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22/07/2009

Nous n'irons pas sur Mars

On a marché sur la lune, "là où la main de l'homme n'a jamais mis le pied" comme dirait les Dupondt. 40 ans déjà depuis cet exploit, et rien depuis. Mais pourquoi ?

Ce n'est pas une question d'argent ; si vraiment l'homme avait besoin et envie de poursuivre la conquête spatiale, on trouverait les ressources nécessaires. Mais on n'en a pas besoin. La conquête de la lune est avant tout un exploit technique et organisationnelle. D'un point de vue scientifique cela fait appel à des notions physiques et à des connaissances en astronomie que l'on avait depuis longtemps. L'exploit fut de construire cette série de fusées capables d'envoyer l'homme sur la lune et de le faire revenir. Il tient surtout dans la formidable organisation que fut la NASA de l'époque, capable de faire travailler quelques 500 000 personnes - sous-traitants compris - avec un même objectif.

On n'a alors rien découvert  que l'on ne savait déjà. De toutes façons, il n'y a pas besoin d'envoyer l'homme pour récupérer ou analyser les roches lunaires. Les russes l'on fait sans assistance humaine. On sait envoyer des sondes sur Mars et analyser à distance ce qu'elles y trouvent : roches inertes et éléments chimiques que l'on sait identifier de loin.

On compare souvent la conquête de la lune à la découverte de l'Amérique. La différence est dans les mots. La lune est une conquête, l'Amérique fut une découverte, suivie d'une conquête. Mais en 1492, on ne savait pas que ce continent existait. Certains doutaient encore que la terre fût ronde, on ignorait l'existence d'autres peuples. La découverte de l'Amérique change l'image que l'homme a de lui-même. A la même époque, la révolution galiléenne montre aussi que, non seulement l'Europe n'est pas le centre de la Terre, mais que cette même Terre n'est qu'une planète banale dans un système stellaire tout aussi banal, lui aussi dans une galaxie ordinaire, etc.. Bref, depuis cette époque nous avons définitivement perdu nos illusions par rapport à notre importance dans l'univers.

Aller sur la lune n'y a rien changé. Notre place dans l'univers et la perception que nous avons de nous-mêmes n'ont pas évolué depuis 1969. On n'y a rien trouvé et l'on ne sait quoi faire de cet exploit. Ce n'est pas pour rien que les vols se sont très vite arrêtés.

Alors maintenant, pour relancer le "rêve", les anciens d'Apollo XI lance un nouveau défi : Il faut aller sur Mars. D'après eux : «Apollo 11 était un symbole de ce qu'un grand pays et un grand peuple peuvent réaliser en travaillant dur et en travaillant ensemble». Nous y voilà : c'est juste un défi que l'on se lance pour prouver que l'on est capable de le relever.

Il y en a sûrement d'autres plus vitaux, et qui nous concernent au premier chef. Assurer une vie décente à nos enfants, par exemple, en pouvant se passer des énergies fossiles en voie d'épuisement, trouver un modèle économique moins prédateur et un peu plus juste, relancer la recherche fondamentale sur la structure de la matière et de l'univers. Tout ça se passe sur terre. Et puis quoi, à l'heure de la dématérialisation, a-t-on vraiment besoin de TOUCHER Mars pour en prendre connaissance. Toucher, c'est symboliquement en prendre possession, c'est justement cette vision de l'homme qui est en train de changer. Ce serait un contre-sens historique que d'engager cette aventure. Mais il y a peu de chances que quiconque s'y lance vraiment.

Nous ne marcherons pas sur Mars.

22/06/2009

Burqa : Une analyse convaincante

Sous la plume de Catherine Kintzler, cette analyse du problème du port de la burqa (et du niqab) :

  • Interdire au nom de la laïcité n'est pas possible car "le régime de laïcité impose l'abstention dans le seul espace relevant de l'autorité publique et parallèlement il établit la tolérance dans l'espace civil"
  • Interdire au nom du droit des femmes est délicat, car il sera difficile de prouver que des femmes ont été obligées de porter ce signe. D'ailleurs (c'est moi qui ajoute), elle peuve le revendiquer comme symbole d'une identité culturelle différente de la nôtre
  • C'est plutôt du côté la dépersonnalisation qui constitue la plus grave atteinte au droit de la femme masquée. Toutes pareilles, derrière leur muraille de toile, elle perde leur singularité. La burqa désigne la femme comme indifférenciée, sans identité ni individualité. Par là, on nie qu'elle soit une personne humaine en l'enfermant dans un vêtement qui n'en fait plus qu'une espèce.

 

Dois-je ajouter que je partage totalement l'argumentation de Catherine Kintzler ?

27/05/2009

Fin de crise ?

Le creux de la vague est proche, mais la reprise incertaine estime Paul Krugman : Analyse semi-optimiste puisque d'après le célèbre économiste, la chute de l'activité serait sur le point de se ralentir, voire de s'arrêter. Pour autant, on ne peut garantir une reprise, même molle, et Krugman pencherait plutôt pour une longue période de stagnation.

Autre son de cloche chez Paul Jorion qui a intérrogé un banquier français qui veut rester anonyme. Extraits :

"Cela veut donc dire que les mauvais résultats vont continuer d’apparaître. A-t-on pris la pleine mesure des dégâts ?

Non : il y a encore en France, beaucoup de très mauvais résultats à venir. Et ce n’est pas seulement la France : c’est vrai pour l’Europe en général.

Peut-on dire – comme on l’entend répéter ces jours-ci – que la situation s’améliore dans le domaine financier ou est-elle encore en train de s’aggraver ?

La situation s’aggrave encore."

 

Qui croire ? Aucun n'annonce clairement de reprise. Il s'agit de savoir si la chute continue ou si l'on atteint une section plus plate.

Quant à moi, je continue à rester dubitatif, car je ne vois nulle part que cette reprise attendue soit basée sur un autre modèle que celui qui vient de s'écrouler. Quel est ce modèle ? En résumé, on a délégué la partie matérielle, de fabrication à faible valeur ajoutée, vers les pays à bas salaires. L'Occident se réserve la part réputée noble de conception et invente une nouvelle économie basée sur la finance. On s'aperçoit aujourd'hui que cette économie financière était largement basée sur des systèmes de "cavalerie" pour ne pas dire d'escoquerie pure et simple. Des pays entiers ont basé leur croissance sur ce système : L'Islande ruinée, et dans une moindre mesure les Etats-Unis, le Royaume Uni ou l'Espagne. Comment vont-ils retrouver les niveaux de croissance dont ils ont besoin pour financer leur économie, et rembourser les tonnes d'argent injectés dans le système en perdition ?

