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23/12/2006

La faillite de l'enseignement supérieur

Dans ce même rapport “L’économie de l’immatériel - La croissance de demain” (.pdf), dont j'ai parlé dans mon précédent billet , on trouve une analyse terrible de l'état de notre système d'enseignement supérieur. La qualité de cet enseignement est bien sûr capital pour notre réussite et notre croissance au sein de cette économie.  

En voici quelques constats

"La France a atteint le seuil à partir duquel l’enseignement supérieur s’impose comme un vecteur essentiel
de croissance vers la fin des années 70..

Alors que la France atteignait le niveau de développement qui rendait
l’investissement dans l’enseignement supérieur économiquement plus nécessaire que celui dans le primaire
et le secondaire, le choix a en effet été fait de maintenir l’accent sur ces deux derniers secteurs, qui ont connu
une augmentation de la dépense annuelle par élève largement supérieure (+95 % pour le primaire et +74 % pour
le secondaire, contre +22 % pour le supérieur40).

Le système d’enseignement supérieur français :
• accueille moins d’étudiants (en pourcentage d'une classe d'âge)  que le système universitaire américain, alors qu’il est largement gratuit ;
• produit en moyenne davantage de non-diplômés alors que les étudiants français travaillent moins
que leurs collègues américains ou européens pour financer leurs études ;
• est l’un des moins visibles, deux établissements d’enseignement supérieur français seulement
figurant dans le classement des 100 premières universités mondiales réalisé par l’université de Shanghai."

D'où l'une des recommandantions du rapport:

"RECOMMANDATION N°54 : Accroître l’effort en matière d’enseignement supérieur de 0,5 point de PIB, soit
environ 8,5 Md €, en en réservant le bénéfice à des actions de promotion de nouvelles filières, de restructuration
du système d’enseignement supérieur et de promotion de l’excellence."

Depuis 30 ans, on a  systématiquement poursuivi une politique dont chacun sait qu'elle est à contre-sens ( en particulier pour la répartition de l'effort financier entre le primaire, le secondaire et le supérieur). Tous les responsables de bonne foi le reconnaissent, et pourtant rien ne change. Dans un autre contexte, Jean-François Revel aurait parlé de connaissance inutile. Mais ici il ne s'agit pas de controverse entre l'information et sa falsification qui l'emporterait sur la vérité. Malgré les efforts de quelques uns pour nous faire croire que tout va bien, chacun sait que la qualité de notre enseignement se dégrade d'année en année.

En fait cette question de l'enseignement illustre parfaitement l'économie de l'immatériel. Celle-ci est faite d'excellence dans l'exécution des processus. L'exemple français le montre depuis 30 ans, il ne sert à rien de posséder les données et d'avoir le bon diagnostic si l'on n'a pas la volonté et surtout la capacité d'exécuter et de faire accepter les réformes qui s'imposent.

Accroître l'effort de 0,5 point de PIB, pourquoi pas ? C'est certainement nécessaire, en supposant que l'on puisse trouver les ressources budgétaires. On constate aussi que les augmentations massives de dépense dans l'enseignement primaire et secondaire n'ont pas eu de résultats miraculeux. Il ne suffit pas d'allouer des ressources supplémentaires, c'est relativement facile, il faudra aussi avoir le courage et l'habileté  pour faire accepter les réorganisations nécessaires qui sont également bien connues (voir pages 156 et suivantes du même rapport)

La politique, comme l'économie de l'immatériel est un art tout d'exécution.

 

Petit message personnel : Relâche pour ce blog jusqu'au début 2007.

Joyeux Noël et bonne année à tous,

René 

22/12/2006

Economie de l'immatériel : On cherche une méthode

 

C'est avec des sentiments mitigés que je viens de terminer la lecture du rapport “L’économie de l’immatériel - La croissance de demain” (.pdf) . Le sujet est d'importance et mérite d'y passer un peu de temps. Et pourtant, en arrivant à la fin de cette lecture, je ne suis pas sûr d'avoir les idées beaucoup plus claires sur le sujet.

