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03/10/2006

Blogs et Wikis: La CIA aussi!

Une étrange rencontre

En me promenant sur le blog de Francis Pisani, je tombe sur cette étrange nouvelle. La CIA s'intéresse aux technologies de partage de l'information. Quelques stars américaines du Web2.0 ont fait le déplacement. Voici un compte-rendu par un des participants. Ces personnalités du Web n'hésitent pas à rencontrer et à partager des idées avec des analystes de la CIA. Comme le dit l'un d'entre eux (Jay Cross) « Support the Agency. You don’t have to like the people they report to »; ce qu'on pourrait traduire par « Aider la CIA, vous n'êtes pas obligés d'apprécier les personnes qui la commande ».


Cette rencontre est en soi un petit événement. On n'imagine pas la même chose, ici en France. Quoi de commun entre cette culture de l'ouverture et un service secret? Vu d'ici, et sans doute de Californie, tout ce qui ressemble à un organisme gouvernemental, ou pire encore à une centrale de renseignement, ne peut rien avoir à partager avec des personnalités toutes issues de l'open source.

En ce qui me concerne, c'est cette rencontre elle-même et les sujets traités qui m'intéressent. La CIA en tant que telle, et la question de la torture ne sont pas le sujet de cette publication.


L'un des participants à cette rencontre, Eugene Kim explique bien comment les attentats du 11 septembre ont secoué les différentes agences de renseignement. Après un échec aussi catastrophique, il apparaissait vital de repenser leur fonctionnement à la lumière de ces événements et des nouvelles techniques terroristes. En parallèle, l'émergence des blogs et des wikis rend presque naturel l'intérêt de la CIA pour ce type d'outils. Après tout, la plupart des blogs, y compris celui-ci, ne sont que la compilation et de l'assemblage d'informations, avec un brin d'analyse personnelle. On peut également alimenter un wiki, spécialisé dans les questions du renseignement. A la CIA ils ont un wiki nommé Intellipedia. La CIA, dans ses activités de renseignement, n'est que du pur traitement de l'information. A partir de la presse, d'informations collectées par ses agents, de tout ce qui a été récupéré par ses moyens d'écoute, il s'agit de trier, analyser et si possible d'anticiper. Dans le monde de l'informatique, on appellerait cela de la veille technologique, et dans le monde du renseignement, de la veille tout court. A l'évidence, ces deux activités sont très proches sinon semblables. Il n'est donc pas étonnant qu'une agence comme la CIA s'intéresse à nos outils favoris.


On blogue à la CIA

Calvin Andrus est membre de la CIA. Dans cette étude publique, il décrit bien la nécessité pour l'ensemble de la communauté du renseignement de s'adapter et de se ré-inventer sans arrêt face à des menaces de moins en moins prédictibles. Sa démonstration pourrait être reprise mot à mot pour n'importe quelle organisation:

  • Les agents doivent être plus autonomes

  • Ils doivent être experts en échange d'information

  • Ils doivent échanger plus d'informations

  • Ils doivent être à l'écoute du monde extérieur

  • Ils doivent mieux connaître leurs objectifs globaux


Afin d'atteindre ces objectifs, Calvin Andrus recommande une utilisation massive des blogs et Wikis. Son papier date de 2004. Il semblerait qu'il ait été entendu. Le Wiki Intellipedia existe, un certain nombre de blogs sont rédigés (y compris dans les couches dirigeantes). Cette rencontre de fin septembre 2006 montre que l'intérêt ne faiblit pas au sein de l'agence.


Echanges et jeux de pouvoir

Sans être un expert de ces questions, on imagine bien les différents problèmes que l'utilisation de ces outils peut amener.

  • Que peut-on échanger et avec qui?

  • Les résistances culturelles sont probablement encore plus fortes dans ce type d'administration


Pour que les techniques d'échange d'informations atteignent tout leur potentiel, une certaine masse critique doit être atteinte. Différents points de vue et différentes cultures doivent pouvoir dialoguer. Les différentes agences de renseignement devraient donc faire partie d'une même communauté où l'on échangerait rapidement et sans contraintes ses propres informations. Par ailleurs, tout pouvoir politique a besoin de ses services de renseignement, tout en s'en méfiant. Les différents services ne sont jamais regroupés, et l'on tend à les mettre en concurrence et même en position de surveillance réciproque. Aucune autorité politique ne saurait tolérer d'être à la merci d'une seule agence de renseignement qui ne tarderait pas à disposer d'un pouvoir incontrôlable. Il y a là une contradiction de fond qui est encore plus exacerbée dans ce type d'activité que dans une entreprise ordinaire.


Posséder des informations est une source de pouvoir personnel. Partager des informations est une voie vers des sociétés (ou des agences de renseignement) du savoir. On n'en saura sans doute pas beaucoup plus sur l'efficacité des outils Web2.0 au sein de la CIA. Le fait même qu'une entité si marquée par la culture du secret puisse s'y intéresser démontre en tous cas la puissance de ces concepts et des outils associés.

Commentaires

A noter également la masse d'informations disponibles à https://www.cia.gov/ comparé au site de la dgse: http://www.defense.gouv.fr/sites/dgse/ sur lequel il n'ya RIEN.

Écrit par : René de Beauregard | 03/10/2006

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