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30/01/2007

Windows 95 à Vista, de la fièvre à l'indifférence

Le 24 août 1995, on faisait la queue toute la nuit pour avoir le précieux carton.

Regardez les informations américaines du 24 août  ou les archives de l'INA (journal de France2).

Sur France2, on parle de cette sortie au tiers du journal, c'est le service public.

TF1 avait fait l'ouverture du sien avec un reportage de 10 minutes célébrant l'événement. Je ne sais pas si cette archive est disponible.

On pourra comparer avec le lancement de Vista ce soir, également prévu sur TF1 : 600 000 Euros pour 2 minutes avec Flavie Flament

Les budgets publicitaires seront aussi faramineux, mais entre le mois d'août et cette sortie hivernale, c'est le passage d'une véritable chaleur à cette morne résignation. 

25/01/2007

Une réunion de l'UMP

 

A lire le pilonnage anti-sego qui se déchaîne sur tous les médias, traditionnels ou bloguesques, on se demande comment elle pourra se sortir de cette mauvaise passe. Mais après tout, ça fait partie du parcours normal de tout candidat, et qui pleure en janvier peut triompher en mai, ou l'inverse. Madame Royal est en grande difficulté, on pourra juger de son caractère et de son aptitude à surmonter les épeuves. Je ne suis pas de ceux qui la sous-estiment.  Elle a pulvérisé ses rivaux socialistes, ils ne lui pardonnent pas, et ses difficultés actuelles viennent de là, car elle n'a pas d'équipe et elle n'est pas préparée.

Hier soir, Patrick Devedjian était l'invité d'une réunion à La Celle Saint-Cloud, c'était l'occasion d'aller voir si l'on sonne déjà  la curée du côté de l'UMP.

Après les remerciements d'usage, voici la vedette du meeting qui s'avance au pupitre. Les applaudissements sont polis, la salle a besoin d'être chauffée, mais ce ne sera pas pour ce soir. Patrick Devedjian est un bon orateur, il parle sans notes pendant trois quarts d'heure. C'est pour nous expliquer pourquoi l'UMP a choisi la bonne stratégie pour propulser "Nicolas" (tout le monde l'appelle Nicolas) à l'Elysée.

Pour les valeurs comme le pouvoir d'achat ou le travail, ils ont su récupérer des thèmes traditionnels de la gauche en évitant l'erreur de faire une campagne libérale vouée au même échec qu'Alain Madelin en 2002. Quand au  déroulement de cette campagne, ils ont choisi un congrès de désignation du candidat après celui des socialistes. De cette manière, nous profitons au mieux de "l'effet congrès" assure-t-il. Les événements lui donnent raison pour l'instant, mais le ton comme le fond de son discours ne sont pas triomphalistes. C'est tout juste s'il s'autorise à évoquer la bravitude, et les gaffes d'Arnaud Montebourg.

"Tout le monde dit des bêtises, ou fait des gaffes. Moi aussi, bien sûr. Mais quand j'en fais, j'essaie de ne pas en faire un événement. Alors que là, on met Arnaud Montebourg au piquet, du coup tout le monde en parle. Quel amateurisme ! "

Dans ce genre de réunion, on s'attend à un tir de barrage, et aux effets de manche faciles. Patrick Devedjian a trop d'expérience pour taper aussi fort en début de campagne. Il a plutôt refroidi la salle en n'accordant pas tant d'importance aux sondages qui sont  bons pour Nicolas. "La semaine dernière, on était battu, aujourd'hui c'est mieux, et je préfère quand les chiffres sont bons, mais la situation peut encore se retourner". Patrick Devedjian ne crie pas victoire, il a raison. "On n'est jamais à l'abri d'un événement imprévu, ou même d'une faute".

Vient le tour de la salle, elle est presque pleine, et il reste encore quelques dizaines de places sur les 500  disponibles. Beaucoup de sexagénaires, Monsieur et Madame, 4 ou 5 étudiants, et quelques autres  qui ne sont plus l'un et pas encore l'autre.