Beaucoup de points de vue sont étudiés, et 68 recommandations sont formulées, dont certaines paraissent tout à fait pertinentes. En revanche, on est constamment gêné par une absence de définition claire de cette économie de l'immatériel. D'après le rapport, c'est « une économie qui n'a pas de fondement physique mais qui place les capacités intellectuelles au coeur de la création de valeur. Désormais, c'est notre capacité à créer, à innover, à inventer qui va devenir notre principal critère de compétitivité et notre première source de croissance ». Ce secteur représenterait « environ 20% de la valeur ajoutée et 15% de l'emploi ». Peut-être, mais on ne saura jamais comment sont calculés ces chiffres et à partir de quelle classification et de quelle méthode.

Par ailleurs, les exemples pris concernant la gestion du patrimoine immatériel paraissent tout à fait incohérents avec le sujet. J'ai du mal à comprendre en quoi la gestion des fréquences hertziennes, ainsi que les « droits à polluer » en millions de tonne de CO2 font partie de l' économie de l'immatériel. Que l'infrastructure en réseau hertzien fasse partie des conditions d'épanouissement de cette économie, tout le monde en conviendra, pour autant il s'agit bien de ressources physiques limitées, qu'il s'agit justement de réglementer pour en répartir la rareté.

Le rapport est donc consacré à un sujet mal défini et qui souffre d'une absence de méthode comptable reconnue par tous. La nature même de ces actifs les rend difficilement appréhensible, et les chapitres consacrés à la question des brevets montrent bien que ce système de protection et de valorisation des actifs immatériels est loin de couvrir tout le sujet.

Y a-il vraiment une innovation importante et brevetable qui expliquerait le succès de l'iPod ? A l'évidence, la valeur économique de toute la chaîne iPod est très largement due à un effet d'image et de marque, voire à la personnalité de Steve Jobs. Rien de tout cela n'est brevetable, et pourtant cela permet à Apple de tarifer ses produits nettement plus chers. Apple facture de l'immatériel.

La valeur de la marque est presque inestimable, dans tous les sens du terme. Une des pistes permettant de mesurer ce facteur immatériel serait de prendre en compte ce qu'en pense le marché. C'est ainsi que la capitalisation de Google est de 130 Milliards de dollars, alors que celle d'IBM est à peine supérieure avec 155 Milliards. Et cet exemple concerne deux sociétés particulièrement prospères puisque IBM affiche un bénéfice brut de 36 milliards, dix fois supérieur aux 3,5 milliards de Google. Malheureusement ces chiffres ne sont disponibles que pour les sociétés cotées en Bourse. On exclut donc tout le tissu des PME, qui sont souvent les plus innovantes par rapport à cette économie de l'immatériel. Il y a bien des critiques à faire en ce qui concerne la capitalisation boursière. En particulier, les effets de mode et de suivisme  paraissent fausser le jeu. Mais ne sont-ils pas aussi un reflet de cette valeur immatérielle et fluctuante que l'on recherche à estimer ? On aurait bien aimé, de toutes façons, que le rapport explore cette piste, pour illustrer et peut-être commencer à se donner des outils de mesure de l'immatériel. Le rapport est complètement muet sur ce sujet, tout comme sur l'ensemble des produits financiers dont l'impact est pourtant considérable et qui est une des clés du renouveau anglais.

Le problème de cette mesure n'est pas nouveau. En 2003 Michel Volle examinait la question. Dans cette page, il propose la définition suivante : « les produits immatériels, qu’ils soient incorporés à un bien ou à un service, sont ceux qui résultent d’un travail de conception ». Il est moins convaincant quand il affirme que la mesure de ce capital n'est pas plus difficile que la mesure du capital matériel.

Pour conclure provisoirement sur ce sujet, on pourra réfléchir au cas de Nike. Le rapport donne ces chiffres : « les coûts de production, au sens strict, des chaussures Nike ne représentent que 4 % du prix de vente total, le reste représentant la rémunération d’actifs immatériels tels que la marque, la recherche, les brevets et le savoir-faire de l’entreprise… » On est bien là au coeur du sujet. Cette chaussure n'est pas un objet ni un capital. C'est le processus dynamique qui va de la conception, à la distribution finale qui crée la valeur. Ce n'est pas le produit fini et inerte.