  • Sur les bases de l'ancien modèle : il est mort
  • Sur un nouveau : Il n'est pas né

Continuation de la chute ou longue stagnation continueront à être notre horizon économique pour de nombreuses années

 


 

04/05/2009

Quand Oracle rachète Sun

Après les discussions avortées avec IBM, c'est donc Oracle qui remporte la mise pour 7,4 milliards de dollars. En tant qu'employé de Sun, je n'ai pas de commentaires particuliers à faire, et d'ailleurs nous n'avons pas plus d'informations que ce qui peut circuler sur le Web. Comme beaucoup, on se demande ce que va devenir l'activité matérielle. On parle beaucoup de Solaris, de Java de MySql qui sont le logiciels les plus visibles et les plus connus de Sun, mais ce ne sont pas ces activités qui font le chiffre d'affaires. Celui-ci est très largement lié à la vente de matériels (serveurs et stockage) et au support associé. Sun n'a pas réussi à enrayer le déclin de cette activité par une offre logicielle attrayante mais dont il n'a jamais pu tirer un chiffre d'affaires capable d'en prendre le relais.

Au delà des divers commentaires, il est sans doute intéressant de s'informer à la source, comme sur ce communiqué officiel déposé auprès des autorités boursières

Ce communiqué résume les principaux aspects du rachat :

- Product Overview and strategy

- Customers and partners

- Business Continuity

On a pensé à tout : les produits, les clients, les partenaires, la continuité de l'activité, tout ce qui fait la vie d'une entreprise. C'est sans doute un oubli s'il n'y a pas de chapitre concernant les employés.

19/02/2009

Heureusement il reste le café

Grâce  à cette brochure, on peut apprendre tous les bons moyens d'attraper un cancer. Le vin, jusque là responsable du paradoxe français, est désormais interdit, même à faible dose. En fait, le vin est surtout bon pour la prévention des maladies cardio-vasculaires -  pour l'instant !!

Il nous reste le café. Dans la section : questions fréquemment posées de cette brochure :

Le café donne-t-il le cancer ?
> Non.
Pourquoi ?
L’effet de la consommation de café sur le risque de cancers a été examiné dans de nombreuses études, en particulier pour le cancer du pancréas. Dans le cadre du rapport WCRF/AICR 2007, la relation entre consommation de café et le risque de cancers du pancréas et du rein a été évaluée. L’effet de la consommation de café sur le risque de ces deux cancers est considéré comme
peu probable.

Je note que l'on ne répond pas à la question pourquoi ? On dit juste qu'une étude n'a rien prouvé. C'est donc encore possible. La prochaine étude le prouvera certainement. Dépêchons-nous donc de boire notre (nos) café quotidien avant d'apprendre qu'il est aussi cancérigène.

J'avais cru comprendre que le café était mauvais, justement pour le coeur. Il faut donc alterner : on compensera le café par un peu de vin pour combattre les maladies cardio-vasculaires, puis une tasse de café pour combattre les effets du vin sur le cancer. Boire ou mourir, il faut choisir. Que prenez-vous aujourd'hui ? une dose de cardio-vasculaire ou une bonne rasade de cancer.

Quant à moi, j'ai choisi. Le cancer c'est l'angoisse de l'attraper qui nous ronge et nous le donne avant même qu'il ne soit là.

En attendant, vivons un peu.

13/02/2009

Principes d'inertie

Galilée a donné son nom au principe d'inertie en physique.  Un point matériel abandonné à lui-même (et suffisamment éloigné de tous les autres points) effectue un mouvement rectiligne uniforme. Le mouvement est l'état stable et l'immobilité l'exception. Ce qui fait dire à Bergson (La pensée et le mouvant) que "La science moderne date du jour où l'on érigea la mobilité en réalité indépendante. Elle date du jour où Galilée, faisant rouler une bille sur un plan incliné, prit la ferme résolution d'étudier ce mouvement de haut en bas pour lui-même, en lui-même, au lieu d'en chercher le principe dans les concepts du haut et du bas, deux immobilités par lesquelles Aristote croyait en expliquer suffisamment la mobilité."

Rien n'a changé dans le mouvement de la bille. Elle garde la même direction et la même vitesse. Ce n'est donc pas le monde qui change avec Galilée, mais Galilée lui-même, et nous avec lui, qui prenons la ferme résolution de voir le monde différemment. Avec Galilée, Copernic et Newton, la science moderne naît, qui de cette nouvelle façon de voir le monde renverra la terre du centre de l'univers à sa place banale de planète parmi d'autres. Du coup, l'homme passe d'un monde clos à l'univers infini.

Par la même occasion, la conception fixiste d'Aristote est battue en brèche, rendant pensable la notion même de mouvement, de changement des mentalités, et de révolution scientifique. Désormais, c'est le mouvement qui est naturel. Galilée déverouille tout le Moyen-Age, et pas seulement du point de vue scientifique. L'Eglise ne s'y trompa point. L'immobilité était sagesse, stabilité, respect des traditions et des anciens. Elle  devient immobilisme, stagnation, routine. Qui n'avance pas recule, le progrès comme la croissance : de l'économie, de la population, de la consommation d'énergie, est l'état stable et normal. La croissance économique doit continuer, sans but, sans que plus personne n'en attende une vie meilleure. Mais elle doit se poursuivre, sous peine d'écroulement du système.

Tant que l'univers est infini, les courbes de croissance peuvent se poursuivre sans crainte de rencontrer de barrières. Mais nous savons désormais que notre terre est close. Nous voilà dans la situation du prisonnier, confiné dans son espace, qui a connaissance de l'univers infini, sans pouvoir en jouir, ni l'exploiter.

La croissance économique, basée sur les produits matériels, apparaissant limitée par les ressources de la terre, on invente la croissance virtuelle de l'économie financière. On a cru alors, avoir repoussé les limites du monde matériel en développant une activité qui s'entretient elle-même par création de produits dérivés qui se dérivent eux-mêmes à l'infini, puis se dispersent en ayant perdu leurs racines et leur raison d'être.

Patatras, tout retombe dans l'inconsistance d'une croissance qui s'entretenait de sa propre inertie, sans reposer sur un point d'appui qui la soutienne fermement. Se pose-t-on la question de la croissance pour la croissance, de l'épuisement des ressources naturelles ? Parfois, mais de manière accessoire. Il s'agit d'abord de retrouver la bonne courbe, celle qui doit reprendre sa course vers le haut en ignorant le mur qui se rapproche de plus en plus. Notre Président est l'incarnation de ce point matériel abandonné à lui-même qui croit être maître de son mouvement quand il ne fait que suivre son principe d'inertie. Comme le dit Malakine, (dans un autre contexte : celui de la réforme des universités) "On retrouve également son obsession du bougisme, la réforme pour la réforme, l'action pour la posture volontarisme, la polémique comme preuve du courage politique. Chez Sarkozy, une réforme n'est jamais une réponse à un problème identifié. Elle se justifie en elle-même"

On ne reviendra pas à l'immobilité. D'ailleurs laquelle ? Il faut prendre en considération le force qui entretient ce mouvement. Car nous ne sommes pas un mobile circulant dans le vide, qui se suffit de son impulsion première. Notre mouvement consomme de la force et de l'énergie. Il s'agit maintenant de diminuer les frottements pour consommer moins, et récupérer les forces que nous consommons.

20/01/2009

La sortie de Dick Cheyney

cheney.jpgPlus peut-être que George W Bush, c'est le vice président Cheney qui symbolisait une certaine arrogance stupide de l'administration qui quitte sans gloire la Maison Blanche.