Ca commence fort en réclamant que l'on arrête de taper sur les riches. On continue par les droits des propriétaires et les 34 Milliards d'Euros pour l'aide au logement. Patrick Devedjian a des réponses plus raisonnables que les questions, et il propose de redéployer ces sommes pour aider à l'accession à la propriété. Visiblement, il connait le sujet, il cite le Danemark et la nécessité de créer un marché hypothécaire.

Tout ça risque de tourner à la réunion de co-propriétaires, et je commence déjà à ronchonner. Je réussis à récupérer le micro pour demander ce qu'ils comptent faire pour l'éducation nationale. Ma question ne porte pas sur le diagnostic, que tout le monde admet, ni même sur le projet qui est connu, mais bien sur les moyens de réussir une réforme qui ne se termine pas, comme d'habitude, par une capitulation devant la rue. Il répond par la suppression des ZEP et de la carte scolaire, et propose la création de campus, "à l'américaine", pour de grands pôles universitaires régionaux. Quant aux moyens, il compte sur la persuasion auprès des enseignants, la prochaine cible de Nicolas, qui connaissent bien les mauvais chiffres d'un système qu'ils continuent pourtant à défendre.

En France, on a longtemps nié les problèmes. Après de nombreux rapports et commissions, on a enfin accepté un diagnostic, on commence à se mettre d'accord sur certains remèdes, on en n'est pas encore aux moyens politiques de faire accepter un traitement qui puisse réussir.

Et pourtant sur d'autres sujets, comme l'Europe, Nicolas propose une stratégie. Si vous m'élisez, vous acceptez le principe d'une ratification parlementaire d'éléments institutionnels européens (Ministre des affaires étrangères, vote à la majorité qualifiée).  C'est tiré par les cheveux, mais au moins on est renseigné sur les moyens.

La réunion se termine avec une dame qui évoque ses jeunes années à Neuilly et les mérites municipaux de Nicolas Sarkozy. Mais plus personne n'écoute, c'est l'heure de la galette et du "verre de l'amitié".

22/01/2007

Je ne comprends rien à l'économie

Va-t-on vers le plein emploi, demande Le Monde à Louis Chauvel, chercheur associé à l'OFCE (Observatoire Français des Conjonctures Economiques) et Professeur à Sciences-Po. Voici sa réponse :

"En Italie, en Espagne, en Allemagne, l'espoir du retour au plein-emploi vient de ce que les jeunes sont 40 % moins nombreux qu'en France. Cela change les choses. En France, la difficulté, c'est que nous avons une "bonne" démographie. En revanche, nous avons une croissance particulièrement faible depuis pas mal de décennies.

Pire : en France, nous savons très bien produire beaucoup de choses avec peu de monde. La France a l'une des productivités horaires les plus fortes du monde"

Une croissance faible, j'arrive à comprendre. Une bonne démographie et une forte productivité, j'ai plus de mal. Evidemment, pour combattre le chômage, il suffit qu'il y ait moins de jeunes. Moins de jeunes = moins de jeunes au chômage, c'est mathématique, et si en plus ils sont deux pour un, le problème est réglé.

Vivement 2020, que les élèves de Monsieur Chauvel à Sciences-Po deviennent ministres !

12:25 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (0)

18/01/2007

Heidegger et les Justes de France

Voilà le genre de rapprochement qui va en exaspérer beaucoup. C'est l'actualité qui le fait pour moi dans ce Figaro du 18 janvier, et les deux événements comme les deux articles m'ont frappé par leur parution le même jour. Jacques Chirac rend hommage aux Justes de France. Ce sont ces hommes et ces femmes qui ont sauvé des Juifs de la déportation et de la mort. Une plaque est dévoilée au Panthéon pour leur rendre hommage. Chacun connait l'histoire du village du Chambon sur Lignon dont toute la population se ligua pour cacher et sauver plusieurs milliers de Juifs.

medium_planque-chambon.jpg

Frédéric Salat-Baroux, le secrétaire général de l'Élysée déclare : « Dans les moments les plus effroyables de l'histoire de France, l'État s'est effondré, les élites se sont effondrées, mais la Nation française, dans ce qu'elle a de plus profond, a été là ».  Opposition trop facile et caricaturale entre une élite qui aurait failli et une France profonde qui serait restée fidèle à ses valeurs. On sait bien que la trahison, la collaboration, l'indifférence, la résistance passive et l'héroïsme ont été partagés par toutes les couches sociales et intellectuelles sans qu'on puisse accuser ou glorifier l'une d'entre elles.