On ne sait pas, aujourd'hui, estimer a priori la valeur de ce processus, qui fait pourtant toute la différence entre une société ou un pays qui se développe et un autre qui stagne, ou qui décline. En ce sens, ce rapport manque son objectif. Il propose néanmoins quelques pistes d'amélioration qui, faute de relever d'une méthode, pointe les insuffisances de notre pays et devrait nous permettre de relever un peu la tête. Mais là, le diagnostic est connu depuis longtemps, la question est celle de l'action. Là aussi c'est le processus qui fait la différence.

Rendez-vous dans une prochaine note.

15/12/2006

Ordre juste et rupture tranquille : les robinets d'eau tiède

Ca y est, les deux "grands" candidats ont leur slogan, l'ordre juste ou la rupture tranquille. Pour ceux qui l'ignoreraient encore, cette association des contraires, est un oxymore. Jean Veronis nous instruit plaisamment, comme toujours, de la collocation , qui n'est pas une cohabitation entre ces deux candidats.

Oxymore ou collocation, chacun peut en juger. A vouloir ratisser large et concilier l'inconciliable, on fait couler l'eau tiède. Chacun des deux vaut mieux que ça. Et nous aussi.

medium_mitterand_force_tranquille.2.3.jpgDepuis "la force tranquille", Jacques Séguéla a réussi à faire croire à son génie avec une formule de ce genre. Michel Bongrand affirme que la force tranquille venait de ses équipes, mais que Giscard l'aurait refusée. Du coup, Séguéla qui avait ses informateurs, aurait récupéré le slogan et même l'affiche. Quand à Giscard, il proposait "Un président pour la France". Il avait du oublier que c'était lui le président, depuis 7 ans. On renvoya donc l'amnésique se soigner à la Bourboule.

Jacques Séguéla a donc bâti sa fortune et sa réputation de faiseur de président. On rêve de l'imiter. L'eau tiède coule à flot, les mauvais sujets de philo aussi : Changement et continuité, ordre et justice :

Sujet de Bacc:

Thèse : L'ordre est nécessaire pour éviter la violence (citer Goethe)
Antithèse : Mais l'injustice est aussi source de désordre (citer Camus)
Synthèse : Votez pour l'ordre juste de Ségolène Royal

A partir de cet exemple montrez comment on peut défendre la rupture tranquille de Nicolas Sarkozy.  Au secours !!

 

Bizarrement, c'est le centre, toujours accusé de vouloir ménager la chèvre et le chou, de concilier les contraires, qui a la meilleure formule :
"Nombreux sont ceux qui disent : nous aimons la France de toutes nos forces. Aujourd'hui elle a besoin de toutes nos forces"

La France de toutes nos forces : François Bayrou a déjà gagné la bataille des slogans.

13/12/2006

L'informatique à 3 vitesses

 

Quelques  mois

Le Web3 fait l'actualité. J'ai dit tout le bien que je pense de cette initiative. Ca me permet de ne pas ignorer que parmi les projets sérieux, il y aura inévitablement un lot de mode, de fugace et d'éphémère . Le monde Web3 va à la vitesse d'un Youtube et de son succès fulgurant en moins de 18 mois.

D'après la classification de l'IT d' Andrew McAfee dont j'ai déjà parlé ici, le Web3 est dans la sphère du Network IT:

"Network IT. (NIT) provides a means by which people can communicate with one another. Network technologies include e-mail, instant messaging, blogs, and groupware like Lotus Notes."