Dick Cheney s'en va en fauteuil roulant après s'être blessé en déménageant ses affaires. Tout un symbole


15/01/2009

Des natalités - En France et ailleurs

On n'a pas si souvent l'occasion de se réjouir pour ne pas saluer la bonne santé de la natalité française. Avec 834 000 naissances et 543 000 décès, la population continue d'augmenter pour atteindre 64,3 millions d'habitants (France métropolitaine et Outre-mer). Les projections de l'INSEE tablent sur une population qui se stabiliserait autour de 70 millions dans les années 2050.

Autant l'on peut s'inquiéter de l'accroissement de la population mondiale qui est en fait un accroissement de la population asiatique et africaine, autant il est permis de se réjouir que la France renouvelle ses générations tout en accroissant l'espérance de vie.

Un pays qui ne renouvelle pas ses générations est un pays qui se suicide lentement et va au devant de problèmes insurmontables. Le cas du Japon est spectaculaire : Les projections annoncent une population de 95 millions d'habitants en 2050, soit 32 millions de moins que les 128 millions de 2004. A plus long terme, la population baisserait jusqu'à descendre sous la barre des 50 millions en 2100.

Les études montrent que le désir d'enfant des pays développés se situe en moyenne aux alentours d'un peu plus de deux (2,1),  autrement dit au seuil correspondant au renouvellement des générations.

Le politique n'a pas à  se mêler d'un désir d'enfant qui doit rester une affaire individuelle. Il peut, et de mon point de vue, il doit, s'efforcer de permettre à ce désir d'enfant de s'exprimer au mieux. C'est ainsi que la France maintient au fil des ans et des divers gouvernements une politique familiale relativement efficace. La politique familiale se définit par diverses prestations en espèces (congés de maternité, allocations familiales) et en nature (crèches, aides à domicile, scolarisation précoce).

Les aides en nature sont largement aussi efficaces que les aides financières. Elles rendent possible aux mères de famille de cumuler un emploi et la garde des jeunes enfants. Il est frappant de faire une comparaison entre les politiques françaises et allemandes.

La politique familiale française vient de son histoire et la longue stagnation de sa population tout au long du XIXème siècle. Jusqu'en 1800, la France était le pays le plus peuplé d'Europe avec près de 30 millions d'habitants. En 1900 elle dépassait péniblement les 40 millions. Pendant ce temps, l'Allememagne passait de 21 millions à 56 millions. Pas besoin de chercher plus loin, une des clés des différentes guerres. Et il est vrai que la politique familiale française a été pensée comme un moyen de concurrencer le dynamisme allemand et d'arriver à aligner suffisamment de divisions. D'où la mauvaise réputation de ce type de politique, accusée de vouloir fournir suffisamment de chair à canons.

C'est maintenant en Allemagne que le problème se pose avec son taux de fertilité de 1,32 enfants par femme (2,1 en France). L'Italie ne fait guère mieux avec 1,31, sachant que c'est une moyenne qui cache une grande disparité entre la prospère Italie du Nord qui ne fait plus d'enfants et l'Italie du Sud. Ce n'est sûrement pas un hasard si tous ces pays (Japon, Italie, Allemagne) subissent toujours le contre coup des régimes fascistes qui encouragaient une natalité destinée ouvertement à fournir des soldats. Ils ont également laissé le souvenir de l'endoctrinement des enfants dans des structures collectives à la gloire du régime. Encore aujourd'hui, en Allemagne, il n'est pas bien vu de laisser son enfant dans une crèche. Les choses évoluent, l'Allemagne a enfin pris conscience du danger démographique. Mais il lui faudra du temps pour se redresser.

D'autre pays souffrent aussi d'une dépopulation préoccupante. En particulier les ex pays de l'Est. Une étude de l'INED s'attache à comparer la démographie  de la France et de l'Ukraine, de superficie et de population semblables à la veille de la seconde guerre mondiale. Aujourd'hui la population de la France dépasse de 30% celle de l'Ukraine qui souffre en plus d'une espérance de vie en décroissance. Là aussi le poids le l'histoire soviétique et de la guerre aura été considérable.

10/12/2008

La télé publique d'état

Par caprice, le Président de la République veut nommer et révoquer les présidents de l'audiovisuel public. Deux arguments sont invoqués en faveur de ce mode de désignation :

  • La fin de l'hypocrisie qui consiste à passer par un aréopage de personnalités qualifiées comme celles qui composent le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel (CSA)
  • Tous les dirigeants des entreprises publiques sont nommées par le Président de la République ou le gouvernement. Pourquoi faire une exception pour ceux de l'audiovisuel ?

 

  1. L'argument de la fin de l'hypocrisie est typiquement LePennien. A l'époque de sa gloire, Le Pen proclamait qu'il osait dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas. D'après ce type de posture, l'important est d'être authentique quelles que soient les opinions que l'on ait. C'est ainsi que la nomination par le CSA étant réputée truquée (elle l'est sans doute), autant jeter le masque et afficher cyniquement les préférences personnelles ou politiques qui déterminent le choix.

    Entre la bêtise qui peut nous prendre, la bassesse qui parfois nous anime, il y a normalement le filtre de l'intelligence ou de l'éthique, et l'on est pas forcé d'étaler au grand jour tout ce qui ne mérite pas de l'être. On doit aussi ne pas céder à toutes nos envies. C'est même ça qui fait que nous pouvons être un peu civilisé.
    J'ai vu ce bijou dans la vitrine. Dans mon désir d'authenticité et refusant l'hypocrisie, je suis donc passé à l'action, ai brisé la vitrine et emporté le bijou, dit le voleur. Normalement, ça ne marche pas devant les tribunaux.

    L'argument de l'hypocrisie est sans valeur

  2. Pourquoi faire une exception pour l'audiovisuel alors qu'il est normal que le patron d'une entreprise publique soit nommé par le chef de l'Etat. Il en est ainsi de la SNCF, par exemple.

    Il est normal de nommer le patron de la SNCF en tant qu'instrument de la politique des transports et de l'aménagement du territoire. Cette politique fait partie des choix qui sont pris lors des élections. Il est pourtant courant de voir nommer un dirigeant qui n'est pas du même bord politique que la majorité du moment. C'est le cas actuellement. De plus les différentes politiques d'aménagement du territoire ne sont pas un sujet d'opposition radicale entre les différents partis.

    Il n'en est pas de même de l'audiovisuel où toutes les opinions doivent pouvoir s'exprimer de manière équitable. Il n'y a pas et il ne peut pas y avoir de consensus en ce domaine. Il ne doit pas exister une politique de l'information. Il ne doit pas exister une politique de l'émotion, qui en diffusant à haute dose toute sorte de programmes liées au affaires criminelles orientent l'opinion vers une demande de répression encore plus accrue

Les deux arguments sont donc irrecevables. De plus la menace continuelle sur les budgets des différentes entreprises de l'audiovisuel sera un moyen de pression insupportable à tout dirigeant souhaitant conserver un minimum d'indépendance.

