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22/12/2006

Economie de l'immatériel : On cherche une méthode

 

C'est avec des sentiments mitigés que je viens de terminer la lecture du rapport “L’économie de l’immatériel - La croissance de demain” (.pdf) . Le sujet est d'importance et mérite d'y passer un peu de temps. Et pourtant, en arrivant à la fin de cette lecture, je ne suis pas sûr d'avoir les idées beaucoup plus claires sur le sujet.

Beaucoup de points de vue sont étudiés, et 68 recommandations sont formulées, dont certaines paraissent tout à fait pertinentes. En revanche, on est constamment gêné par une absence de définition claire de cette économie de l'immatériel. D'après le rapport, c'est « une économie qui n'a pas de fondement physique mais qui place les capacités intellectuelles au coeur de la création de valeur. Désormais, c'est notre capacité à créer, à innover, à inventer qui va devenir notre principal critère de compétitivité et notre première source de croissance ». Ce secteur représenterait « environ 20% de la valeur ajoutée et 15% de l'emploi ». Peut-être, mais on ne saura jamais comment sont calculés ces chiffres et à partir de quelle classification et de quelle méthode.

Par ailleurs, les exemples pris concernant la gestion du patrimoine immatériel paraissent tout à fait incohérents avec le sujet. J'ai du mal à comprendre en quoi la gestion des fréquences hertziennes, ainsi que les « droits à polluer » en millions de tonne de CO2 font partie de l' économie de l'immatériel. Que l'infrastructure en réseau hertzien fasse partie des conditions d'épanouissement de cette économie, tout le monde en conviendra, pour autant il s'agit bien de ressources physiques limitées, qu'il s'agit justement de réglementer pour en répartir la rareté.

Le rapport est donc consacré à un sujet mal défini et qui souffre d'une absence de méthode comptable reconnue par tous. La nature même de ces actifs les rend difficilement appréhensible, et les chapitres consacrés à la question des brevets montrent bien que ce système de protection et de valorisation des actifs immatériels est loin de couvrir tout le sujet.

Y a-il vraiment une innovation importante et brevetable qui expliquerait le succès de l'iPod ? A l'évidence, la valeur économique de toute la chaîne iPod est très largement due à un effet d'image et de marque, voire à la personnalité de Steve Jobs. Rien de tout cela n'est brevetable, et pourtant cela permet à Apple de tarifer ses produits nettement plus chers. Apple facture de l'immatériel.

La valeur de la marque est presque inestimable, dans tous les sens du terme. Une des pistes permettant de mesurer ce facteur immatériel serait de prendre en compte ce qu'en pense le marché. C'est ainsi que la capitalisation de Google est de 130 Milliards de dollars, alors que celle d'IBM est à peine supérieure avec 155 Milliards. Et cet exemple concerne deux sociétés particulièrement prospères puisque IBM affiche un bénéfice brut de 36 milliards, dix fois supérieur aux 3,5 milliards de Google. Malheureusement ces chiffres ne sont disponibles que pour les sociétés cotées en Bourse. On exclut donc tout le tissu des PME, qui sont souvent les plus innovantes par rapport à cette économie de l'immatériel. Il y a bien des critiques à faire en ce qui concerne la capitalisation boursière. En particulier, les effets de mode et de suivisme  paraissent fausser le jeu. Mais ne sont-ils pas aussi un reflet de cette valeur immatérielle et fluctuante que l'on recherche à estimer ? On aurait bien aimé, de toutes façons, que le rapport explore cette piste, pour illustrer et peut-être commencer à se donner des outils de mesure de l'immatériel. Le rapport est complètement muet sur ce sujet, tout comme sur l'ensemble des produits financiers dont l'impact est pourtant considérable et qui est une des clés du renouveau anglais.

Le problème de cette mesure n'est pas nouveau. En 2003 Michel Volle examinait la question. Dans cette page, il propose la définition suivante : « les produits immatériels, qu’ils soient incorporés à un bien ou à un service, sont ceux qui résultent d’un travail de conception ». Il est moins convaincant quand il affirme que la mesure de ce capital n'est pas plus difficile que la mesure du capital matériel.

Pour conclure provisoirement sur ce sujet, on pourra réfléchir au cas de Nike. Le rapport donne ces chiffres : « les coûts de production, au sens strict, des chaussures Nike ne représentent que 4 % du prix de vente total, le reste représentant la rémunération d’actifs immatériels tels que la marque, la recherche, les brevets et le savoir-faire de l’entreprise… » On est bien là au coeur du sujet. Cette chaussure n'est pas un objet ni un capital. C'est le processus dynamique qui va de la conception, à la distribution finale qui crée la valeur. Ce n'est pas le produit fini et inerte.

On ne sait pas, aujourd'hui, estimer a priori la valeur de ce processus, qui fait pourtant toute la différence entre une société ou un pays qui se développe et un autre qui stagne, ou qui décline. En ce sens, ce rapport manque son objectif. Il propose néanmoins quelques pistes d'amélioration qui, faute de relever d'une méthode, pointe les insuffisances de notre pays et devrait nous permettre de relever un peu la tête. Mais là, le diagnostic est connu depuis longtemps, la question est celle de l'action. Là aussi c'est le processus qui fait la différence.

Rendez-vous dans une prochaine note.

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