Plusieurs années

medium_WTC_september.2.jpgRetour à une autre réalité de ce même XXIème siècle :

- 11 septembre 2001 : Une grande administration française prend conscience que son informatique est localisée sur un seul site, vulnérable  à n'importe quelle attaque ou catastrophe naturelle
- On y réfléchit pendant 2 ans avant de lancer un premier appel d'offre en fin 2003
- Deux ans d'études, d'avant-vente pour sélectionner la "short list" entre les différents soumissionnaires
- Encore un an pour affiner les différents projets
- Novembre 2006 : Nous gagnons l'appel d'offre avec notre partenaire
- Le planning prévoit la mise en oeuvre de ce projet sur 2007 et 2008 pour une 
                         recette finale en 2008

Il s'agit de mettre en place un PRI (Plan de Reprise Informatique) pour cette administration, lui permettant de continuer son activité et ses services en cas de catastrophe comparable au 11 septembre. De septembre 2001 à fin 2008, il se sera écoulé 7 ans entre la prise de conscience du besoin, jusqu'à  la recette finale de l'ensemble des procédures et des technologies supportant ce plan de secours. Ce monde lent est celui de l'Enterprise IT :

"Enterprise IT. (EIT) is the type of IT application that companies adopt to restructure interactions among groups of employees or with business partners. Applications that define entire business processes, such as CRM and SCM—as well as technologies, such as electronic data interchange, that automate communications between companies—fall into this category."

C'est toujours de l'IT, de l'informatique, mais est-ce bien le même métier ? Ce secteur de l'IT est devenu tellement central et énorme qu'il est sans doute appelé à se sectoriser, entre activités qui autont finalement peu de choses à voir entre elles, et qui surtout ne vivront pas sur les mêmes cadences.

Le plus gros acteur de l'EIT est l'allemand SAP. Le "SAP Investor Symposium" s'est déroulé à Las Vegas la semaine dernière, précédant de peu notre Web3 national. C'est pas VideoGag sur Youtube qui tiend la vedette! L'assistance a eu droit à une présentation sur un nouveau module fonctionnel : le GRC (Governance Risk and Compliance), la gestion des normes comme Sarbanes Oxley ou de réglements européens au niveau de la gestion des risques, de l'environnement ou du traitement des déchets :

"GRC ASPs increased 63% year-on-year
GRC is experiencing 15% quarter-over-quarter customer growth (2,000 GRC customers)"

C'est pas franchement sexy, on n'est sûrement pas dans le droit en écriture pour tout le monde, mais la croissance se fait aussi sur une activité ultra réglementée comme celle-ci.

SAP a aussi parlé de GRC (Gestion de la Relation Client) , Aaaargh!!! c'est pas le même...,Il s'agit en fait de CRM (Customer Relationship Management) et de l'annonce d'un portage du module CRM en mode hébergé (chez IBM d'ailleurs).

medium_doudou_mammouth_laineux_gd.3.jpgLe 2 février dernier, SAP annonce son intention de devenir lui aussi un fournisseur de logiciel distribué comme un service (Software as a Service)
Le 7 décembre à Las Vegas, lors de cette présentation aux analystes financiers, Shai Agassi l'un de ses dirigeants refait la même annonce
On attend la prochaine grand' messe SAP pour que l'on nous confirme, que oui décidément, SAP croit à ce modèle.


Pendant ce temps, Oracle, ou plutôt Larry Ellison s'apprête à récupérer sa mise de fonds dans NetSuite, le grand concurrent de SalesForce, un des pionniers du modèle SaaS, dont j'ai déjà parlé dans ce blog. En fait, les deux mammouths de l'informatique d'entreprise sont juste à l'affut pour voir si cette architecture va vraiment décoller. On ne vit pas au même rythme dans le monde de l'EIT, et le ticket d'entrée est beaucoup trop élevé pour que l'on puisse avoir la mauvaise surprise de se faire dépasser par un nouveau Google.

 

Microsoft unplugged

C'est ce qui pourrait arriver à Microsoft, le roi du troisième secteur :

"Function IT. (FIT) includes technologies that make the execution of stand-alone tasks more efficient. Word processors and spreadsheets are the most common examples of this IT category."

