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17/10/2006

La fusée SalesForce

Premier étage de la fusée : Architecture Multi-Tenant


Salesforce.com jouit d'un succès impressionnant dans le monde du SAAS (Software As A Service). Le tableau ci-dessous venant du journal du Net montre qu'ils atteignent des chiffres comparables aux grands du secteur, les SAP, Oracle et Siebel (maintenant dans le même giron).



Les éditeurs de progiciels CRM dans le monde en 2005
(en millions de dollars)

Acteur

CA 2005

PdM 2005

CA 2004

PdM 2004

Evolution

SAP

1 474,7

25,9%

1 232,8

24,6%

+19,6%

Siebel

966,1

17,0%

908,3

18,1%

+6,4%

Oracle

367,5

6,4%

416,2

8,3%

-11,7%

Salesforce.com

280,7

4,9%

158,0

3,2%

+77,7%

Amdocs

276,4

4,9%

225,9

4,5%

+22,3%

Autres

2 332,6

40,9%

2 071,7

41,3%

+12,6%

Total

5 698,0

100,0%

5 012,8

100,0%

+13,7%



Son modèle d'architecture Multi-Tenant correspond bien aux besoins de sa clientèle PME. Cette architecture se caractérise par un partage des ressources matérielles et logicielles suivant différents modèles:

Hébergement partagé

  • On partage juste l'hébergement, les m² et les Kilowatts. En dehors de ça, mon application est autonome sur son ou ses serveurs.

Partage de serveurs et de disques

  • On partage le serveur et ses ressources CPU mémoire, mais mon application est autonome sur ce serveur. Autrement dit, mes données ne sont pas mélangées avec celles de mon voisin. Je suis dans ma base de données avec mon applicatif. Je ne partage qu'un serveur et son Operating System, ainsi que des moyens de stockage

Partage de l'instance logicielle

  • On partage tout, y compris l'applicatif et la base de données. Mes données sont dans les mêmes tables que celles de mon voisin; c'est l'applicatif qui me donne l'accès à mes données en masquant celles de mon concurrent.

  • Suivant les modèles logiciels, on peut configurer l'isolation des données par des systèmes de schémas ou par des mécanismes de filtre, ne permettant l'accès qu'à ses propres données. Dans un contexte différent, SAP permet, depuis longtemps, ce type de filtrage, par son système de mandant, qui rajoute automatiquement une clause « where » à tous les accès à la base de données.

    Si vous codez un « SELECT truc FROM machin » le runtime ABAP rajoutera automatiquement un « WHERE MANDT=<mon client de connexion> »

C'est évidemment ce dernier type de partage qui est le plus intéressant. Si l'application est bien architecturée, on peut bénéficier d'économies d'échelle importantes.

  • Des équipements dédiés sont dimensionnés pour pouvoir supporter des pics de charge. Ils sont rarement utilisés à plus de 15 à 20% en fonctionnement nominal.

  • A l'inverse, le partage de pool de serveurs et de stockage permet de lisser ces pics de charge entre les différents « tenants » (les différents « locataires »).

  • Si en plus, tout le monde partage le même code, la scalabilité devient maximale.

 



Salesforce.com a donc trouvé un bon modèle logiciel et économique qui permet d'exploiter cette désormais fameuse «Long Tail ». Le coût global d'un SAP ou d'un Oracle est souvent trop élevé pour un marché de petites PME.

 




Il reste alors un marché que ces gros éditeurs ne peuvent atteindre. Si je le baisse le coût unitaire, je peux attaquer ce marché. C'est le marché de Salesforce.com et de ses concurrents : NetSuite, ou SugarCRM.






Si Salesforce.com peut attaquer ce marché, c'est bien que cette architecture Multi-Tenant permet des économies d'échelle importantes, au niveau de la fourniture et de l'exploitation des infrastructures matérielles. Les coûts de projet sont également réduits par rapport à la mise en oeuvre d'un gros ERP comme SAP.

Tout ça paraît trop facile, et si les coûts sont faibles, c'est aussi que la palette fonctionnelle de SalesForce est loin de la richesse, donc de la complexité, et donc du coût d'un SAP ou d'un Siebel.

Deuxième étage : une place de marché logicielle



SalesForce a démarré en tant que fournisseur de solutions CRM, et parmi celles-ci les plus simples à mettre en oeuvre, c'est dire l'automatisation des forces de vente.