 

 

 

C'est bien ce même 18 janvier que le Figaro Littéraire titre sur la parution de "Heidegger à plus forte raison" sous lamedium_heidegger.2.jpg direction de François Fédier. Cet ouvrage répond à Emmanuel Faye qui n'accusait plus seulement Heidegger d'aveuglement, voire de complicité avec le nazisme, mais carrément d'avoir introduit le nazisme dans la philosophie. La polémique des philosophes ne porte plus que sur le niveau et la durée de l'engagement d'Heidegger avec le nazisme. On pourrait se désintéresser de cette polémique de philosophes, qui n'intéresserait qu'eux-mêmes.

Mais quand dans ce même Figaro,  Rémi Brague déclare à propos de ces polémiques : "Elles profitent à tout le monde, et pas seulement aux éditeurs et journalistes. Aux auteurs : quand on est incapable d'écrire une oeuvre, on peut toujours attaquer Heidegger. Aux lecteurs : une fois un penseur discrédité, on peut s'épargner la peine de l'étudier et de s'exposer aux questions cruciales qu'il pose."

En tant que lecteur, je me pose effectivement la question de l'étude. Même si je les déteste tous les deux, je peux comprendre que l'on apprécie, comme écrivain, un Paul Morand ou même un Céline. Mais ils sont romanciers et on ne leur demande pas autre chose qu'un art qui s'appuie sur le réel, mais ne le décrit pas et surtout ne prescrit rien. Pour Heidegger, j'en suis resté à une conception de la philosophie qui ne soit pas qu'une scolastique en tant que science du commentaire coupé du réel. Autrement dit, j'attends de la philosophie une aide pour " penser sa vie et vivre sa pensée ". C'est la définition d'André Comte-Sponville reprise par Luc Ferry dans son ouvrage "Qu'est-ce qu'une vie réussie". Je sais bien que ces deux là sont accusés de trop bien vendre une philosophie vulgarisée. C'est surtout un retour à une tradition d'une philosophie qui soit "aussi praticable, au sens fort du terme : susceptible de donner lieu à des directives réelles dans la conduite de sa vie".


 

Dans cette optique, comment comprendre qu'un des plus grands philosophes du XXème siècle puisse garder ce titre et ce prestige ? Au minimum, il n'a rien vu et rien compris au cataclysme qui s'abattait sur son propre pays. Dans le pire des cas, sa pensée est compatible ou consubstantielle au nazisme. Dans tous les cas, sa conduite et sa pensée le disqualifie complètement en tant qu'aide à penser sa vie. Pour répondre à Rémi Brague, en tant que lecteur, je n'ai pas le temps ni l'envie de m'exposer aux questions cruciales qu'il poserait, quand sa réponse au nazisme a été aussi terrifiante de bêtise ou plus probablement de consentement.

Je doute qu'on ait lu Heidegger au Chambon sur Lignon. Le rapprochement est trop facile, mais c'est l'actualité qui l'impose. On n'en déduira pas bêtement les mêmes conclusions que Monsieur Salat-Baroux. Il suffira de rappeler le nom de Jean Cavaillès. La plus haute culture est compatible avec l'héroïsme, mais elle l'est aussi avec l'ignominie.

Ce constat-là étant fait, je n'ai pas connaissance que les philosophes se soient VRAIMENT attaqués à ce problème. Il y a pourtant urgence. 

16/01/2007

La grande distrib 2.0

Finalement ce Web 2.0 pousse à son paroxysme le modèle de la grande distribution. On sait que celui-ci est construit autour de la puissance des centrales d'achat qui tirent leur force de leur concentration, face aux fournisseurs désunis et dispersés. On connait aussi l'importance de l'exposition du produit et de l'effet "tête de gondole". Ces mêmes fournisseurs arrivent quand même à vendre leur production. Quelques grandes marques stars arrivent même à un tel niveau de notoriété, qu'elles peuvent négocier dans des conditions un peu moins inégales. 

