22.07.2009

Nous n'irons pas sur Mars

On a marché sur la lune, "là où la main de l'homme n'a jamais mis le pied" comme dirait les Dupondt. 40 ans déjà depuis cet exploit, et rien depuis. Mais pourquoi ?

Ce n'est pas une question d'argent ; si vraiment l'homme avait besoin et envie de poursuivre la conquête spatiale, on trouverait les ressources nécessaires. Mais on n'en a pas besoin. La conquête de la lune est avant tout un exploit technique et organisationnelle. D'un point de vue scientifique cela fait appel à des notions physiques et à des connaissances en astronomie que l'on avait depuis longtemps. L'exploit fut de construire cette série de fusées capables d'envoyer l'homme sur la lune et de le faire revenir. Il tient surtout dans la formidable organisation que fut la NASA de l'époque, capable de faire travailler quelques 500 000 personnes - sous-traitants compris - avec un même objectif.

On n'a alors rien découvert  que l'on ne savait déjà. De toutes façons, il n'y a pas besoin d'envoyer l'homme pour récupérer ou analyser les roches lunaires. Les russes l'on fait sans assistance humaine. On sait envoyer des sondes sur Mars et analyser à distance ce qu'elles y trouvent : roches inertes et éléments chimiques que l'on sait identifier de loin.

On compare souvent la conquête de la lune à la découverte de l'Amérique. La différence est dans les mots. La lune est une conquête, l'Amérique fut une découverte, suivie d'une conquête. Mais en 1492, on ne savait pas que ce continent existait. Certains doutaient encore que la terre fût ronde, on ignorait l'existence d'autres peuples. La découverte de l'Amérique change l'image que l'homme a de lui-même. A la même époque, la révolution galiléenne montre aussi que, non seulement l'Europe n'est pas le centre de la Terre, mais que cette même Terre n'est qu'une planète banale dans un système stellaire tout aussi banal, lui aussi dans une galaxie ordinaire, etc.. Bref, depuis cette époque nous avons définitivement perdu nos illusions par rapport à notre importance dans l'univers.

Aller sur la lune n'y a rien changé. Notre place dans l'univers et la perception que nous avons de nous-mêmes n'ont pas évolué depuis 1969. On n'y a rien trouvé et l'on ne sait quoi faire de cet exploit. Ce n'est pas pour rien que les vols se sont très vite arrêtés.

Alors maintenant, pour relancer le "rêve", les anciens d'Apollo XI lance un nouveau défi : Il faut aller sur Mars. D'après eux : «Apollo 11 était un symbole de ce qu'un grand pays et un grand peuple peuvent réaliser en travaillant dur et en travaillant ensemble». Nous y voilà : c'est juste un défi que l'on se lance pour prouver que l'on est capable de le relever.

Il y en a sûrement d'autres plus vitaux, et qui nous concernent au premier chef. Assurer une vie décente à nos enfants, par exemple, en pouvant se passer des énergies fossiles en voie d'épuisement, trouver un modèle économique moins prédateur et un peu plus juste, relancer la recherche fondamentale sur la structure de la matière et de l'univers. Tout ça se passe sur terre. Et puis quoi, à l'heure de la dématérialisation, a-t-on vraiment besoin de TOUCHER Mars pour en prendre connaissance. Toucher, c'est symboliquement en prendre possession, c'est justement cette vision de l'homme qui est en train de changer. Ce serait un contre-sens historique que d'engager cette aventure. Mais il y a peu de chances que quiconque s'y lance vraiment.

Nous ne marcherons pas sur Mars.

22.06.2009

Burqa : Une analyse convaincante

Sous la plume de Catherine Kintzler, cette analyse du problème du port de la burqa (et du niqab) :

  • Interdire au nom de la laïcité n'est pas possible car "le régime de laïcité impose l'abstention dans le seul espace relevant de l'autorité publique et parallèlement il établit la tolérance dans l'espace civil"
  • Interdire au nom du droit des femmes est délicat, car il sera difficile de prouver que des femmes ont été obligées de porter ce signe. D'ailleurs (c'est moi qui ajoute), elle peuve le revendiquer comme symbole d'une identité culturelle différente de la nôtre
  • C'est plutôt du côté la dépersonnalisation qui constitue la plus grave atteinte au droit de la femme masquée. Toutes pareilles, derrière leur muraille de toile, elle perde leur singularité. La burqa désigne la femme comme indifférenciée, sans identité ni individualité. Par là, on nie qu'elle soit une personne humaine en l'enfermant dans un vêtement qui n'en fait plus qu'une espèce.