On peut donc se joindre à la pétition en ligne de Marianne. Parfois les pétitions sont utiles. Le retrait (partiel) du fichier EDVIGE prouve qu'un fort mouvement d'opinion peut faire reculer des initiatives aussi liberticides.

24/11/2008

Travailler le dimanche

La question du travail dominical agite nos députés, l'Eglise catholique, et les commentateurs.

Il m'arrive de travailler le week-end et la nuit. Je viens même de passer deux week-ends de suite chez un client (d'où mon silence sur ce blog : on ne peut pas être partout !!)

La mission consistait en diverses mises à jour logicielles et matérielles. En jargon informatique, on parle d'upgrade. Pour être plus précis, ce client fait tourner son entreprise avec SAP : prototype du progiciel dévoreur de budget pour certains, facteur clé de l'efficacité industrielle pour d'autres.

Quoi qu'il en soit, toute la production de cette entreprise, depuis l'approvisionnement jusqu'à la distribution chez ses clients est sous le contrôle de SAP. Une opération lourde, de remplacement ou d'upgrade de composants logiciels suppose l'arrêt du service, et ne peut donc s'effectuer qu'en heures non ouvrées, pour ne pas pénaliser l'activité ordinaire de l'entreprise.

Opérations techniques et planning

Voici le programme de ces deux week-ends :

  • 8 et 9 novembre :
    • Remplacement de serveurs
    • Upgrade de l'Operating System (Solaris 8 vers Solaris 10)
    • Upgrade de la base de données (Oracle 9.2 vers Oracle 10.2)
    • Tests et recettes SAP au niveau fonctionnel et technique
  • Lors de premier week-end, SAP n'est pas modifié. Il s'exécute dans la même version au dessus d'un socle technique différent
  • Temps de travail :
    • Samedi 8 novembre : de 8h à 22h30
    • Dimanche 9 novembre : de 9h à 16h
    • J'ai fait le week-end tout seul
    • Temps de travail en heures non ouvrées: 22 heures

 

  • 14-15-16 novembre
    • Upgrade SAP de la version 4.6C vers la version ECC6
  • Temps de travail et planning :
    • Vendredi 14h : Préparation de l'opération et dernière mise au point
    • Vendredi 14 21h : Démarrage de la sauvegarde
    • Samedi 15 à partir de minuit : Démarrage de l'upgrade SAP
    • Dimanche 16 novembre à 5h30 du matin : Fin de l'upgrade
    • Dimanche 16 à 6h : Lancement de la sauvegarde
    • DImanche 9h : Fin de la sauvegarde - Tests techniques et fonctionnels jusqu'à 14h
    • Dimanche 18h : Retour à la maison
  • Nous étions deux lors de ce deuxième week-end
  • Temps de travail en heures non ouvrées pour chacun : 21 heures

Aspects réglementaires et financiers

Dans mon entreprise, ce type de mission est basée sur le volontariat. Sachant que nous ne sommes pas très nombreux à avoir des compétences SAP, on a vite fait le tour des volontaires potentiels. Disons qu'on s'arrange entre nous, et que le management nous laisse nous débrouiller. Au cours d'une année, il faut compter une petite dizaine d'opérations de ce type.

Il est en principe interdit d'effectuer plus de onze heures consécutives, qui doivent elles-mêmes être suivies d'un repos de onze heures également. Dans notre cas, ce type de réglementation n'est pas applicable ; il n'est d'ailleurs pas appliqué. J'ai travaillé du vendredi 14 heures jusqu'au samedi matin à 7 heures du matin avec une  pause d'une heure pour le dîner.

Financièrement, les interventions en heures non ouvrées sont facturées double au client. Dans le cas des opérations des deux week-ends, la proposition est de :

  • Samedi 8 novembre : Upgrade Oracle = 1 jour x 2 = 2 jours (le dimanche ne sera pas compté, car il est dû à des problèmes techniques)
  • Upgrade SAP du 14 au 16 novembre = 40 heures = 5 x 8 heures x 2 = 10 jours
  • Une journée normale (ou tranche de 8 heures) est facturée 1250 Euros + 150 Euros de frais de déplacement
  • L'ensemble des deux week-ends a donc été facturé (1250 x 12) + (150 x 6 )  = 15 900 Euros
  • En heure ouvrée, le même nombre d'heures aurait été facturé (1250 x 6) + (150x6) = 8400 Euros

En ce qui nous concerne, nous sommes payés en heures supplémentaires 250 Euros bruts par tranche de 4 heures non ouvrées. Cela fait un total de 64 heures. 64 heures divisées par 4 donnent 16 x 250 Euros = 4000 Euros bruts, au prorata des heures supplémentaires de chacun.

L'opération reste bénéficiaire pour mon employeur qui facture le double. En principe, le doublement de tarif lui est très largement profitable puisqu'il verse 2x250 Euros bruts pour une surfacturation qui est supérieure à 1000 Euros (1250 dans ce cas de figure). Dans notre exemple, la différence ne lui pas autant favorable du fait du premier week-end qui ne sera pas totalement facturé au client, mais qui devrait m'être payé aux heures effectivement réalisées (Normalement !!)

Quelques réflexions

Les prix de journée peuvent paraître exhorbitants. Ce sont pourtant les tarifs ordinaires pour ce type d'intervention. A ma connaissance, un consultant Oracle ou SAP est souvent facturé 1400 Euros la journée, 1800 dans certains cas. Pour des missions d'administration technique de longue durée, une SSII sera plutôt entre 600 et 800 Euros suivant le profil.

On doit noter que ce type d'intervention est extrêmement stressant. Une erreur de manipulation ou une mauvaise préparation peut mettre en péril l'ensemble de la manipulation, qui devra être reportée dans le meilleur des cas, ou qui nécessitera un retour en arrière toujours périlleux, ou même mettre au chômage technique l'ensemble de l'entreprise en cas de grave problème.

A titre personnel, je ne refuse pas ce genre d'interventions (même si ce type de tâche technique ne fait plus partie de mon activité ordinaire). Elles font un complément  de revenus nonnégligeables, et il n'y en a jamais plus d'une par mois. Par ailleurs, j'ai la faculté d'organiser mon temps de travail de manière assez libre. Voilà pourquoi je suis prêt à travailler certains week-ends, ou certains soirs quand il y a besoin. Pendant des périodes moins chargées, je m'autorise des journées moins pleines sans que l'on vienne compter mes heures. C'est une confiance réciproque, profitable à  mon employeur comme à moi-même.

Je ne suis pas du tout certain que cela soit valable pour tous ceux qui sont menacés d'une extension légale des journées de travail jusqu'au dimanche, telle que les discussions actuelles le prévoient. Les opérations d'upgrade informatiques que je viens de décrire font partie des travaux de maintenance qui se font, par nature, lorsque l'activité ordinaire est arrêtée. Je ne vois aucune valeur à généraliser ces travaux aux tâches qui peuvent être effectuées en heures ouvrées. Tout ce qu'on peut en attendre est un léger effet sur l'emploi et une hausse des prix non négligeable. Tout cela, à condition que ces heures soient rémunérées en heures supplémentaires, ce qui n'est assurément pas garanti si cette pratique se généralise.