Avec sa plate-forme APPExchange, il a inventé et réussi à promouvoir un nouveau modèle. Cela représenterait 500 000 souscripteurs et 400 applications. C'est une place de marché logicielle, où l'on peut souscrire à des applications écrites par SalesForce ou ses partenaires. Il suffit donc de faire son marché dans le catalogue en ligne, de tester, et d'installer l'application de son choix.

DreamTeam est un exemple de ce type d'application. Elle permet le partage de projets, de calendriers et de documents. L'application est hébergée dans l'infrastructure de SalesForce. Elle est compatible avec Microsoft Project et Outlook.

Les conditions de prix sont disponibles sur le site:

« DreamTeam is free for individual use, $10 per user month for the Professional Edition, and $35 per user month for the Enterprise Edition.

Please contact us for more information.
Email:
dreamteam@dreamfactory.com
Phone: 1-888-399-DREAM (3732)

Pricing is also available at http://www.dreamfactory.com/dreamteam/ »






Certains contestent ces chiffres, ou en tous cas s'interrogent sur la qualité de ces applications:

« If we look at this “ecosystem” of 350+ applications, what is the breakdown? What might a stricter taxonomy look like? I recently compiled a list of these 350+ applications (I came up with 343, but I may have missed 8+) to do a little investigation. I found some wonderful tidbits of information. Did you know that at the time I retrieved the data (week of October 2, 2006)…

  • 24% of all listed applications were built by Salesforce.com rather than by partner vendors

  • that 6 out of the 8 (that’s right, 75%) “Most Popular” applications are apps built by Salesforce.com and that are free.

  • many of these apps extend the Salesforce.com main application functionality in ways that would traditionally classify the said “app” as a “plug-in” (Seriously, would anyone classify Clippy or the Microsoft Equation Editor as applications, or analogously would you buy a “song” on iTunes that was a Snare Drum Loop?) »



Troisième étage : le lancement d'Apex

L'annonce d'Apex la semaine dernière est le troisième étage de la fusée. La plate-forme Appexchange est maintenant ouverte à tous ceux qui souhaitent développer, avec le langage Apex déjà utilisé par SalesForce et ses partenaires.

SalesForce met à disposition son infrastructure technique et logicielle, chacun peut y développer ses propres applications dans ce langage. SAP a senti le danger et commence à sortir les canons. Je ne suis pas sûr que leur comparaison avec les autres langages (ABAP, PL/SQL ou PeopleCode) soit le vrai sujet. Les connaisseurs apprécieront ici la présentation technique de ce mélange de Java et d'appels SQL.

A l'évidence, personne n'a besoin d'un langage applicatif de plus, et cet Apex n'a rien de particulièrement renversant. Les difficultés que SAP ne manque pas de souligner par rapport à sa propre expérience sont tout à fait réelles. Il est probable que SalesForce sous-estime volontairement?, la marche entre son jeu d'applications actuelles et la mise à disposition d'un ERP complet. Mais l'attaque de SAP est hors sujet.

La nouveauté n'est pas là, mais bien dans cette initiative, qui tente de créer un écosystème, en invitant ses utilisateurs à créer de la valeur et à la déposer sur son site, pour les mettre à disposition de la communauté. Voilà qui est très tendance, et furieusement Web 2.0.

Il ne s'agit plus de partager des vidéos ou des photos de famille. On ne se contente plus de quelques commentaires sur tel film ou tel livre. SalesForce veut créer une communauté du même type pour les applications business. Par la même occasion, il part le premier pour établir un nouveau standard d'ERP sur le Web.

Le moins que l'on puisse dire est que le lancement est réussi. Les partenaires comme les concurrents (SAP en tête) ont bien senti qu'il se passait quelque chose de radicalement nouveau sur le marché de l'ERP et peut-être même de l'industrie du logiciel.

Cela fait longtemps que certains prévoient la venue de l'Utility Computing, consistant à se brancher sur une puissance informatique sur le réseau. On voyait bien le rôle des constructeurs, des éditeurs et des hébergeurs dans ce modèle. On n'avait sûrement pas prévu le rôle tout à fait majeur que prendront les utilisateurs dans la création et la diffusion de l'intelligence applicative.

Le PDG de SalesForce, Marc Benioff, n'oublie pas de faire du business (il faut quand même payer 10 000 dollars pour faire certifier une application par SalesForce). Sa personnalité tonitruante, et la capacité de SalesForce à exécuter cette stratégie impeccable ont créé les conditions nécessaires pour que d'autres s'engouffrent dans ce qui apparaît déjà comme un un nouvel âge.

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