 

Dois-je ajouter que je partage totalement l'argumentation de Catherine Kintzler ?

29.05.2009

Le surréalisme

Le mouvement surréaliste naquit de la première guerre mondiale et connut son plein éclat jusqu'à la veille de la seconde. Même si André Breton a tenté de le faire revivre à son retour des Etats-Unis en 1946, le surréalisme ne retrouva plus l'écho et l'influence qu'il avait entre les deux guerres. Surtout, aucun artiste d'envergure de l'époque ne passa par ses rangs. En revanche, entre-deux-guerre, beaucoup de grands noms participèrent au mouvement, ou eurent des relations amicales avec lui. Citer quelques uns de ces artistes donne une idée de la fécondité du mouvement. En littérature, André Breton, Louis Aragon, Paul Eluard, Raymond Queneau, René Char et Julien Gracq firent partie du groupe. Du côté des arts graphiques, on citera Francis Picabia, Georgio de Chirico, Joan Miro, Salvador Dali, André Masson et Marcel Duchamp. Picasso était déjà maître de son propre style. Il était apprécié des surréalistes, mais ne faisait pas partie du groupe. Pour terminer cette liste, rappelons qu'un photographe comme Man Ray ou un cinéaste comme Bunuel (en association avec Dali) furent aussi, un moment, surréalistes. Citer tous ces noms, au delà de la célébrité acquise et du succès rencontré, illustre un des aspects majeurs du surréalisme. Fondé par des écrivains qui en élaborèrent la doctrine, le surréalisme n'est pas un mouvement purement littéraire. Dès le début, il s'élargit aux arts graphiques, fabrication d'objets divers, photographie et cinéma. Il fut l'un des premiers à parler d'art à propos d'objets en provenance de cultures non occidentales, d'Afrique ou d'Océanie. En revanche, il s'intéressa peu à la musique même si Georges Auric fit un bref passage dans ses rangs. Il rejetait le roman, et surtout le théâtre considéré comme une activité purement commerciale.

 

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Comment se définit le surréalisme ? Le mieux est sans doute de se reporter à la définition qu'en donne André Breton dans le « Premier manifeste du surréalisme » « Surréalisme : Automatisme psychique pur par lequel on se propose d'exprimer, soit oralement, soit par écrit, soit de toute autre manière, le fonctionnement réel de la pensée. Dictée de la pensée, en l'absence de toute préoccupation esthétique ou morale. Le surréalisme repose sur la croyance en la réalité supérieure de certaines formes d'association négligées jusqu'à lui, à la toute puissance du rêve, au jeu désintéressé de la pensée. Il tend à ruiner définitivement tous les autres mécanismes psychiques et à se substituer à eux dans la résolution des principaux problèmes de la vie ». C'est ainsi que naquit une des premières oeuvres du surréalisme : « Les champs magnétiques », exercice d'écriture automatique co-écrit par André Breton et Philippe Soupault. L'examen du manuscrit montre pourtant que, dès son origine, la théorie était contournée. Les pages de Philippe Soupault sont écrites d'un seul trait quand celles de Breton sont couvertes de ratures. La volonté d'ouvrir toutes les vannes de la pensée est bien réelle, mais celle-ci est néanmoins corrigée et contrôlée par des préoccupations esthétiques. Breton était bien conscient que l'automatisme pur pouvait laisser la place à du n'importe-quoi sans consistance ni valeur, ou encore à une bouillie de mots inaccessible.

