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01/03/2007

Libéralisme contre capitalisme

Quand Jacques Chirac proclame que « Le libéralisme est aussi dangereux et conduira aux mêmes excès que le communisme », de quoi parle-t-il ? Voilà une phrase qui ne peut que stupéfier des anglo-saxons pour qui le libéralisme est plutôt synonyme de démocratie et même d'un positionnement assez à gauche.

En France, les adversaires du libéralisme le qualifient d'ultra-libéralisme, et ce qu'ils combattent est en réalité une évolution dite néo-classique, plus connue sous le nom de l'école de Chicago. Alors que la théorie classique du libéralisme accorde une place dominante au travail, cette école de Chicago place le capital comme unique facteur de production.

Les défenseurs du libéralisme croient défendre la liberté individuelle et rejette toute contestation dans les ténèbres du modèle socialo-communiste et du goulag.

Et voilà comment ses partisans comme ses adversaires ne parlent que d'un des modèles possibles du libéralisme qui est le développement du capitalisme actuel.

medium_Valerie_Charolles.jpgC'est que le libéralisme est comme la démocratie, il en fait partie et en est le pendant dans le domaine économique. C'est la thèse centrale du livre de Valérie Charolles, qui développe cette théorie d'un libéralisme neutre :

"Sans préférence avérée pour le travail ou le capital, il peut aller vers le capitalisme ou la social-démocratie en fonction d'éléments qui lui seront ajoutés, mais il ne présuppose a priori ni l'un ni l'autre"

Le capitalisme actuel est donc une des incarnations possibles du libéralisme. Qui conteste cet avatar est accusé d'en contester aussi les fondements, à savoir la concurrence libre et non faussée. Il est alors facile d'agiter l'épouvantail socialo-communiste pour imposer le capitalisme actuel comme inéluctable et répondant à une logique d'ensemble à laquelle nous ne pouvons que nous plier. Il s'agit donc de s'adapter . Ajoutons à cela la mondialisation qui, elle aussi s'impose à nous, et qui est ressentie comme une concurrence à la baisse sur les salaires. Chacun craint le risque de déclassement et de prendre le descenseur social. Cette impuissance "aboutit à un système de références dans lequel les individus se sentent continuellement menacés et n'imaginent pas pouvoir s'extraire du système".

Et ce n'est pas la campagne actuelle qui pourrait nous donner l'espoir de pouvoir  agir sur ce système. Comme le rappelle Jacques Attali, les polémiques sur le chiffrage des programmes (35 milliards sur 5 ans) représentent 3 ans de bénéfice de Total et même moins d'un an de bénéfices d'Exxon. On voit où est l'argent, et c'est dire que la marge de manoeuvre des Etats est devenue dérisoire et renforce ce sentiment d'impuissance.

Pour revenir au livre de Valérie Charolles, elle ne se contente pas de décrypter ce discours pseudo-libéral au service du capitalisme actuel. Elle ne tombe pas dans une fumeuse théorie du complot des méchants capitalistes, mais montre que que les règles financières et comptables appliquées aujourd'hui pénalisent le travail au dépens du capital. Le travail salarié est une charge comptable alors que le libéralisme y voit la seule source de richesse. Dans ces conditions il ne faut pas s'étonner que la logique capitaliste du profit à court terme pousse à la compression de cette charge. Comme par ailleurs, la France réussit le prodige de baser une grande part de son imposition, et toute la protection sociale sur une base salariale, on a là les secrets du modèle français et de son échec.

Le libéralisme proclame avec raison qu'il n'est de richesse que d'homme, mais les règles de comptabilité classent le travail comme une charge. Imaginons que l'on puisse mettre à l'actif l'expérience, le savoir-faire et tout le capital immatériel que représente les salariés. C'est toute une gestion qui pourrait être infléchie dans un sens plus favorable à cet homme. De manière assez inattendue, ce sont les clubs de foot qui sont en avance dans ce domaine en demandant à ce que leurs joueurs puissent figurer à l'actif de leur bilan et non plus uniquement en charge dans leur compte de résultat.

A livre Valérie Charolles, on se donne quelques armes pour sortir de l'impasse actuelle. Son livre mérite bien cet exergue de Wittgenstein :

"Quel est ton but en philosophie ?
Montrer à la mouche l'issue par où s'échapper de la bouteille à mouches" 

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