Le repos du dimanche a été rendu obligatoire par une Loi du 18 novembre 1814, supprimé en 1880, puis rétabli en 1906. Nous vivons sous ce régime depuis un siècle, cela n'empêche pas les trains de rouler le dimanche, ni d'avoir du courant éléctrique, d'être soigné en cas de besoin, ou d'effectuer des opérations de maintenance. La suppression de cette journée aurait des effets négligeables sur le plan économique et catastrophiques sur le plan social comme sur le plan symbolique des valeurs.

17/10/2008

Des sifflets du Stade de France à Bernard Tapie

Les sifflets du Stade de France lors de la Marseillaise précédant le match France-Tunisie sont un bon exemple d'une certaine impuissance du politique.

  1. Ces sifflets sont intolérables
  2. Il faut donc les sanctionner, comme le prévoit la Loi
  3. La meilleure sanction est de suspendre le match et de poursuivre les fauteurs de trouble

Ca ne marche pas, nous disent les "experts" :

  1. On ne peut le faire que pour un match amical. Lors d'un match officiel, on sanctionnerait l'Equipe de France. Les supporters de l'équipe adverse auraient beau jeu de siffler la Marseillaise pour faire annuler la rencontre et du même coup faire perdre l'équipe de France
  2. On arrive à cette absurdité, que l'on sanctionnerait les sifflets lors d'une rencontre amicale sans enjeu, tout en les tolérant au cours d'une partie officielle
  3. On ne peut pas faire évacuer 80 000 personnes d'un stade de manière impromptue (NDLR : Mais que fait-on en cas d'incident grave, écroulement d'une tribune, incendie ? On les laisse tous brûler à l'intérieur ???)
  4. Donc c'est impossible. Le politique aura, une fois de plus, fait la preuve de son impuissance
  5. Voilà ce que disent les commentateurs qui ont la partie facile à critiquer ce genre de décisions précipitées. Ils se gardent bien d'avoir le début d'une idée pour contrecarrer des sifflets qu'ils jugent tous insultants.

Voilà Bernard Tapie qui arrive, hier soir, dans l'émission d'Arlette Chabot. Une fois de plus, il fait le spectacle, et met tout le monde dans sa poche (y compris votre serviteur).

Et voici sa solution : Les siffleurs sont dans une logique d'escalade. On a sifflé lors du France-Algérie, et du France-Maroc, il faut faire encore plus fort pour le France-Tunisie. Et il faut que ça se voit, que ça s'entende, et qu'on en parle à la télé. La réussite a été totale, puisque le Président de la République lui-même s'en est mêlé. Soyons certains, qu'à la prochaine occasion, ils tenteront d'être encore plus visibles et bruyants.

Mais quel est le problème ? Ils couvrent la Marseillaise de leurs sifflets. Il suffit de couvrir leurs sifflets de la Marseillaise. Le moyen est fort simple, coupons les micros d'ambiance et ne filmons pas les siffleurs. On ne les verra pas, on ne les entendra pas. La Marseillaise sera toujours jouée et triomphera des siffleurs. Ceux-ci, déçus qu'on ne parle plus d'eux puisque ils n'auront pas été entendus abandonneront vite des sifflets inaudibles qui ne scandaliseront plus personne.

Ce n'est pas pour rien que Bernard Tapie est populaire chez ces siffleurs. Il les comprend, il peut donc aussi trouver des armes contre leurs excès.

08/10/2008

On revote le plan Paulson

Après le premier plan Paulson, les députés américains viennent de voter le second. 612 milliards cette fois, contre 700 pour le premier. Il est vrai que celui-là est voté tous les ans, alors que l'autre ne devrait être qu'exceptionnel, même s'il ne sera pas suffisant.

Ce budget de 612 milliards est le budget de la défense américaine, voté tous les ans, mais avec beaucoup moins de débats que l'autre.

C'est à Chalmers Johnson, professeur à l'université de San Diego que l'on doit cette mise en parallèle pleine d'enseignements. On peut lire son analyse sur le site de Contreinfo.

Voilà qui va consoler Bernard-Henri Lévy. Il s'inquiétait que les 700 milliards du plan Paulson ne pourrait plus être disponible pour les guerres d'Irak et d'Afghanistan. Rassurez-vous cher BHL, l'industrie militaire américaine continue à bien se porter.

C'est tous les ans qu'on lui vote un plan Paulson

30/09/2008

Fallait-il voter le plan Paulson ?

Le plan Paulson, c'est juste 700 milliards de dollars versés dans le tonneau percé par l'ivresse d'un système hors de tout contrôle. 700 milliards versés sans aucune compensation, pour tenter d'éviter le naufrage. 700 milliards versé par Henry Paulson, au système bancaire auquel il participait encore, il y a à peine 18 mois, en tant que patron de la banque Goldman Sachs.

Ca paraissait si simple : comme d'habitude quelques établissements trop exposés allaient disparaitre, le contribuable paierait la note, et, une fois le système purgé, tout allait repartir comme avant. Simple crise du capitalisme dont il fallait admirer la propension à s'adapter à toutes les crises, y compris les plus sérieuses comme celle-ci.

C'est alors que Wall Street respire, le CAC 40 remonte de 10% et Henry Paulson est célébré comme le sauveur du capitalisme. Il est vrai que le Président Bush a disparu dans cette affaire, complètement dépassé par les événements ; ce qui vaut sans doute mieux pour tout le monde.

Mais non, le plan Paulson n'a pas été voté par la chambre des représentants. Alors qu'il était célébré comme le symbole de la capacité toujours renouvelée des Américains à réagir aux crises de leur système, voilà que c'est le peuple américain lui-même qui n'en veut pas.

L'inconvénient d'une démocratie, c'est les élections !! La moitié de la Chambre des Représentants est renouvelée dans 5 semaines, le même jour qur l'élection présidentielle. Et que disent les électeurs à leurs représentants ? Ils disent que cette fois-ci, ils ne veulent pas payer pour secourir les dirigeants financiers, au tarif de $2,333 par habitant des Etats-Unis (tous âges confondus). Ils disent que ça fait 30 ans, depuis la révolution libérale reaganienne, que l'on défend un modèle où chacun doit prendre ses responsabilités et ne doit pas compter sur le parapluie de l'Etat en cas de défaillance personnelle. Il disent que ça fait 30 ans qu'on leur dit que tout ce qui ressemble à une solidarité envers ceux qui échouent n'est qu'un encouragement à la paresse.

L'année dernière, 1,5 millions d'américains ont été expulsés de leur foyer faute de pouvoir rembourser leur emprunt. On en prévoit 2,5 millions cette année. Irresponsables sont donc ces 4 millions de ménages incapables de gérer leurs finances personnelles : qu'ils n'attendent aucune aide de l'Etat.

Irresponsables sont les ex-stars des produits dérivés  dont l'avidité a conduit à ces expulsions, et l'aveuglement à croire que le système pouvait perdurer.