 

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Mais plutôt que d'examiner les limites d'une telle démarche, intéressons-nous à sa fécondité. « Dictée de la pensée », le surréalisme est absolument antinomique à toute imitation ou représentation du monde extérieur. C'est un mouvement qui part de l'homme pour produire une autre réalité, qualifiée de supérieure, d'où son appellation de surréalisme. Ce n'est pas une tentative de capture ou de représentation du monde extérieur qui l'intéresse, ce sont les expressions, théoriquement pures de ce qui se passe dans notre cerveau. On trouvera là une relation très étroite avec la psychanalyse. Le surréalisme a toujours voulu rentrer en contact avec Freud. Et si celui-ci est resté méfiant à son égard, les surréalistes ont été fortement influencés par ses théories. La démarche surréaliste est extrêmement proche de la cure psychanalytique en ce qu'elle tend à laisser jaillir sans contrôle le « jeu désintéressé de la pensée ». Le surréalisme en attend une expression artistique, là où la psychanalyse en espère la libération de noeuds inconscients qui nous contraignent. Mais il n'y a pas de psychanalyste en surréalisme, pas de personne qui sache interpréter les paroles du patient. C'est au public que revient ce rôle, dont on espère qu'il saura, lui aussi, lire derrière des associations improbables, la vérité non fardée de son auteur. Pour autant, la définition du surréalisme donnée par Breton ne parle pas d'expression artistique. Elle se veut un moyen au service de « la résolution des principaux problèmes de la vie ». Le surréalisme se manifestera par des oeuvres ; sa définition est plus large et laisse la place à toute expression des différentes formes de la pensée, sans préjuger du résultat. C'est probablement en ce sens qu'il est le plus riche. Il fait confiance en chacun pour qu'une expression libérée de tout contrôle produise de l'inattendu, qui pourra peut-être être apprécié par d'autres en tant qu'oeuvre d'art. Là où il se sépare de la psychanalyse est dans la notion de collectif. La psychanalyse s'est clairement intéressée aux associations inopinées qui peuvent jaillir d'une parole sans contrainte, elle a vu dans les actes manqués la révélation d'un inconscient à la fois masqué comme agissant puissamment dans nos vies. Mais elle ne prend en compte que la parole d'un individu. Elle se limite à lui seul, uniquement par le biais de l'expression orale. Le surréalisme veut aller plus loin, et s'intéresse à toute forme d'expression «soit oralement, soit par écrit, soit de toute autre manière». Il prône la création collective et multi-disciplinaire. Nous avons déjà évoqué la création collective des « Champs magnétiques », à deux auteurs. On pourrait également cité « Nadja », illustré par des photos de Man Ray, « Clair de Terre », qui paraîtra avec une eau-forte de Picasso ou encore le « Second manifeste du surréalisme », orné d'un frontispice de Dali. Le surréalisme se fera connaître par de multiples expositions. Ces expositions sont considérées comme des oeuvres d'art, elles associent des poèmes, des peintures, des objets de toute sorte, elles sont annoncées par des affiches également créées et décorées par l'association des écrivains et des peintres. Il se diffuse également par l'intermédiaire de nombreuses revues qui proposent un mélange de textes et de représentations graphiques. Enfin le surréalisme se manifeste, souvent bruyamment, par des manifestations de tous ordres : réunion à l 'église de Saint Julien le Pauvre ("visite à travers Paris de lieux volontairement dérisoires"), procès intenté à Maurice Barrès. Toutes ces actions que l'on nommerait aujourd'hui « happening » faisaient pleinement partie de l'expression surréaliste.