Pour l'économie de l'Internet, j'écrivais précédemment

" Comme chacun le sait, il s'agit maintenant d'un Web en lecture-écriture. L'utilisateur en crée le contenu, au moins à part égale avec les entreprises économiques et les institutions. Celles-ci continuent néanmoins à en tirer l'essentiel du profit économique. A terme, ce partage inégal annonce des tensions sur le modèle  (...) Si l'information est un vrai pouvoir, celui-ci se ré-équilibrera, sous sa forme économique, entre les mains des usagers au détriment des entreprises capitalistiques."

Cette analyse est un voeu plus qu'une vraie prévision, et il a peu de chances de se réaliser. Quand on compare avec  la grande distribution, on s'aperçoit que le modèle Web 2.0 n'est pas si nouveau que ça, en tous cas d'un point de vue de la répartition des bénéfices. Les Google, MySpace et consorts sont les Carrefour(s) - c'est le cas de le dire - de l'Internet, ils ont un rôle tout à fait similaire. Ils font même mieux, puisque le contenu créé par l'utilisateur (user generated content) l'est à titre gratuit. Encore plus fort !  La loi d'airain, qui fait du distributeur l'élément clé de la chaîne de valeur, se confirme et s'amplifie dans le monde de l'Internet. Le producteur de contenu est quand même satisfait. Il échange sa production contre une reconnaissance sociale ou professionnelle. Un excellent rapport ( en .pdf ) analyse bien cette évolution de la chaîne de valeur dans l'industrie du divertissement.

Le modèle est accepté pour la production amateure de divertissement et même pour les contenus plus ambitieux de beaucoup de blogs.

Les professionnels du divertissement et de l'information n'ont toujours pas trouvé de modèle économique qui leur permettent de s'insérer dans cette nouvelle chaîne de distribution. Les DRM ne seront pas acceptés, et Microsoft a manqué de Vista  en se conformant aux diktats d'Hollywwod. Ce n'est pas si grave pour nous, il y a plein d'alternatives.

La presse quotidienne payante d'informations sur papier va mourir. Elle a bien du mal à construire son nouveau modèle à dominante Internet. C'est beaucoup plus embêtant.

19:44 Publié dans Société, Web | Lien permanent | Commentaires (0)

10/01/2007

Pour répondre aux juristes

PetitJuriste et Versac ne comprennent pas ma note d'hier. En voici donc une explication :

Question de méthodes

  1. Je ne conteste pas à Monsieur Rolin ou à quiconque le droit de discuter un projet de loi. Les éclairages techniques des juristes sont toujours les bienvenus.

  2. Je conteste la méthode et surtout la source du document, qui n'est pas authentifiée. L'avant projet de loi  sur lequel a travaillé  Monsieur Rolin le 6 janvier est un lien vers son blog. S'il s'agissait d'un texte dont la provenance est légitime, qu'il nous en indique la vraie source. On ne l'a pas, il s'agit donc évidemment d'une fuite. Outre l'auteur de la fuite, Monsieur Rolin est doublement condamnable : Travaillant sur un texte non authentifié et illégalement publié, sa méthode est scientifiquement nulle, politiquement et juridiquement contestable.
                   
  3. Dans une note du 3 janvier,  Monsieur Rolin est  "fasciné par le phénomène d’emballement que l’on qualifiera, faute de mieux, de « politico-médiatique »". Dans son désir de scoop, il succombe lui-même à ce phénomène d'emballement. La démocratie est-elle mise en danger par ce projet de loi, qu'il faille utiliser des méthodes aussi contestables et une précipitation aussi imprudente ? Je pense quant à moi, qu'elle se porterait mieux si l'on vérifiait ses sources et que les fonctionnaires chargés d'élaborer la loi ( l'auteur de la fuite, par exemple ) observaient leur devoir de réserve.

  4. La meilleure preuve en est qu'une nouvelle note, aujourd'hui 10 janvier 2007, commente une autre version du projet de loi. La source est cette fois-ci précisée ici. C'est encore une fois une source non officielle, et l'on n'est toujours pas assuré que l'on commente le véritable texte.

