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23/11/2006

Le Web 3.0 n'aura pas lieu

J'aime beaucoup Christophe Lauer, et il donne le bon truc pour faire fortune avec le Web 2.0. La place est prise pour le 2.0. Tous à l'assaut du 3.0 (il n'y aura pas de 2.5).
Beaucoup le savent, le nommage d'un phénomène ou d'un concept est une assurance de renommée et de fortune. Bill Inmon vit encore sur le concept de DataWarehouse qu'il a théorisé, Tim O'Reilly avec son Web 2.0 est bien parti sur la même voie.

Quelques suiveurs sans imagination tentent déjà leur chance avec un Web 3.0.

 

1.0

Je n'ai rien compris au Web 1.0 (qui n'avait pas de numéro de version). A l'époque, je disposais depuis longtemps de toute la documentation nécessaire, exportée par des serveurs NFS. Ce modèle "one to many" me satisfaisait complètement, et je n'ai pas vu l'intérêt de passer par un browser pour ouvrir un document statique, auquel j'avais déjà accès, dans mon arborescence locale montée sous NFS. C'est que ma vision était purement technicienne, qui ne comprenait pas que la révolution n'était pas dans le moyen d'accès, mais dans l'ouverture de cet accès, en lecture,  au monde entier. 
La désignation de Web était partiellement inexacte pour décrire ce phénomène. Le terme de toile décrit un modèle géométrique, en réseau,  "many to many" qui n'existait pas encore à cette époque. Au moment du Web 1.0, l'entreprise était en avance sur le grand public.

 

2.0

Le Web 2.0 est une vraie toile, où tous les noeuds ont potentiellement le même rôle et le même poids, et c'est l'usager qui est en avance sur le monde de l'entreprise. Comme chacun le sait, il s'agit maintenant d'un Web en lecture-écriture. L'utilisateur en crée le contenu, au moins à part égale avec les entreprises économiques et les institutions. Celles-ci continuent néanmoins à en tirer l'essentiel du profit économique. A terme, ce partage inégal annonce des tensions sur le modèle.

L'information étant maintenant produite partout, et non plus sur quelques sites institutionnels peu nombreux, la recherche est re-devenue primordiale. Et c'est ce qui fait le succès de Google, comme en témoigne l'interview de ses fondateurs dans Playboy en 2004:

"BRIN: Ironically, toward the end of the 1990s most of the portals started as search engines. Yahoo was the exception, but Excite, Infoseek, HotBot and Lycos began as search engines. They diversified and didn’t take searching as seriously as they should have. Searching was viewed as just another service, one of 100 different services. With 100 services, they assumed they would be 100 times as successful. But they learned that not all services are created equal. Finding information is much more important to most people than horoscopes, stock quotes or a whole range of other things—which all have merit, but searching is substantially more important. They lost sight of that. It’s why we started Google in the first place. We decided that searching is an important problem that requires serious concentration. That continues to be our focus."

Le meilleur moteur de recherche pour démarrer, et surtout la meilleure régie publicitaire pour prospérer, font donc la bonne recette.  Pour le moteur comme pour la régie, c'est l'utilisateur qui crée l'information que Google rendra "intelligente" pour tous, et profitable pour lui-même.  Le Web 1.0 reflétait une diffusion de l'information de quelques uns vers tout le monde. Dans un modèle achevé, le Web 2.0 est une création/diffusion de l'information dans tous les sens et sans hiérarchie. Tout a changé de ce point de vue, sauf le pouvoir économique qui reste entre les mêmes mains.

 

Un faux 3.0

Un Web 3.0, sémantique, n'est qu'une continuation de ce modèle. Le billet de Fred Cavazza,  "Vers un Web 3.0", décrit bien cela. Il est bien plus subtil que son titre pourrait le laisser croire. Néanmoins ces technologies ne sont que des améliorations d'un existant à peine digéré alors que  le 2.0 est un vrai retournement de perspective.

Ce Web 3.0 n'aura pas lieu, parce qu'il n'est qu'une prolongation des courbes, et qu'il ne crée pas de nouveau paradigme.

 

Rendez-vous en 2010

Au petit jeu des prévisions, je vous propose les miennes:

- Le Web 3.0 ne portera pas ce nom, même si la composante Web sera partie prenante du nouveau modèle,

- Il apparaîtra en 2010, après un cycle de 5 ans de Web 2.0,

- Il est en train de germer en ce moment, plus probablement à Hong Kong ou à Bombay qu'à Stanford,

- Il sera orienté processus, et vie de l'information, de sa création, à ses modifications jusqu'à sa mort. Nous ne traitons aujourd'hui que d'information statique, sans vision du processus qui l'a créée puis transformée,

- Si l'information est un vrai pouvoir, celui-ci se ré-équilibrera, sous sa forme économique, entre les mains des usagers au détriment des entreprises capitalistiques.

Vaste programme...

Commentaires

Salut René, content de te retouver là, je n'ai pas ton @ mail dans mes tablettes (je vais essayer sous linkedin) et elle ne figure pas sur ton blog.
Je partage ton analyse sur la numérotation loufoque des web x.0 :le web2 est encore un peu geek et je parirais sur un taux d'usage

Écrit par : OlivierSeres | 23/11/2006

C'est toujours compliqué de trouver des définitions et des approches, la tienne est accessible et lumineuse. Je me demande également comment va se passer la déclinaison du 2.0 sur le monde physique ?
On a connu au début la mise en ligne de transactions (par exemple de magasins) qui dupliquaient leur modèle physique avec catalogue identique, mêmes prix et promos, ... (Cf. en France avec le minitel également)
Certaines activités sont maintenant "pure players" (Cf. tourisme) mais n'ont pas su / pu de déployer dans le monde physique.
Il me semble que si l'on arrive, au plan de l'analyse des comportements clients et des modèles économiques à trouver une clé, ce n'est pas que le web qui serait 2.0 mais plutôt une évolution de la relation clients - entreprises ?
D'accord, ce n'est pas encore très clair ... à creuser peut-être

Écrit par : Jean-Pierre | 24/11/2006

J'aime bien aussi cette analyse. Je crois aussi que web 2.0 est un peu théâtral, un peu comme Terminator, Le Retour. Le côté phénomène socio-culturel lui est bien réel, basé sur un mélange de nouvelle possiblités techniques, des progrès en logiciel et la quasi omniprésence d'internet haut débit.
Pour la prochaine évolution, il faut jouer les futurologues : il y aurait des possiblités techniques nouvelles, en terme d'interaction et d'interface, de qualité d'immersion (comme un SecondLife++) et aussi des contraintes fortes (prix/rareté de l'essence ?) nous bloquant près de notre lieu de résidence, un tout-téléphone qui devient le coeur de notre univers multimédia grâce à sa connexion très haut débit et la puissance de son processeur suffisante pour attaquer des computers utilities, dont les hébergeurs sont les embryons aujourd'hui. Et comme toujours, des progrès logiciels, impossibles à prévoir.
Bref, on va bien s'amuser ;-)

Écrit par : jjmahe | 30/11/2006

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