Injuste aurait été de leur signer ce chèque en blanc de 700 milliards, de peur que le système ne s'écroule

On peut lire dans la presse américaine, comme le Christian Science Monitor , à quel point ce plan scandalise les électeurs qui y voit, non sans raison, le sauvetage par le contribuable, d'une caste arrogante et irresponsable.

"La plupart des législateurs ont été submergés par les appels et les messages d'électeurs en colère, qui y voit (dans ce texte), les dollars du contribuable à la rescousse des grosses fortunes de Wall Street"

"Most lawmakers had been deluged with calls and e-mail from voters angry that, as they see it, taxpayer dollars would be used to bail out Wall Street fat cats."

On peut lire aussi, dans le New York Times par exemple , comment beaucoup de Représentants n'ont pas voté ce texte,  par simple incapacité à comprendre que le monde a changé.

Un représentant du Texas, Jeb Hensarling, vote non, juste parce que ce plan ressemble à une intervention de l'Etat dans l'économie, une pente glissante vers le socialisme.

"I fear that, under this plan, ultimately the federal government will become the guarantor of last resort, and Madam Speaker, that does put us on the slippery slope to socialism."

Un autre, Paul Ryan du Wisconsin,  est encore plus franc :

"On doit comprendre cette angoisse... Si nous n'arrivons pas à la surmonter, je crains que le pire soit à venir. Le problème est que nous sommes à un mois des élections. On a tous peur de perdre notre job. Tous, la plupart d'entre nous, disent que ce texte doit passer mais je préfèrerais que ce soit toi qui vote pour, plutôt que moi."

"We have to deal with this fear. ... If we fail to pass this, I fear the worst is yet to come. The problem we have here is we're one month away from an election. We're all worried about losing our jobs. All of us, most of us say, this thing needs to pass, but i want you to vote for it, not me. Unfortunately, a majority of us are going to have to vote for us.

Il est très certainement nécessaire d'agir pour que le système bancaire ne s'écroule pas tout à fait. Le vote de beaucoup de représentants contre le plan Paulson est souvent un simple réflexe contre tout ce qui ressemble à une intervention de l'Etat dans les mécanismes "infaillibles" du marché. Pire encore, ce vote est pour certains, pure et simple démission devant leurs responsabilités (comme ce Paul Ryan).

Il y a cet aveuglement et il y a cette lâcheté. Il y a aussi l'écho du peuple américain qui comprend bien qu'il faut agir, mais pas à n'importe quel prix et à condition que les règles du jeu ne soient pas toujours dans le même sens. Décidément, l'ère Reagan est bien finie.

24/09/2008

Le homard impromptu de Versailles

Il faut attendre la fin de ce débat entre Philippe Tesson et Jean-Jacques Aillagon (Président du domaine national de Versailles) pour entendre un argument de poids en faveur de cette exposition Jeff Koons. C'est Jean-Jacques Aillagon qui défend son idée :

"J'observe souvent dans les musées, pas seulement à Versailles,  les visiteurs, et je suis souvent frappé par leur très grande inattention. Ils ne regardent pas vraiment les oeuvres et les décors qui les entourent. Et je pense que la présence d'un objet atypique dans le circuit d'un musée et dans le circuit d'un monument, c'est une invitation à mieux regarder le monument"

On ne regarde pas assez, c'est vrai. On visite Versailles au pas de course en deux heures, sans avoir le temps ni la patience, souvent, de déchiffrer ce qui se montre là. C'est un art déjà ancien qu'il faut dévoiler.

34cb248175ca9ce9cd5026475c5ad2ce.jpgOn n'en dira pas autant de cet énorme objet, immanquable. Ce homard géant s'impose tellement que l'on ne voit que lui. Vous ne voulez pas de l'art contemporain, semble-t-il nous dire. Eh bien, je me pose là, devant vous, et vous serez bien obligé de me regarder. Baudruche boursouflée qui obstrue ce salon de Mars : ce n'est pas un dialogue entre deux époques auquel nous sommes invités, c'est notre siècle qui exhibe son impuissance à séduire.

Non pas que, sur le principe, l'art contemporain n'ait pas sa place à Versailles. Jean-Jacques Aillagon a raison de le souligner. Versailles a bougé entre le pavillon de Louis XIII, puis le palais de Louis XIV et les travaux de Louis-Philippe. Il n'est donc pas scandaleux que Versailles soit aussi de notre époque et pas seulement une image figée du passé.

On rêve d'un art plus modeste dans ses dimensions et qui sache se faire aimer sans la violence de son obésité. On rêve d'un homard, ou de tout autre objet dont la modernité se découvre  par surprise. Posé sur une cheminée à côté d'objets d'une époque plus ancienne, on ne le remarquerait tout d'abord pas. Et ce serait alors la découverte d'une amitié entre les siècles. Comme Montaigne dialoguant avec Lucrèce et la Renaissance avec l'Antiquité, ce pourrait être la reconnaissance d'une parenté à travers les siècles, et non ce tintamarre visuel qui couvre la voix des anciens.

Depuis que Duchamp exposa son urinoire en déclarant : c'est de l'Art, en 1917 ! Ca fait maintenant plus de 90 ans que l'Art s'interroge sur lui-même. De cette remise en cause, il n'est toujours pas sorti, et de cette interrogation génialement provocante à l'époque, le homard de Jeff Koons n'est que le sempiternel pastiche. Cette exposition de Versailles démontre cruellement que nous en sommes toujours aux interrogations, pas encore à l'heure de la création.

09/09/2008

Monsieur X est dans EDVIGE

N'écoutant que son courage, Matamore Alliot Marie déserte les plateaux de télévision et les studios de radio quand il s'agit d'EDVIGE. C'est donc Monsieur Gérard Gachet, porte parole du Ministère de l'Intérieur, que l'on envoie sur  les ondes pour défendre le fameux fichier. Cela fait déjà plusieurs fois qu'il nous sert l'histoire de Monsieur X. Là voici :

Monsieur X a décidé de se présenter aux élections municipales de St Symphorien les Bruyères. Il est important, paraît-il, - on a toujours fait comme ça depuis que le monde est monde - il est important, nous dit-on, que le Préfet du département puisse informer les autorités sur les caractéristiques de Monsieur X. On ne sait pas qui sont ces autorités, en quoi elles ont besoin de cette information, et ce qu'elles en font. Mais on a toujours fait comme ça, donc on continue sans que plus personne ne sache vraiment pourquoi.

Or donc, Monsieur X, d'après l'exemple de Gérard Gachet, se trouve être président d'une association contre l'homophobie. C'est donc à ce titre, nous dit-il, et à ce titre seulement, que des informations pouvant avoir rapport avec les goûts sexuels de Monsieur X pourront être consignées dans EDVIGE.

Avez-vous compris la démonstration de Gérard Gachet ? Moi, Non.

Par rapport à cette association, on induit et on laisse induire que Monsieur X est homosexuel. Car enfin, rien ne le prouve. On peut défendre une cause sans être directement intéressé par cette cause. J'ai moi-même défendu Madame Noachovitch que je ne connaissais pas précédemment, que je ne connais toujours pas, et que je ne désire pas connaître. Je l'ai défendue, juste pour des questions de principes de protection de la vie privée, déjà. Il est possible que Monsieur X ait la même attitude vis à vis de l'homophobie, sans lui-même être directement concerné.

