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20/02/2007

A quelle élection votons-nous ?

Avez-vous remarqué comme il fait doux en ce mois de juin ? Le nouveau président Sarbayal s'installe à l'Elysée. Mais rien n'est acquis pour le nouvel élu. Il lui faut une majorité pour gouverner. Et nous voilà reparti pour une nouvelle série de débats face à un panel représentatif de la population. Le président Sarbayal a été élu sur un programme qui définissait les objectifs de la République pour les 5 ans à venir. Il s'agit maintenant de préciser les modalités pratiques permettant de concrétiser les grandes orientations qui ont été choisies par les Français lors de l'élection présidentielle d'avril-mai. C'est ainsi, qu'hier soir le représentant du parti socialiste a pu expliquer à chaque catégorie de français les différentes mesures concrètes les concernant.

Arrêtons là l'anticipation... Et pourtant, à quoi avons-nous assisté hier soir, sinon à la campagne électorale pour les législatives du mois de juin ? Faut-il incriminer Ségolène Royal, dont c'était le tour de participer à l'émission de TF1 : "J'ai une question à vous poser" ? On a plutôt tendance à s'interroger sur la manière dont est conçue cette émission.

On ne mettra pas en cause une quelconque manipulation qui permettrait de favoriser tel ou tel candidat grâce à une sélection orientée des 100 personnes représentatives de la population française. Ce serait un peu trop grossier. Il s'agit plutôt de cette méthode consistant à segmenter cette population  suivant des méthodes marketing où chaque personne doit être représentative de l'échantillon qu'elle est sommée de représenter.  On aimerait bien connaître la manière dont est préparée cette émission. Ce que l'on soupçonne, ce n'est pas la manipulation partisane, mais que chaque questionneur  soit fortement incité à ne pas sortir du rôle qu'il doit jouer. Chacun se souvient de la funeste soirée où Jacques Chirac fut désarçonné par les questions et le comportement d'un panel de jeunes lors d'une soirée qui fut sans doute fatale à la constitution européenne.

Il s'agit donc qu'un agriculteur pose une question d'agriculteur et s'inquiète de la Politique Agricole Commune. Il ne doit connaître l'Europe que sous cet angle. Les retraités s'interrogeront légitimement à propos du montant de leur pension. Il n'est pas question qu'ils s'intéressent à autre chose. Un commerçant s'inquiètera du niveau de sa TVA et une infirmière ne connait rien en dehors de l'hôpital. Voilà une représentation scientifique de la population. Chacun est expert de sa propre vie et ne doit pas voir au-delà.

A chaque interrogation, le candidat ne pourra que témoigner son empathie face à une situation qui n'est jamais idéale. "Vous avez raison !  Et d'ailleurs j'ai prévu d'augmenter votre revenu-salaire-pension-traitement de tant". Pas de chance pour les militaires, ils n'ont pas le droit de s'exprimer publiquement. On ne parlera donc pas de la politique de défense. Ce n'est jamais que le deuxième budget de l'état. Pas de chance pour les européens, ce n'est pas un segment de panel ; tout le monde est européen.

Est-il possible d'imaginer que les Français puissent voir au-delà de leurs intérêts catégoriels ? Un agriculteur n'est pas entièrement qualifié par sa profession. Il a le droit et sans doute le devoir d'avoir une opinion sur l'Europe, sur la politique de défense ou sur les retraites. Il n'est pas exclu qu'un enseignant s'intéresse aussi à la mondialisation de l'économie et à ses conséquences sur la situation de l'emploi dans notre pays. Autrement dit, il est quand même possible de poser l'hypothèse que le citoyen français ait l'ambition de voter au delà de son bulletin de paie et de son niveau de pension. La question du niveau de vie n'est certainement pas secondaire, mais ce n'est  pas non plus le rôle du futur Président de la République de promettre et de fixer des taux d'augmentations à l'avance, au mépris de toute négociation avec les partenaires sociaux et des circonstances économiques qu'il ne connait pas plus que vous et moi.

On est bien obligé de constater que le quinquennat n'a fait qu'amplifier ce mouvement. Mais nous sommes encore en Vème République, et c'est justement le but de cette élection présidentielle de désigner une personnalité dont le rôle sera de prendre en compte l'intérêt général au delà des revendications catégorielles. Est-ce encore possible ? Oui. Et l'on peut dire que l'on n'a jamais autant discuté de la place et du rôle de la France qu'à l'occasion des deux referendums européens du traité de Maastricht et de la constitution européenne. Tiens, tiens, ce sont justement les domaines de compétences privilégiés du Président de la République. On peut donc en débattre. Quoi que l'on pense des résultats de chacun de ces referendums, ces débats ont eu lieu et ils n'étaient pas médiocres. Il est donc possible que les Français aient un suffrage qui aille au-delà du chiffre au bas de la feuille de paie. Ils s'intéressent aussi et sans doute surtout au devenir de notre pays au sein de l'Europe.

"J'ai une question à vous poser" devient " de combien allez-vous m'augmenter ? " et  ne fait qu'encourager une vision consumériste de la politique. Dans une phase de campagne électorale, on ne demandera pas aux candidats d'avoir l'héroïsme ou la naïveté de ne pas surseoir à cette demande. Il est pourtant bien imprudent de penser que la maxime chiraquienne des promesses qui n'engagent que ceux qui les reçoivent puisse encore s'appliquer. Après 25 ans de démagogie et de renoncements, les Français savent à quoi s'en tenir de ce point de vue là.

Il y a bien longtemps, le Général de Gaulle admonestait l'un de ses ministres : "N'oubliez pas que vous êtes Ministre de l'Agriculture, vous n'êtes pas le Ministre des agriculteurs". C'est là toute la différence entre le service de l'Etat et la satisfaction jamais repue des intérêts particuliers. On souhaiterait que cette élection, souvent qualifiée de la dernière chance, s'intéresse d'abord à celui-ci plutôt qu'à ceux-là.

Commentaires

Au final, cette émission semble plus susciter de critiques que d'éloges...

Écrit par : fred | 21/02/2007

Excellente analyse.
J'adore votre : "J'ai une question à vous poser" devient " de combien allez-vous m'augmenter ? ". C'est tout à fait ça !!

Écrit par : Jean-Baptiste | 21/02/2007

Effectivement excellente analyse !
Difficile d'avoir un avis tranché sur la question de ces émissions où le citoyen panelisé enfile le costume de journaliste critiquant à tour de bras la situation actuelle du pays. Légitime ? Pas sûr...
Si, au départ, je suis ravi de l'engouement qui se crée autour de cette campagne, sur le net, dans les médias, au travail, en famille ou entre amis. Force est de constater que ce qu'on nous offre manque cruellement de fond et de débats.

Un bémol toutefois, le président ne s'appelle pas Sarbayal mais bel et bien Sarbayalpen ! Ne l'oublions pas ! :)

Écrit par : herbie | 07/03/2007

Herbie,

En tous cas l'intérêt retombe. Cette campagne s'éternise et n'intéresse plus grand monde. Du coup, on entre dans la phase boule puante et sortie des dossiers.

Écrit par : René | 07/03/2007

Les commentaires sont fermés.