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En tant que « moyen de résolution des principaux problème de la vie », le surréalisme ne pouvait manquer d'avoir affaire avec la politique. On a vu que le mouvement naquit à la fin de la première guerre mondiale. Il ne s'agit pas seulement d'une coïncidence de dates, puisque Breton, Aragon et les fondateurs du groupe avaient vingt ans pendant la guerre. Le surréalisme s'est fondé aussi contre cette guerre. Marqué par l'horreur du conflit auquel il participa, Breton réagit par un geste de révolte contre l'asservissement de toute une civilisation qui avait permis et même encouragé ce désastre. Il ne pardonnait pas, surtout, l'attitude de la plupart des intellectuels qui s'étaient ralliés à un discours de propagande patriotique qu'il jugeait indigne. Toute sa vie, il crachera sur le drapeau, l'uniforme, ira jusqu'à crier « Vive l'Allemagne, à bas la France ». De son côté, Aragon écrira, dans sont « Traité du style », qu'il « conchie l'armée française dans sa totalité ». La révolte politique est une des sources du surréalisme, elle sera la cause de sa dispersion. La liberté totale d'expression individuelle et collective qu'il prônait ne pouvait s'affranchir d'une réflexion politique. S'il a brièvement adhéré au parti communiste, Breton n'a jamais accepté de se soumettre aux contingences, voire aux compromissions du combat politique. Quand Pierre Naville, rallié au parti communiste, affirmait que le prolétariat n'attendait rien d'autres des poètes et des artistes qu'une « aide de techniciens et d'hommes habitués aux besognes de plume », Breton jugeait le programme communiste comme un programme minimum limité à la défense d'intérêts matériels, alors que le surréalisme est « une sommation totale ». D'autres membres du groupe prirent le chemin de l'engagement politique, avec Aragon d'abord, puis Eluard qui adhérèrent au parti communiste pour ne plus le quitter, et prirent part à la Résistance. René Char, sans adhérer au parti, était le chef d'un maquis du Lubéron. Il en tira un de ses plus beaux ouvrages « Les feuillets d'Hypnos », qui allie l'expression poétique au combat pour la libération des hommes. Il y a là, sans doute, un des sommets d'une poésie, non pas au service d'une cause, mais qui accompagne et magnifie l'action d'hommes de toutes provenances combattant pour leur libération : « Je veillerai à ce qu'ils soient chaussés comme des dieux », dit-il de ces êtres « sylvestres ». Pendant ce temps Breton, en exil à New-York, continuait à se livrer au jeu des « cadavres exquis ». Cette association de mots, dont on espère faire jaillir un pouvoir poétique nouveau, de l'association inopinée de mots jetés au hasard paraissait aux yeux de ses anciens compagnons comme un jeu inconséquent et irresponsable. En refusant de voir le tragique de la situation politique, Breton s'exposait à être taxé de dandysme. De leur côté, certains poèmes d'Aragon démontrent un servilité à l'égard des dirigeants communistes qui trahit toute ambition poétique.