La sortie de Vista, après tant de retard, signe sans doute la fin d'un style, et d'une méthode de développement Software. D'après le SeattleTImes, Vista aura coûté 10 milliards de $ pour 10 000 personnes impliquées  et 5 ans de développement. Microsoft ne pourra plus se permettre ce type de gabegie.

La Function IT avec  Microsoft se situe entre l'Enterprise IT et le Network IT. Ses incursions dans l'Enterprise IT avec GreatPlains ou avec Navision  n'ont pas convaincu. En revanche, sa suite Live représente désormais une offre cohérente pour le Network IT.

La vraie bataille se jouera sur le front de la bureautique. Difficile de prévoir si la bureautique continuera à vivre sur son rythme pluriannuel actuel ou si elle s'exécutera dans le mode de changement frénétique à la Web 2.0, ou 3, ou 6. Pour réconcilier tout le monde, il se pourrait bien que cette apparente dichotomie se résolve par le mode déconnecté.

Une annonce intéressante de ce Web3 a sans doute été la sortie de "SocialText Unplugged" : du wiki qui permet de travailler en mode déconnecté puis de se synchroniser. C'est depuis longtemps le mode de fonctionnement des PDA (Palm Pilot et autres) et des téléphones.

 

Voila sans doute un avenir possible, et fécond pour le poste de travail.

09/12/2006

Coup de chapeau à Loïc Le Meur

Il organise la conférence Web3 avec la participation de 36 nationalités. Beaucoup de grands acteurs Internet seront présents. Voilà un beau succès qui fera de Paris la capitale de l'Internet pendant ces 48 heures. Ca n'arrive pas si souvent que l'on associe la France avec les technologies de demain, et l'on ne peut que remercier Loïc Le Meur de faire profiter Paris de l'étendue de son carnet d'adresses.

Lisez son interview sur 01net :

"L'idée, avec le Web 3, c'est de faire pendant 48 heures de Paris la capitale européenne de l'Internet, avec tout ce qui peut en découler. En matière d'investissement, je pense par exemple à quelqu'un comme Benjamin Bejbaum, le créateur de Dailymotion, qui était présent à la première édition il y a deux ans et qui y a trouvé les relais nécessaires au développement de son projet. Cette année, nous aurons 1 000 participants en provenance de 36 pays avec un public d'entrepreneurs du Web, d'investisseurs et/ou de blogueurs."

On sait que son succès en agace beaucoup. Tant pis pour les grincheux ! En ce qui me concerne, je n'ai jamais rencontré Loïc Le Meur, et je ne me suis pas inscrit à cette conférence. Je souhaite pourtant que cette conférence soit un vrai succès et débouche sur des initiatives nouvelles, dont certaines pourraient voir le jour en France. Ca nous ferait pas de mal.

Bravo donc pour cette conférence et coup de chapeau à Loïc Le Meur !

06/12/2006

Le télétravail : piège ou progrès

Je reprends le titre de l'émission d'Europe1 hier soir à 18h. Xavier de Mazenod qui anime le projet Zevillage y était invité. Ayant adhéré récemment à cette association, j'en profite pour faire part de mon expérience de ce type d'organisation.

Comment ça se passe ?

Je participe à un programme, encourageant ceux qui le souhaitent, à effectuer tout ou partie de leur travail à domicile. L'équipement nécessaire est fourni par mon employeur. Il s'agit du poste de travail (PC portable) et du téléphone portable. La connexion ADSL est remboursée forfaitairement à 20 Euros par mois. La connexion au réseau se fait par authentification sur TokenCard, avec calcul d'une même clé sur le serveur et sur la TokenCard. A partir de ce moment là, je suis sur le réseau de mon entreprise, de la même manière que si je suis au bureau. Tout travail de recherche ou de rédaction de document commercial ou technique peut ainsi être effectué à la maison.

Conditions pour que ça puisse marcher

Il faut que le travail soit basé sur des réalisations et des objectifs, pas sur une présence horaire. Cela suppose que je ne compte pas mes heures, et mon employeur non plus. Une confiance mutuelle s'établit très vite si les deux parties sont de bonne foi. Les horaires sont donc flexibles, à condition d'être joignable par téléphone ou par E-Mail aux heures ordinaires de bureau.