  5. Ne pas se laisser emballer consisterait à attendre une version définitive et authentifiée du texte, avant de la commenter et d'éclairer les non-spécialistes que nous sommes.

 

Question de fond

Aborder la question du logement par la gestion de l'échec, du juridique et donc des conflits est une vision défaitiste. Je persiste  à espérer et donc à encourager une politique qui fasse de l'accessibilité au logement, une priorité nationale. Quelques pistes ont déjà été évoquées : "Accélération des cessions foncières de l'État ; simplification des procédures administratives ; plans locaux d'urbanisme favorables à la densification ; exonérations fiscales ; limitation des recours abusifs ... Pour résoudre la crise du logement, il faut d'abord construire !" La question de l'opposabilité n'est donc qu'un outil qui doit forcer la puissance publique à prendre les moyens de cette politique. Sur cette question de fond, j'admets que l'on ait une vision plus prudente si ce n'est soupçonneuse. Elle est largement diffusée dans la presse et dans les blogs qui ne manquent pas de recenser les très nombreuses promesses non tenues.

Il y a un droit à l'éducation, on sait construire des écoles. Il y a un droit aux soins, on sait construire des hôpitaux. Sans aveuglement, mais avec une réelle conviction, je persiste à faire confiance à notre capacité à construire aussi des logements. C'est mon côté Don Quichotte.

09/01/2007

Droit au logement : Ceux qui préfèrent la démolition nocturne ...

Il y en a qui dorment dans les tentes, et d'autres qui veillent jusqu'au petit matin.

Monsieur Frédéric Rolin, professeur de droit public,  fait partie de ceux-là. Il a  travaillé toute la nuit du 6 janvier pour nous livrer son diagnostic à 4h55 du matin. Il publie sur son blog une série de 3 "scoops" concernant le droit au logement opposable. Ses commentateurs dociles admirent son dévouement nocturne à la chose publique.

C'est qu'il s'agit d'être le premier à démolir le projet. Le projet, dites-vous, n'est pas sorti, il n'a pas été discuté ni voté. Quand on est professeur de droit public, on ne s'embarasse pas de ce genre de détails. Peu importe la source, non authentifiée, du document que l'on commente, peu importe le Conseil d'état, peu importe le débat et le vote de l'Assemblée.  A situation d'urgence, il s'agit de démolir d'urgence. 

"Dussé-je y passer la nuit, j'en entreprends l'analyse, et la publie dans une note qui suivra celle là, mais je peux d'ores et déjà livrer un second scoop à mes lecteurs : ce projet est très en retrait sur ce qu'on pouvait envisager, et je pense qu'il ne remplira pas les objectifs qu'on en escompte. "

et donc à l'issue de cette nuit fiévreuse:

"Pour toutes ces raisons, il apparaît que la version actuelle de l’avant projet de loi est très critiquable et même en demeurant sur une logique stricte de juriste, je dois dire que je le considère comme très probablement inefficace voire doté s’un simple effet cosmétique."

"Plutôt que ce texte cosmétique, il vaut mieux encore ne rien faire, ce serait plus honnête."

Ne rien faire serait plus honnête. Que n'avez vous suivi vos propres préceptes lors de cette nuit !

...feraient mieux de se reposer

Heureusement, Monsieur Frédéric Rolin est aussi un honnête homme, et après un peu de repos, il rectifie sagement son point de vue dans son troisième scoop avec  cette mise à jour du 8 janvier :

maj 08/01/2007 :

"Toutefois, si le plan d'urgence qui a été adopté donne effectivement des moyens pour les problèmes du court terme, on ne peut que demeurer très prudent, conformément aux éléments d'analyse juridique donnés plus haut, sur l'existence d'un droit au logement renforcé.