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Qu'apporte donc le surréalisme en terme d'expression artistique ? On peut noter que le terme même d'art est absent de la définition du surréalisme. Il « cherche à résoudre les problèmes de la vie », par l'expression libre de la pensée. S'il se manifeste surtout par l'activité artistique, c'est grâce à une extension sans limites de la notion d'art. Marcel Duchamp exposait son urinoir en proclamant « c'est de l'art ». L'art est ainsi affirmé par son créateur en dehors de toute règle établie. C'est lui qui donne un statut artistique à sa production. Libre au spectateur d'accepter et de considérer l'oeuvre comme l'étant. Par cette revendication le surréalisme ouvre l'art à de multiples formes d'expression qui en étaient exclues. On a vu qu'il se manifestait par des moyens traditionnels (poésie, peinture, photographie, cinéma) mais aussi par la création d'objets de toutes sortes tels que collages, découpages, ou objets en sable. L'art, d'après le surréalisme, peut être partout tant qu'il est une expression authentique de son auteur. Si l'on s'en tient à la définition classique de Kant du « beau qui plait universellement sans concept », on comprend que le surréalisme ne cherche pas le beau dans ce sens. Kant voyait dans la beauté un moyen de communication direct entre les hommes sans passer par le détour d'un concept, d'une idée ou de l'objet. C'est pourquoi le jugement de goût a ce caractère universel qui fait que mon sentiment peut être partagé par d'autres. Quand il l'est, c'est bien que nous avons l'un et l'autre été émus par la beauté de l'objet artistique. Le surréalisme ne cherche pas à plaire, il cherche au contraire le scandale, et ne rechigne pas à repousser le spectateur. Il n'a aucune prétention à l'universel, mais au contraire, il magnifie le particulier jusqu'à l'incompréhensible. Il ne vise pas le beau, il n'a pas de préoccupation esthétique. Il cherche à révéler une réalité suprême supérieure à celle, banale à ses yeux, que nous donne à voir nos propres sens. Toujours à la recherche de l'inattendu, c'est sans doute dans la trecherche d'association que l'on peut mieux le définir. Association entre les différentes disciplines, on l'a vu, et association d'images. Mais celles-ci ne doivent pas être convenues, proches de la réalité visible. Elles doivent au contraire s'en écarter pour faire jaillir une nouvelle lumière. Toujours dans le « Manifeste du surréalisme », Breton déclarait : « La valeur de l’image dépend de la beauté de l’étincelle obtenue ; elle est, par conséquent, fonction de la différence de potentiel entre les deux conducteurs. Lorsque cette différence existe à peine comme dans la comparaison, l’étincelle ne se produit pas. Or il n’est pas, à mon sens, au breton-poupee-hopie.jpgpouvoir de l’homme de concerter le rapprochement de deux réalités si distantes. Le principe d’association des idées, tel qu’il nous apparaît, s’y oppose. Force est donc bien d’admettre que les deux termes de l’image ne sont pas déduits l’un de l’autre par l’esprit en vue de l’étincelle à produire, qu’ils sont les produits simultanés de l’activité que j’appelle surréaliste, la raison se bornant à constater, et à apprécier le phénomène lumineux. » La préoccupation esthétique est finalement reconnue dans ces lignes. Mais elle ne se manifeste qu'après l'acte créateur. Elle n'est pas visée d'abord, elle peut apparaître après. On voit facilement la richesse de la démarche, qui sans aucune contrainte, peut finalement créer la beauté là où on ne l'attendait pas. Ce n'est pas ici une beauté séduisante qui cherche à plaire mais plutôt une beauté qui provient de l'étonnement, de la joie de la surprise. Il faudrait donc laisser venir à l'esprit deux idées, deux images, deux phénomènes qui n'ont rien à voir. Et c'est justement ce « rien à voir » apparent qui pourra donner à voir et ressentir une réalité nouvelle et supérieure. Le surréalisme laisse la porte ouverte à n'importe qui revendiquant son art. Il casse tous les codes et donne à voir ce qui naguère n'avait pas sa chance, était sous-estimé voire méprisé. C'est ainsi qu'il fut un des premiers à reconnaître dans les arts premiers une force d'expression brute rendue possible par un acte créatif qui s'est plus attaché à créer cette émotion plutôt qu'à raffiner sans cesse une technique de représentation du monde vouée de toutes façons à l'imperfection de son résultat. Le surréalisme n'a pas d'a priori et ouvre l'espace de l'art à une infinité de possibilités et de créateurs là où certains voulaient le cantonner aux disciplines traditionnelles. C'est là sans doute son principal mérite, et l'on a déjà cité quelques grands noms parmi de nombreux autres qui passèrent par ses rangs.

 

Mais, plusieurs écueils guettent cette démarche. La surprise s'émousse vite, et l'émotion ressentie devant une « première fois », se transforme vite en lassitude blasée. Combien d'essais, de créations qui tournent à vide, avant que surgisse le miracle improbable d'une nouveau phénomène lumineux. Pour reprendre la comparaison de Breton de l'étincelle entre deux conducteurs, celle-ci pourra être brillante, soudaine, foudroyante dans le meilleur des cas. Mais si les conducteurs sont vraiment trop loin, le courant ne passe plus et l'on se retrouve en face du vide. A n'accepter aucun filtre à la création, le surréalisme s'expose au bavardage. Le bavard parle pour ne rien dire, en laissant s'exprimer librement « tout ce qui lui passe par la tête ». Liberté totale d'expression et donc possibilité de la nouveauté peuvent facilement se transformer en non-sens pour le lecteur ou le spectateur. « La parole, est faite pour ceux qui écoutent, et les bavards n'écoutent personne, comme ils sont toujours en train de parler » disait Plutarque dans son Traité sur le bavardage. Le surréalisme est fait pour ceux qui le créent, ils ne se préoccupent guère de ses interlocuteurs, auxquels il cherche plus à s'imposer plutôt qu'à les convaincre. Il est symptomatique que le surréalisme se soit aussi manifesté par des actions violentes contre qui ne partageaient pas ses choix. Les pseudo-procès, les injures, les expéditions punitives - contre un café qui avait eu l'audace de s'appeler Maldoror - montrent sans doute qu'ils se faisaient une haute idée de l'art, mais aussi sans égard pour qui déviaient de la ligne ou prenaient un autre chemin. A contrario, l'absence de règles peut conduire au silence et à l'impuissance. Devant l'infinité des possibles, le créateur peut être perdu puis paralysé. Non guidé par des contraintes de représentation, une technique imposée ou des règles esthétiques, il finit parfois par théoriser son impuissance. Monochromes, carré noir sur fond blanc, ou sur fond noir, témoignent d'une stérilité peut-être due à l'absence de contraintes.

