour les femmes. Il exige donc pour les femmes la privation d'un droit fondamental"
En théorie, la virginité est demandé aux deux futurs époux. C'est en tous cas la tradition chrétienne. Dans la pratique, elle n'est éventuellement vérifiable que chez la femme. L'inégalité de traitement et de condition est patent. Par rapport à une très vieille tradition qui ne fait plus partie de nos valeurs, le pouvoir politique a donc raison d'intervenir dans une affaire qui n'est surement pas "strictement privée". Cette affaire décidera si oui ou non la viriginité de la femme est reconnue comme une valeur essentielle pouvant valider le mariage. Et le mariage n'est évidemment pas qu'une affaire privée. Le législateur est toujours intervenu dans le domaine de cette cellule de base de la société, qu'elle soit maritale ou de la même famille d'association (PACS).
Tout va pour le mieux dans cette affaire. Le juge ne sort pas de son rôle en prenant acte de la demande commune des époux. Le pouvoir politique intervient et fait appel d'une décision qui menace gravement l'égalité de condition de l'homme et de la femme. Et les époux, l'époux en tous cas, que demande-t-il ?
Il demande à la société civile de prendre partie par rapport à des valeurs strictement privées. Il lui demande de valider le fait qu'un mensonge sur la virginité, et donc que la virginité elle-même soit considérée comme une condition sine qua non de son mariage. Il demande donc à ce que ses convictions privées soient validées par la Loi. Comme l'écrit Alain-Gérard Slama dans le Figaro :
"Il témoigne que la raison juridique, dont le propre est de résister à toutes les formes d'arbitraire, se laisse de plus en plus envahir par les passions et les caprices des intérêts particuliers, voire de l'obscurantisme. De la même façon que la mauvaise monnaie chasse la bonne, le droit, investi par les revendications de droits, tend à devenir un levier au service de groupes et lobbies, religieux, ethniques, sexistes, qui cachent, derrière le chantage au déni de droit, à la discrimination et au racisme, la poursuite d'un statut qui les dispense de respecter les codes, qui les excepte de la loi générale."
C'est bien là, en effet, le coeur du débat. Si la virginité constitue une condition essentielle du mariage, c'est l'affaire de chacun, et de ses convictions religieuses. C'est donc une affaire strictement privée sur laquelle les instances judiciaires n'auraient pas du avoir à se prononcer. En portant l'affaire au tribunal, les époux exercent un chantage auprès de ses représentants pour qu'ils prennent partie dans un débat qui les dépassent. Il est heureux que ce jugement soit discuté sur la place publique et que la pression de l'opinion ait libéré le juge d'une responsabilité qui ne pouvait être la sienne, qui est maintenant celle du pouvoir politique, de nous-mêmes, pour renvoyer la virginité dans la sphère des convictions et des comportements privés.
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29.05.2008
Orthographe du nénufar
Je lis dans l'Express de cette semaine que la communauté lusophone vient de se mettre d'accord pour une réforme du portugais. Humido devient umido, optimo devient otimo et auto-estrada autoestrada. Ce sont quelques réformes qui harmonisent les orthographes et consacrent l' usage. Elles consacrent surtout l'usage brésilien et ses 200 millions de locuteurs contre un peu plus de 10 millions au Portugal.
En lisant cela, je m'apprêtais à rédiger une diatribe bien sentie contre une académie française, gardienne sourcilleuse d'un Français congelé depuis des siècles. Je m'apprêtais aussi à comparer avec le Portugais, qui jouit d'une ancienne colonie dont la puissance lui permet d'imposer sa vitalité linguistique aux crispations de sa vieille terre natale.
Et je m'apprêtais donc à regretter que le français se fixe encore sur les quais de Seine au lieu de s'aérer au bord du Saint-Laurent. Mais il n'en est rien, et ce n'est pas cette vénérable institution que l'on pourra accuser de notre immobilisme.
Car l'attachement des français à certaines bizarreries de leur orthographe a quelque chose de pathologique. Sous prétexte d'étymologie, ou de raisons historiques parfois obscures et souvent fantaisistes, beaucoup restent attachés aux nombreuses exceptions et absurdités que rien ne justifie ; source d'échec scolaire et barrière à l'apprentissage du français par les étrangers.
Doit-on tous les citer :
- L'é sur sur la deuxième syllabe de événement du à un erreur de typographie
- Le nénufar, mot d'origine arabe, doit s'écrire avec un f et non ph comme s'il était grec
- Le chariot avec un r et la charrette avec deux
- On n'oubliera pas les deux cuisseaux du veau qui se transforment en cuissots pour un chevreuil sans que ni l'un ni l'autre n'y soit pour rien ni cuisiné différemment
Il y en a beaucoup d'autres que l'on pourra consulter sur le site de l'académie (un seul c) française qui recense ces anomalies et propose la nouvelle orthographe. Car cette orthographe existe depuis que Michel Rocard en 1990 avait demandé qu'on la révisât. Cette orthographe est proposée, nullement imposée, depuis 18 ans. Cette réforme ne propose que la suppression d'exceptions non justifiées, la rectification d’anomalies qui ne doivent rien à l’étymologie (chariot-charriot,imbécillité- imbécilité, etc.). Elle ne change rien aux règles liées à la grammaire. Pourtant, elle ne s'est pas imposée par l'usage et surtout elle n'est pas enseignée. On continue en 2008 de forcer les enfants à apprendre des règles qui n'en sont plus depuis 18 ans. On leur fait perdre un temps précieux à retenir des listes d'exception qui polluent la langue, sans l'orner du charme d'une tradition qui n'intéresse plus que quelques érudits. L'effort est tel que les adultes qui y parviennent voient dans ces scories le signe de la réussite scolaire et donc sociale. La sélection par l'échec commence déjà là, par la maîtrise d'un code qui doit tout au maintien des castes savantes et rien à la volonté de faciliter l'accession à une langue purifiée.
Répétons le, cette orthographe est correcte d'un point de vue des autorités compétentes. Elle est surtout plus élégante, et elle facilite l'accès et la compréhension du Français. Il ne tient qu'à nous de l'utiliser pour qu'enfin les mentalités bougent, et l'on pourra vérifier dans ce mini-guide d'utilisation qu'il ne s'agit évidemment pas d'écriture phonétique ni d'un langage SMS qui est proposé. Que chacun s'en fasse une idée.
Il semble que les mentalités évoluent :
- Petit à petit, les traitements de texte proposent des dictionnaires avec la nouvelle orthographe
- Le monde enseignant semble décider à bouger
- Même le fameux Grévisse, dans sa treizième édition intègre ces recommandations
A partir de maintenant, j'écrirai donc avec cette orthographe rectifiée. Je parie que peu verront la différence, mais peut-être ferai-je moins de fautes.
18:04 Publié dans Blog , Humeur , Société | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
27.05.2008
Reprendre le blog
Reprendre son blog, c'est presque comme reprendre son travail : une activité tellement futile et si vite oubliée.
Reprendre son blog, c'est comme ré-écouter, relire les informations de son pays. Bertrand Delanoé a fait des déclarations : Ah bon, lesquelles ? Une grève : de qui de quoi ?
Reprendre son blog, c'est rebrancher toutes ces prothèses électroniques : le portable, le PC sur Internet. On s'en passe si facilement, et je ne ressens aucun manque. Je suis d'une génération privilégiée, qui aura vécu dans un monde sans informatique, qui peut s'en passer et qui se souvient encore que ça peut exister. Une génération pas trop âgée non plus, à être effray