 Comme le souligne l'association, (NDLR : Les Enfants de Don Quichotte) elle n'est pas constituée de "techniciens", et il conviendra donc qu'au cours de la procédure parlementaire, les associations et les élus concourent à ce processus d'amélioration du texte. "

 

07/01/2007

Les " droits de " et les " droits à "

Ainsi, d'après les bigots du libéralisme, il y a les vrais droits qui sont les " droits de " et les faux qui sont les " droits à " :

"Les droits-libertés sont des droits contre l’Etat, des « droits de ». Les droits-créances sont d’une tout autre nature. Ils sont opposables à l’Etat dans le sens où chaque individu ou groupe peut légalement attendre de l’Etat une prestation particulière : un travail, un logement, une retraite, un environnement sain, etc. Les droits-créances sont des droits par l’Etat, des « droits à »."

Tout comme le droit au logement, le droit à un air pur est un faux droit.  Nos amis libéraux ont pris la relève de leurs anciens congénères marxistes. Ils ne voient le monde qu'à travers les textes de leur Loi. Pas de droit au logement ni à un environnement sain chez John Locke. Malgré son génie il n'avait pas anticipé le problème. Il n'existe donc pas. Nous pouvons continuer à polluer en paix. Que faire alors ?

Je propose de changer de préposition et dans une pirouette syntaxique de transformer mon faux droit à un environnement sain en un vrai ( ouf ! ) droit de respirer.

La société de défiance

Dans cette affaire du droit au logement, du blog de Maître Eolas à  un média plus ancien comme le  Figaro, on retrouve le même état d'esprit et la même méfiance. Prenons cet article de M. Jérome Dubus : Le droit au logement opposable, cette fausse bonne idée :

Voilà un article construit  comme le "dialogue social" à la SNCF. On commence par faire grève, on discute après. D'abord le conflit, ensuite la négociation. M. Jérome Dubus nous détaille sur trois colonnes les différents types de conflits qui ne manqueront pas de se déclencher. Il faut arriver à la fin de cet article pour arriver aux bonnes idées

"Accélération des cessions foncières de l'État ; simplification des procédures administratives ; plans locaux d'urbanisme favorables à la densification ; exonérations fiscales ; limitation des recours abusifs : voilà quelques pistes que le prochain gouvernement devra traduire rapidement dans les actes... Pour résoudre la crise du logement, il faut d'abord construire !"

Dans mon euphorie de nouvelle année, il me semblait que l'annonce de ce droit était le signe fort que l'on prenait le problème dans le bon sens. Par exemple, les propositions de M. Dubus deviendraient des priorités que l'on associerait aux moyens adéquats.

Le droit au logement opposable crée une obligation de résultat. Professionnellement, je vis dans un monde de client-fournisseur où un engagement de résultat n'est sérieux que s'il est assorti de pénalités.  L'objectif est que les résultats soient atteints et que l'on n'aille pas jusqu'au conflit. Les pénalités sont là  pour rassurer le client par rapport au sérieux de cet engagement et des moyens qui lui sont affectés. Je sais bien que que cette relation commerciale ne peut pas être complètement comparé à un problème social. On préférera sans doute parler de contrat. Ca ne me paraît pas si éloigné du sujet qui nous préoccupe où l'on espère que, par hypothèse, les deux parties sont de bonne foi et ont un intérêt commun à atteindre l'objectif.

Dans toute cette discussion, on suppose au contraire, que par avance, les deux parties sont de mauvaise foi. Le législateur serait ainsi en train de préparer une loi qui le contraint, en prévoyant à l'avance tous les moyens lui permettant d'y échapper. Les futurs plaignants, quant à eux, ne chercheraient qu'à contourner la loi pour se loger gratuitement aux frais du contribuable.

La même tare et le même virus mortel ronge le syndicaliste passéiste arc-bouté sur ses avantages acquis, comme le  libéral qui rêve d'un avenir à l'anglo-saxonne pour notre pays, c'est la défiance et le modèle perdant-perdant dans lequel nous vivons depuis 25 ans.

Décidément le facteur immatériel est bien la source, la condition et l'avenir de notre prospérité. Dans son livre magistral, Alain Peyrefitte a montré comment l'établissement de la société de confiance était à la source du développement des sociétés modernes.  Le retour à la confiance mutuelle, c'est bien l'enjeu actuel. La classe politique a d'énormes responsabilités dans cette affaire, mais nous aussi.