Les avantages du travail à la maison

Le premeir avantage et le plus visible est évidemment dans le gain de temps. Une journée de travail dans une grande ville peut durer 12h, avec les 8h à l'entreprise + 1 h de pause déjeuner, et parfois près de 3h de transport. A la maison, le temps et la fatigue du transport sont supprimés. En ce qui me concerne, je peux également découper ma journée de travail différemment. Par exemple, en commençant le matin à la maison par le tri des mails, quelques tâches administratives. Cela me permet de partir plus tard, après les bouchons du matin, tout en ayant déjà effectué une partie de travail à la maison.

Pour l'employeur, on comprend facilement les économies qui peuvent être faites, en étant assuré qu'une fraction importante de son effectif n'occupera pas sa place de bureau tous les jours.

Les objections

L'entreprise est un lieu de travail, mais c'est aussi un lien social. Celui-ci serait rompu si l'on généralise ce type de pratique. C'est aussi une crainte des syndicats qui verrait leur influence s'effriter encore plus. On peut répondre à cela que le télétravail est rarement exclusif, et qu'il n'empêche pas de se rendre régulièrement dans son entreprise, même si ce n'est plus quotidiennement.

On peut aussi objecter que les économies faites par l'entreprise sont un gain net, sans que l'employé en tire bénéfice pour lui-même. C'est là où les accords d'entreprise doivent être négociés, afin que chacun puisse évaluer les gains et les charges d'un tel système, pour l'entreprise comme pour le salarié. Tout ceci est assez facilement négociable. La difficulté réside sans doute plus dans la crainte des entreprises comme des employés devant cette nouvelle manière d'organiser le travail.

Que l'on me permette un souvenir personnel. Il y a deux types de cadres : ceux qui se sentent dévalorisés s'ils terminent avant 21h, et s'ils ne ramènent pas de travail le soir ou pour le week-end ; et puis il y a ceux qui se sont jurés de ne jamais ramener de travail à la maison, et de bien cloisonner ces deux mondes.

J'ai longtemps fait partie de cette deuxième catégorie. En cas de forte charge de travail, je préférais rester tard au bureau pour rentrer au milieu de la nuit à la maison. Il ne vous reste plus qu'à réchauffer les restes du dîner au micro-ondes, quand tout le monde dort. Vous avez alors le temps de penser qu'il serait peut-être plus intelligent de rentrer plus tôt, pour pouvoir dîner en famille, et reprendre le travail après, quitte à rompre avec votre serment de cloisonnement. C'est ainsi que petit à petit, on en vient à accepter cette "intrusion" du monde professionnel dans l'intimité famililale.

Un retour à une certaine tradition

Si l'on porte le regard un peu plus loin, on s'aperçoit que ce type de travail ne fait que renouer avec un mode ancien d'organisation de la vie. Pendant des siècles, les agriculteurs, comme les artisans ou les commerçants ont résidé sur leur lieu de travail. Des générations d'enfants ont ainsi été formés à leur futur métier, par un contact quotidien avec la pratique de leur parents. Il est évident  que nous ne somme plus à l'époque où les enfants avaient forcément la même activité professionnelle que leurs parents. Pour autant il y a bien des avantages à ce que l'enfant puisse se rendre compte concrètement de ce que représente le travail d'un adulte. Plutôt qu'un départ tôt le matin quand les enfants dorment encore, un retour le soir quand ils dorment déjà; plutôt qu'une absence quotidienne dans un bureau mystérieux, une présence même épisodique des parents leurs permet de les voir pendant la semaine, et pas seulement le week-end. Ils peuvent les voir aussi au travail tout comme les ont toujours vu leurs prédécesseurs, pas si lointains que celà. Finalement, cette organisation en usine, en atelier ou en bureau n'aura peut-être été qu'une parenthèse de deux siècles dans la vie de travail de l'homme. Le bilan qu'on peut en faire n'est pas spécialement positif et le télétravail n'est par certains côtés qu'un retour à un mode de vie tout à fait traditionnel. 