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J'ai évoqué les nombreux artistes qui furent, un temps, surréalistes. Ils avaient besoin de créer leur oeuvre et leur style personnel après ce passage. C'est peut-être de cette éclosion de talents si divers que le surréalisme peut tirer le plus de gloire. Certains continuaient à s'inspirer de ses leçons tout en rejetant son côté tyrannique. D'autres partirent sur des voies radicalement opposées. L'exemple le plus frappant est sans doute celui de Raymond Queneau qui fonde l'OULIPO (Ouvroir de Littérature Potentielle) sur des principes radicalement opposés. A l'absence de règles il oppose la définition de contraintes formelles très précises dont on espère que la résolution sera l'occasion d'une création inattendue. Un de ses membres, Georges Perec disait «  Au fond, je me donne des règles pour être totalement libre ». « La vie mode d'emploi », qui est son oeuvre la plus réussie, est ainsi bâtie sur le modèle d'un immeuble dont Georges Perec va parcourir chaque appartement en suivant le parcours du cavalier du jeu d'échecs. Chaque étape sera l'occasion d'une histoire particulière mais qui rentre en résonance avec le projet du personnage principal. Celui-ci s'est fixé pour objectif d'apprendre l'aquarelle pendant dix ans, puis de peindre des bords de mer de tous les continents pendant vingt ans. Chaque aquarelle est envoyé à un artisan qui en découpe un puzzle, et notre héros passera les dernières années de sa vie à reconstituer les puzzles. De l'arbitraire de ces règles s'écrit un roman (DES romans, comme l'indique le sous-titre de « La vie mode d'emploi ») profondément original. Les contraintes posées par l'auteur ne sont évidemment pas vues en première lecture. Notre plaisir en est redoublé quand nous commençons à découvrir « comment c'est fait ». L'artiste qui se donne à lui-même ses propres règles (non celles d'une quelconque académie) y trouve à coup sûr plus de richesses que dans l'infini des possibles dont il ne sait que faire.

27.05.2009

Fin de crise ?

Le creux de la vague est proche, mais la reprise incertaine estime Paul Krugman : Analyse semi-optimiste puisque d'après le célèbre économiste, la chute de l'activité serait sur le point de se ralentir, voire de s'arrêter. Pour autant, on ne peut garantir une reprise, même molle, et Krugman pencherait plutôt pour une longue période de stagnation.

Autre son de cloche chez Paul Jorion qui a intérrogé un banquier français qui veut rester anonyme. Extraits :

"Cela veut donc dire que les mauvais résultats vont continuer d’apparaître. A-t-on pris la pleine mesure des dégâts ?

Non : il y a encore en France, beaucoup de très mauvais résultats à venir. Et ce n’est pas seulement la France : c’est vrai pour l’Europe en général.

Peut-on dire – comme on l’entend répéter ces jours-ci – que la situation s’améliore dans le domaine financier ou est-elle encore en train de s’aggraver ?

La situation s’aggrave encore."

 

Qui croire ? Aucun n'annonce clairement de reprise. Il s'agit de savoir si la chute continue ou si l'on atteint une section plus plate.