03/01/2007

L'homme de l'année c'est Don Quichotte

medium_don_quichotte.jpgIl y a des moments où tout bascule dans ce pays que l'on croit momifié. En quelques semaines, le droit au logement opposable va devenir une réalité. Tous les candidats et le Président de la République en sont d'accord, et l'on peut s'attendre à un vote à l'unanimité à l'Assemblée Nationale. Voilà qui démarre en beauté cette nouvelle année.

Je ne vais pas faire un procès trop facile aux hommes politiques pour leur reprocher de prendre enfin à bras le corps le problème des mal ou non-logés. Comme beaucoup, je passe à côté des SDF sans leur prêter plus d'attention. De temps en temps on en parle, on lève les bras au ciel, puis on passe à autre chose. Sauf quelques associations, c'est bien toute la société française qui s'est résigné à ce scandale. La classe politique est plutôt en avance, élection oblige peut-être, et puis tant mieux si c'est l'occasion d'avancer.

Le droit au logement a été constamment réaffirmé depuis au moins 25 ans. Voir l'entrée dans Wikipedia et surtout le rapport de novembre 2003 :

"C’est d’abord la loi “ Quilliot ” du 22 juin 1982 qui a proclamé que “ Le droit à l’habitat
est un droit fondamental ”. Puis, la loi “ Mermaz ” du 6 juillet 1989, établissait que “ Le
droit au logement est un droit fondamental ”.
Le droit au logement constituera ensuite l’objet même de la loi “ Besson ” du 31 mai
1990, qui définira les moyens de sa mise en oeuvre"

On sait que le législateur adore proclamer les grands principes, multiplier les lois sans se soucier de leur application et de leur résultat. Un droit opposable permet au plaignant de faire condamner toute autorité publique qui ne respecte pas la loi. C'est bien la différence entre une obligation de moyens qui relève de l'incantation et une obligation de résultats qui se constate et se sanctionne. Quoi que l'on pense des hommes politiques, ils se donnent volontairement les outils et les contraintes qui les forceront à respecter ce droit. Le droit opposable, ça marche. Il existe déjà le droit à l'éducation et le droit aux soins médicaux. On peut discuter de la qualité de l'éducation nationale ou du système de soins. Personne ne discute que ces droits existent et qu'ils ont marqué des progrès réels et mesurables

Quelques libéraux bornés distinguent deux catégories de droits :

" les vrais et les faux. Les vrais droits de l’homme, ce sont les droits-libertés : liberté, propriété, résistance à l’oppression, etc.. Ce sont ceux qui ont été déclarés à partir du XIIème siècle dans les grands textes anglais, puis à la fin du XVIIIème siècle en Amérique et en France. Les faest 'ux droits de l’homme, ce sont les

droits-créances : droit au travail, au logement, aux prestations sociales, à un environnement sain, etc.. Ce sont ceux qui ont été inventés en permanence depuis plus de deux siècles dans les textes à caractère socialiste."

Le droit au logement est donc un faux droit puisqu'il est classé socialo-communiste, comme les autres droits-créances dont l'éducation et les soins médicaux. L'auteur n'ose pourtant pas citer ceux-ci. Laissons donc plusieurs centaines de milliers de mal-logés à leur vrai droit : coucher sur le trotoir ou dans des logements insalubres.

Changer le monde avec 3000 Euros

Les six membres de la famille Legrand auraient investi 3000 Euros dans l'achat de leurs tentes. Les associations plus anciennes ont salué avec élégance l'action de ces ouvriers de la onzième heure. Quand nous les détournions, ils ont su garder leurs yeux ouverts et monter leur opération avec un savoir-faire médiatique impressionnant.

medium_time_you.6.jpg

 

D'après Time Magazine, l'homme de l'année, c'est YOU : Toi et moi. Pour mieux se fairemedium_new_collage_time_quichotte.3.jpg comprendre, la couverture du magazine est constituée d’une surface métallique réfléchissante.  En la regardant, on voit son image. J'aime bien les blogs, mais je déteste leur côté narcissique. On peut dire que Time a bien illustré cette ambiguité. Mais pour moi, l'homme de l'année qui commence c'est Don Quichotte.