Il n'y a donc rien de certain à ce que Monsieur X soit homosexuel, ce n'est pas sa présidence de l'association qui peut permettre de le déduire. Si donc c'est faux, il est grave qu'une information fausse soit enregistrée. Si c'est vrai, personne n'a besoin de le savoir et il est tout aussi grave que cette information, vraie, soit enregistrée. Dans les deux cas, on ne voit pas l'usage républicain qui peut en être fait.

EDVIGE n'est que l'informatisation du fichier des Renseignements Généraux. Vivait-on en dictature auparavant ? Les RG étaient-ils et sont-ils encore aussi dangereux pour notre vie privée que ne l'étaient les défuntes Stasi et KGB ? Non évidemment.

Ce fichier qu'il s'appelle EDVIGE, ou son équivalent actuel aux RG, est juste totalement inutile. Nous sommes la seule démocratie occidentale où ce type de renseignement est collecté. A quoi cela sert-il si ce n'est, le cas échéant, pouvoir faire pression sur une personnalité grâce à des informations collectées que cette personnalité ne souhaite pas voir divulguer. Ce qui ne signifie pas que la pratique est courante, mais seulement qu'elle est possible, ce qui est déjà trop.

Ce fichier n'avait pas de justifications autrefois, il devient carrément liberticide avec ce projet de ficher des jeunes de 13 ans "susceptible" de troubler l'ordre public. Il ne lutte en rien contre les délinquants qui sont déjà répertoriés dans des fichiers spécialisés  dont personne ne demande la suppression.

Le projet EDVIGE, comme les fichiers des RG, doit purement et simplement être abandonné et les données consignées détruites. Pour l'obtenir, on peut déjà signer cette pétition.

04/07/2008

Otages libérés

La prise d'otages est un acte odieux. Que ce soit d'enfants ou d'adultes, directement crapuleux ou sous des prétextes politiques ce n'est qu'un chantage à la vie humaine.

Les otages de Colombie ont été libérés, sans faire de victimes. Il suffit de se réjouir de la libération de ces otages et de la joie de leurs proches. Il suffit de penser à eux, pour une fois.

Mais non, c'est un déferlement de commentaires personnels sur ce que JE pense et MON opinion. Qaund chacun y va de son commentaire sur la personnalité d'Ingrid Betancourt (otage de luxe. Mondaine !), du rôle de ses enfants ou de tel comité de soutien, on se dit que, pour quelques instants, ils feraient bien d'oublier un peu leur ego. D'autres se réjouissent de la disparition des bannières bien pensantes sur les blogs. Ca l'énerve. On comprend que son agacement est un sujet d'importance dont cette libération va le soulager.

Mettre sur le même plan ces considérations personnelles avec la vie retrouvée des otages, n'est pas plus digne que les différentes récupérations politiques et médiatiques qui se profilent, dans un sens ou dans l'autre.

 Il suffit de penser à eux, pour une fois, pas à nous.

 

30/06/2008

Que connait-on de l'Univers ? 0,4%

Lu, dans cet entretien  avecAndré Brahic dans Le Point

"Il y a un siècle, on ne savait pas pourquoi les étoiles brillaient, on ignorait l'existence des galaxies et la nature des planètes. Aujourd'hui, je peux vous décrire de façon relativement fiable ce qui s'est passé au cours des 13,7derniers milliards d'années ! Mais, au moment même où l'observation de toutes les lumières nous a révélé une multitude d'astres nouveaux et un Univers beaucoup plus vaste que prévu, nous réalisons que beaucoup reste à faire. Einstein a montré que l'énergie est une forme condensée de matière. Eh bien, 73 % de tout ce qui existe dans l'Univers est sous forme d'une énergie noire dont nous ignorons la nature, 23 % est sous forme de matière noire de type inconnu et que nous ne pouvons pas voir. Les 4 % restants sont composés d'atomes et de molécules comme vous et moi, ou cette chaise. Et, en mobilisant tous nos instruments, nous sommes capables de « voir » un dixième de cette matière, soit 0,4 % du tout ! C'est un peu comme si on écrivait un roman policier dont on sait qu'on ne connaîtra jamais la fin de son vivant. Mais l'enquête progresse..."

 

Le grand collisionneur de hadrons (LHC) va coûter plus de 6 milliards d'Euros. Peut-être lèvera-t-il  le voile sur cette énergie et cette matière noire. Vu l'énormité de ce qu'on ne sait pas et les moyens gigantesques à déployer pour combler notre ignorance, arrivera-t-on un jour où l'homme découragé et les gouvernements ruinés arrêteront la recherche fondamentale ? On dirait parfois que ce jour n'est pas loin et qui constituerait une rupture fondamentale dont je ne mesure pas bien les conséquences.

27/06/2008

Actualités du sporno

      Ainsi donc l'Euro de Foot va se terminer. On aura eu droit aux mêmes pantalonnades et simulacres de blessures pour mieux tromper un arbitre qui n'a pas besoin de ça pour se tromper dans l'autre sens, et ne pas siffler des fautes que tout le monde peut voir sur l'écran de contrôle, sauf lui. Un règlement particulièrement débile l'empêche de vérifier un moment litigieux. La triche fait partie de la compétition sans qu'on ne s'en émeuve plus. On me dit qu'un joueur hollandais s'est vanté d'avoir arrêté un tir de Thierry Henry avec ses mains, comme un gardien de but. Il n'a bien sûr pas été sanctionné. On me dit que Franck Ribéry, lors d'un match de préparation, aurait enlevé son maillot pour exhiber un tee-shirt rendant hommage au commentateur Thierry Gilardi. Il a été sanctionné.

Ce sporno s'étale sur vos écrans aux heures de grande écoute. Le championnat d'Europe se termine. On va enchaîner sur les JO de Pékin, et le débat va reprendre : Sarkozy doit-il aller à la cérémonie d'inauguration ?  Puisque tel est le débat. Je n'entends personne s'interroger sur le sens d'aller ou pas à l'inauguration d'un spectacle dont personne ne discute la participation à l'évènement lui-même.

L'évènement, c'est quoi ? De jeunes gens dressés depuis leur plus jeune âge à la compétition, entourés d'une armée de spécialistes en tout genre, de l'entraîneur au psychologue sans oublier le pharmacien, bien sûr. Tout ça n'a rien à voir avec un idéal en carton pâte  qui continue d'être proclamé lors de cérémonies truquées. Il  s'agit d'un spectacle, d'un business et d'un outil de prestige pour les nations.  Rien de bien différent d'une exposition universelle où chaque pays expose fièrement dans son pavillon ses réalisations technologiques. Mais les expositions universelles n'intéressent plus personne alors que les compétitions sportifves passionnent les foules, les télés et les budgets publicitaires.

Je ne suis pas là pour donner des leçons ou enjoindre qui que ce soit à regarder ou non le sporno. Chacun a bien le droit à ses moments de relâchement pour regarder un spectacle qui est souvent esthétiquement et émotionnellement très prenant. C'est comme la télé-réalité où on peut se laisser prendre si l'on oublie que tout est scénarisé et répété. Pour moi, le décalage horaire me permettra un boycott reposant.