Quant à moi, je continue à rester dubitatif, car je ne vois nulle part que cette reprise attendue soit basée sur un autre modèle que celui qui vient de s'écrouler. Quel est ce modèle ? En résumé, on a délégué la partie matérielle, de fabrication à faible valeur ajoutée, vers les pays à bas salaires. L'Occident se réserve la part réputée noble de conception et invente une nouvelle économie basée sur la finance. On s'aperçoit aujourd'hui que cette économie financière était largement basée sur des systèmes de "cavalerie" pour ne pas dire d'escoquerie pure et simple. Des pays entiers ont basé leur croissance sur ce système : L'Islande ruinée, et dans une moindre mesure les Etats-Unis, le Royaume Uni ou l'Espagne. Comment vont-ils retrouver les niveaux de croissance dont ils ont besoin pour financer leur économie, et rembourser les tonnes d'argent injectés dans le système en perdition ?

  • Sur les bases de l'ancien modèle : il est mort
  • Sur un nouveau : Il n'est pas né

Continuation de la chute ou longue stagnation continueront à être notre horizon économique pour de nombreuses années

 


 

04.05.2009

Quand Oracle rachète Sun

Après les discussions avortées avec IBM, c'est donc Oracle qui remporte la mise pour 7,4 milliards de dollars. En tant qu'employé de Sun, je n'ai pas de commentaires particuliers à faire, et d'ailleurs nous n'avons pas plus d'informations que ce qui peut circuler sur le Web. Comme beaucoup, on se demande ce que va devenir l'activité matérielle. On parle beaucoup de Solaris, de Java de MySql qui sont le logiciels les plus visibles et les plus connus de Sun, mais ce ne sont pas ces activités qui font le chiffre d'affaires. Celui-ci est très largement lié à la vente de matériels (serveurs et stockage) et au support associé. Sun n'a pas réussi à enrayer le déclin de cette activité par une offre logicielle attrayante mais dont il n'a jamais pu tirer un chiffre d'affaires capable d'en prendre le relais.

Au delà des divers commentaires, il est sans doute intéressant de s'informer à la source, comme sur ce communiqué officiel déposé auprès des autorités boursières

Ce communiqué résume les principaux aspects du rachat :

- Product Overview and strategy

- Customers and partners

- Business Continuity

On a pensé à tout : les produits, les clients, les partenaires, la continuité de l'activité, tout ce qui fait la vie d'une entreprise. C'est sans doute un oubli s'il n'y a pas de chapitre concernant les employés.

09.03.2009

Professionnels - Amateurs : c'est toujours la même histoire

Polit'bistro est un nouveau blog qui s'occupe de sciences politiques, blog que j'ai repéré grâce à Arthur Goldhammer qui tient le blog French Politics, dont le titre dit tout de son sujet.

Polit'bistro commente un article du Monde , article qualifié de torchon. Un torchon article sans grand intérêt qui reprend l'éternellle distinction entre le journaliste professionnel, sérieux, fiable, encarté et le bloggeur amateur, égocentrique et imprévisible. Peu importe le fond de cet article qu'on a déjà lu 10 000 fois ailleurs, mais qui n'est pas plus mauvais que d'autres. De toutes façons, sur ce sujet, il vaut mieux aller chez Narvic.

Ce qui intéresse Polit'bistro, c'est le phénomène sociologique qu'on lit à livre ouvert derrière ce type d'article, ce que les anglo-saxons appellent le boundary-work, ou comment une corporation se défend contre les tentatives d'intrusion. Il s'agit pour cette corporation de construire tout un ensemble de règles, de coutumes et de critères qui n'appartiennent qu'à elles et lui permettent de rejeter tous ceux qui exercent une activité similaire, mais sans respecter ces règles. Le journaliste se proclame donc professionnel suivant des règles déontologiques qui marquent sa différence avec les bloggeurs forcément incontrôlables.

Ce n'est pas forcément négatif qu'il existe ce genre de frontière entre les professionnels et les amateurs. On aime bien que son médecin soit effectivement docteur en médecine et n'ait pas volé ses diplomes. On est rassuré si le pilote a déjà quelques heures de vols.