 

Le télétravail n'est malheureusement pas possible pour tous ceux qui le souhaiteraient. Les emplois de service, dans un site d'accueil de la clientèle (administrations, grandes surfaces, banques, etc.) ne sont pas candidats. On comprend aussi que la plupart des travaux de production qui nécessitent un outillage lourd, et la présence d'une équipe de travailleurs ne peuvent pas se faire à la maison. En plus, ce sont déjà ces emplois mal payés qui sont les plus susceptibles d'être délocalisés.

Il y a évidemment à repenser de manière beaucoup plus large les nouvelles conditions de travail qui sont maintenant possibles et parfois souhaitables. A une extrémité, on trouve certains cadres qui peuvent organiser assez librement leurs  horaires et leurs lieux de travail. A l'autre extrémité, beaucoup d'employés et d'ouvriers sont contraints à des longs déplacements vers un lieu de travail fixe, pour un travail pénible et menacés par la concurrence des pays à bas salaire. Nous ne sommes décidément plus au temps d'une réglementation du travail monolithique et rigide.

23:21 Publié dans Actualités, Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ADSL, Travail

03/12/2006

Encore l'énergie informatique

Non pas pour en finir avec ce sujet inépuisable (vraiment inépuisable, contrairement à nos ressources) de la relation entre l'informatique et l'énergie, il me revient les calculs faits à l'occasion des spécifications de ZFS.

ZFS est un File System, proposé avec Solaris 10, dont une des caractéristiques est de pouvoir gérer une volumétrie correspondant à 128 bits. Dit comme ça, cela paraît banal. Mais si l'on commence à faire les calculs, on s'aperçoit que l'on atteint très vite les limites de la physique et de l'énergie disponbible (encore ce problème de l'énergie!!)

Toute cette démonstration est disponible sur Wikipedia ,  sur le blog de Dave Brillhart  ou de Jeff Bonwick :

"Although we'd all like Moore's Law to continue forever, quantum mechanics imposes some fundamental limits on the computation rate and information capacity of any physical device. In particular, it has been shown that 1 kilogram of matter confined to 1 liter of space can perform at most 1051 operations per second on at most 1031 bits of information [see Seth Lloyd, "Ultimate physical limits to computation." Nature 406, 1047-1054 (2000)]. A fully-populated 128-bit storage pool would contain 2128 blocks = 2137 bytes = 2140 bits; therefore the minimum mass required to hold the bits would be (2140 bits) / (1031 bits/kg) = 136 billion kg.
To operate at the 1031 bits/kg limit, however, the entire mass of the computer must be in the form of pure energy. By E=mc2, the rest energy of 136 billion kg is 1.2x1028 J. The mass of the oceans is about 1.4x1021 kg. It takes about 4,000 J to raise the temperature of 1 kg of water by 1 degree Celsius, and thus about 400,000 J to heat 1 kg of water from freezing to boiling. The latent heat of vaporization adds another 2 million J/kg. Thus the energy required to boil the oceans is about 2.4x106 J/kg * 1.4x1021 kg = 3.4x1027 J. Thus, fully populating a 128-bit storage pool would, literally, require more energy than boiling the oceans."

Je n'ai pas les compétences en physique qui me permettraient de valider ou contester cette démonstration. Pour l'instant, je n'ai jamais entendu dire qu'elle l'ait été. En tous cas, il semblerait bien qu'une quantité d'informations aussi gigantesque est loin d'être neutre d'un simple point de vue de l'énergie nécessaire pour la manipuler.

Amis physiciens, à vos commentaires...

01/12/2006

Nicolas Hulot et l'énergie

medium_Ptolemee.3.jpgPensant encore à la discussion entre Nicolas Hulot et Jacques Attali sur le réchauffement de la planète (voir mon article précédent), je me suis livré à un petit exercice historique que je vous livre ci-dessous. On y verra la place de l'énergie dans ce balancement entre le fini et l'infini.