Y aller ou pas ? On ira bien sûr, et d'ailleurs personne n'envisage un boycott de la délégation française. Sarkozy sera-t-il à l'inauguration ? Il y sera bien sûr. Et ce n'est pas moi qui lui reprocherait. On a des relations diplomatiques avec la Chine. On se rend visite régulièrement et l'on fait du commerce. La non-venue de Sarkozy serait considérée comme un acte POLITIQUE hostile. Les Jeux Olympiques sont une exposition des meilleures techniques de formatage du corps humain pour un exercice physique extrême. Chaque pays expose son savoir-faire dans le cadre des relations diplomatiques et commerciales ordinaires. La France et son Président seront présents comme tous les autres.

Pour aller plus loin :

voir cet article du Figaro auquel j'emprunte ce terme de sporno,

ou celui-ci du philosophe Jean-Luc Marion dans le même journal.

et aussi cette vidéo chez Acqua Tofana qui montre l'entraînement le dressage des athlètes chinois

24/06/2008

Journalistes et informaticiens, même combat ?

Dans la lignée de mon précédent article , et faisant écho à la revue de blog d'Olivier, qui le rapproche d'un article d'Etienne Duval : La parole du journaliste, je me dis que la question de l'avenir du journalisme n'est pas si éloigné de débats quotidiens que nous avons à propos de mon métier d'informaticien.

En informatique, des compétences partout

Il s'agit là de la question de l'offshore, oursourcing ou infogérance qui consiste à délocaliser un certain nombre de tâches informatiques vers des pays à bas salaires. L'exemple de plus connu est celui de l'Inde avec ses centres de Bangalore ou maintenant de Mumbay (Bombay). Ca a commencé par des travaux de développement logiciel où la conception se fait en Occident et le codage, ennuyeux, coûteux en temps, et réputé de peu de valeur ajoutée, est sous traité en Inde. Ca continue par l'infogérance, où c'est la gestion des infrastructures (maintien en conditions opérationnelles des systèmes informatiques) qui est également confiée à des entreprises indiennes. La distance importe moins avec le développement et la vitesse accrue des réseaux.

Comme pour le journalisme, on a tendance à mettre en exergue les loupés (il y en a), la moins bonne qualité de la prestation, et se rassurer en soulignant qu'il faut dix Indiens pour faire le travail d'un Français. On oublie un peu vite nos loupés (il y en a aussi) et le rapport qualité/prix qui n'est pas à notre avantage.

Là aussi, on a du mal à admettre qu'une concurrence à bas prix finisse par effectuer un travail comparable au notre. Là aussi, on a tendance à dénigrer des amateurs qui ne pourront jamais offrir le même niveau de qualité.

C'est un combat perdu d'avance, sur ce terrain là.

En revanche, il y a des domaines où la proximité est indispensable, et c'est là le domaine où nous apportons une vraie valeur. Il est clair qu'une gestion de projet menée depuis Bangalore ne marchera pas. Le décalage horaire, la distance culturelle et la langue, qui reste une barrière quand on veut être précis, font que la proximité du client reste primordiale. Comme dans le reste de l'industrie, ce sont les tâches d'avant-vente, de vente et de gestion de projet qui seront de plus en plus notre coeur de métier. La réalisation technique sera confiée au plus offrant qui sera souvent à distance.

L'expression publique ne sera plus jamais un monopole restreint

Pour le journaliste professionnel, c'est le même type de réactions que l'on observe : Jamais ces blogueurs n'atteindront le niveau d'un journaliste de métier se dit-il pour se rassurer. Et ce sont ces jugements rapides sur Internet, propagateur de rumeurs, qui s'expriment à tort et à travers, sans aucune déontologie, alors que nous, journalistes, savons recouper nos sources et hiérarchiser l'information.

Là aussi, ce n'est pas en dénigrant une concurrence à bas prix, et d'ailleurs gratuite, que l'on sauvera le journalisme, en tous cas ce journalisme là. L'accession à la parole publique est désormais possible pour tous. Il n'y aura plus jamais cette élite de quelques dizaines d'éditorialistes vedettes qui pensaient faire l'opinion. Et on lit tous les jours des inconnus dont l'expertise, l'acuité de jugement et le talent ne cèdent en rien au chroniqueur professionnel, alors que leur indépendance et leur liberté est le plus souvent bien mieux établie. Sur ce terrain là, le journaliste n'est plus qu'une  voix parmi d'autres, et sans aucun avantage du à  son statut plus ancien.

L'investigation est le contraire de la vitesse

Etienne Duval le dit parfaitement, c'est d'un journalisme d'investigation, qui sait prendre son temps pour déterrer la vérité, dont nous avons besoin. Sur ce terrain là, il est irremplaçable. C'est le journalisme d'Albert Londres, de Denis Robert, de Carl Bernstein et de Bob Woodward.

C'est celui de Jacques Derogy qui juste avant sa mort  s’inquiétait de voir les journalistes se livrer "à une course abominable" alors que "l’investigation est précisément le contraire de la vitesse".

20/06/2008

Journalisme et potins

Prenez, dans le dernier numéro (2276) du Nouvel Observateur un premier article intitulé :

Fonds privés, fortunes discrètes.

On y apprend  qu'il n'y a pas qu'au CAC40 que l'on se goberge. Ainsi l'opération de reprise de Converteam, filiale d'Alstom, "avec 4 600 salariés, a été reprise pour une bouchée de pain, en novembre 2005 (120 millions d'euros), par les dirigeants et le fonds Barclays Private Equity. Deux ans et demi plus tard, la répartition du capital va changer. Mais, cette fois, la société est évaluée à 2 milliards d'euros. Le mécanisme d'intéressement va permettre au président Pierre Bastid et à une poignée de dirigeants de se partager 700 millions d'euros"

Des faits, des chiffres, et une information : la goinfrerie se démocratise, si l'on peut dire, et s'étale jusqu'aux grosses PME.

 

Dans ce même numéro, un autre article :

Le dernier salon où l'on cause

Dans l'avion présidentiel de retour de Beyrouth, tous les leaders politiques sont conviés dans la cabine présidentielle. Petites phrases et potins dont on ne connait pas la source : "Sarkozy lance, suscitant les rires : «On m'a longtemps présenté comme un simple tacticien et un piètre stratège. Où serais-je aujourd'hui si, en plus, j'étais un bon stratège ?» Fragilité du témoignage humain, et... difficulté de la reconstitution journalistique" : Petites conversations entre initiés du microcosme, reconstituées par un journaliste qui n'y était pas.

"On parle redécoupage des circonscriptions (..) Sarkozy répond qu'une majorité redécoupe en fonction de ses intérêts. A ma place, vous auriez la même attitude, lance-t-il aux leaders de gauche" : Petits charcutages et cynisme étalé, degré zéro de la politique et du journalisme.

Deux types de journalisme, celui qui informe et révèle, et Radio Moquette qui diffuse des propos de basse-cour.