Le monde antique

L'antiquité vivait dans un monde fini dont la Terre était le centre, autour duquel tournait le soleil, les étoiles et mêmes les autres planètes connues (Marc, Jupiter,...). 

La Terre elle-même était très largement inconnue et réduite aux pourtours de la Méditerrannée. Voici donc un monde fini, où les hommes vivant sur différents continents encore séparés par des océans infranchissables, ne connaissaient pourtant pas les limites de leur propre planète. 

Pour les Grecs, la sagesse consiste à trouver sa place dans un monde harmonieux et fini. Pour l'antiquité, la question de l'énergie ne se pose même pas. Elle est solaire ou animale, et l'on se chauffe au bois.

 

 

 

 

La Renaissance  medium_copernican_universe.2.gif

En 1522, Juan del Cano achève le tour du monde et l'expédition de Magellan. Au moment même où l'homme commençait à découvrir l'entièreté de sa planète, Copernic terminait son oeuvre majeure, Des révolutions des sphères célestes, achevée vers 1530. Désormais, la Terre ne serait plus qu'une planète quelconque au sein d'un système solaire lui aussi tout à fait banal. Nous voici dans un monde, où avec Pascal, « le silence éternel de ces espaces infinis m'effraie ». La Terre n'est plus le centre d'un monde harmonieux où l'homme doit s'insérer.

Ayant enfin réussi à déchiffrer quelques énigmes, comme la pesanteur et le mouvement des planètes, l'homme n'a plus peur que le ciel lui tombe sur la tête. C'est maintenant lui-même qui devient le centre et d'ailleurs maître de sa Terre, au milieu d'un cosmos infini qu'il ne pourra jamais atteindre. Au moment de la Renaissance, la question de l'énergie n'a pas beaucoup évoluée et l'on commence tout juste à extraire le charbon.

 

Le XXéme siècle

Aujourd'hui, l'exploration de la planète est terminée depuis longtemps. Le moins qu'on puisse dire, c'est que l'homme est bien le maître de cet espace clos. Pour autant, il se comporte comme si les ressources naturelles en étaient infinies. C'est ainsi que toute l'économie moderne depuis le XIXème et surtout le XXème siècle est bâtie sur une disponibilité infinie de l'énergie, pour un très faible coût. Cette énergie est très largement basée sur la consommation de carburants fossiles.

Pendant ce temps, l'information est restée rare. Elle était rare pour des raisons de coût et de faible disponibilité du support (papier). Elle était également rare, car contrôlée, voire censurée pour une grande partie des habitants de cette planète.

L'explosion de l'information est une conséquence de l'électronique (Radio et télévision), et maintenant de l'informatique et donc d'Internet. Les tentatives de contrôle ou de censure sont vouées à l'échec à très court terme.

 

Et maintenant,

Internet, aujourd'hui, est en lecture/écriture. Les sources d'information deviennent innombrables avec le phénomène du « User Generated Content ». C'est au moment même où la quantité d'information va devenir infinie, que l'énergie se raréfie.

medium_Power_supply.jpg

Il n'est pas exagéré de dire que nous vivons un autre renversement de perspective, souvent décrit comme le passage à une société de l'information. Jacques Attali voit donc bien l'ouverture de de cette société de l'information (dans l'idéal, elle  se transformera en une société de la connaissance). Mais cette société de l'information ne fonctionne pas sans énergie, et il serait paradoxal que l'infini de l'information soit freinée par le fini de l'énergie.

On voit, que malgré notre aveuglement, des progrès remarquables ont pu être faits dans l'industrie automobile. On en est à 5 litres au 100 km pour une petite voiture et autour de 10 litres aux 100 km pour une grosse, soit près de deux fois moins qu’il y a 40 ans.

Jusqu'à aujourd'hui, rien n'a été fait pour prendre en compte la consommation d'énergie dans la fabrication des équipements informatiques. Restons donc optimiste, car si l'on prend conscience du problème, on peut  s'attendre à de gros progrès dans ce domaine.