Ce qui est intéressant dans la réaction, de type réflexe, des journalistes face au phénomène des blogs, c'est qu'elle reproduit exactement ce type de discours de la corporation bien installée face à la menace d'une concurrence montante.

On a vu ça de multiples fois :

- Dans les années 60 lorsque la vague des chanteurs “yéyé” était taxée de braillards incultes par les gloires déclinantes de la “chanson française” à texte.

- Dans les mêmes années 60 lorqu’on parlait de l’économie montante du Japon. A l’époque on en parlait comme de purs copieurs qui produisaient des montres au kilo, incapables de toute innovation.

- C’est exactement le même discours qui est tenu aujourd’hui à l’égard de la Chine, où l’on cherche à se rassurer en faisant mine de croire qu’on leur délègue la simple fabrication, mais que la conception, le savoir faire, et donc l’intelligence reste chez nous.

Le journalisme officiel et encarté ne peut que réagir de cette manière face à la montée de nouveaux moyens d’expression qui menacent son monopole. Dans le futur, il sera intéressant d’observer si les blogs eux-mêmes ne seront pas classifiés en blogs sérieux, influenceurs, professionnels, et le reste. C’est déjà fait en ce qui concerne les skyblogs, rejetés dans les ténèbres de l’expression adolescente sans contenu ni intérêt. Y a-t-il un bloggeur sérieux qui ne parle des skyblogs dans les mêmes termes et avec les mêmes réflexes que ce journaliste à l’égard des blogs ?

04.03.2009

Une découverte étonnante

Le Figaro nous l'apprend : L'alcool à l'écran nous incite à boire.

Ils s'y sont mis à deux équipes : des chercheurs hollandais et des chercheurs canadiens. Prenons quatre groupes d'étudiants (pourquoi des étudiants ?) et soumettons-les à différentes projections.

Deux groupes regardent un fim au cours duquel les acteurs boivent à dix-huit reprises de l'alcool. L'un des deux groupes aura droit, en plus, à une coupure publicitaire pour une boisson alcoolisée.

Les deux autres groupes regardent un autre film, pendant lequel on ne boit que trois fois. De la même manière, l'un des groupes aura la coupure publicitaire.

Devinez les résultats : c'est évidemment le groupe, qui regarde le film buveur et la publicité, qui consomme le plus de boisson alcoolisée mis à disposition dans le frigo. Etonnant, non :

«Notre étude montre clairement que les films et les publicités ont un effet incitatif sur les comportements de consommation d'alcool dans la société, pour les non-dépendants mais aussi pour les alcooliques, estime Rutger Engels, auteur principal de l'article et ­professeur de psychopathologie à l'université Radboud de Nimègue, aux Pays-Bas. Cela pourrait impliquer qu'en regardant une publicité pour une marque de bière donnée, vous allez plus souvent acheter cette marque ensuite au supermarché.»

Eh oui !! la publicité nous influence. Quelle découverte, bravo professeur !! Le professeur Engels devrait compléter son étude en étudiant les effets d'un film fumeur sur la consommation de tabac, ou d'un film érotique sur l'excitation des spectateurs. Sans oublier si la vision d'un documentaire sur la vie paradisiaque (??) à Tahiti, projetée pendant ce mois de février maussade, ne nous fait pas rêver à un ciel un peu plus riant. N'oublions pas les enquêtes sur la vie des "people" - amour, argent, gloire et beauté - qui parfois nous rendent envieux. Faisons un autre test : projetons la série des films Taxi (1, 2 , 3, 4), et vérifions l'effet sur le mode de conduite de nos étudiants (mais pourquoi des étudiants ?). Je parie que tous les radars de la République vont chauffer au rouge.

Il faut donc agir : après avoir supprimer la cigarette de Lucky Luke, arracher la clope du bec de Jean-Paul Sartre (c'est fait : post mortem), la bague de Rachida Dati (on l'a fait : à la une du Figaro) il faut interdire le whisky au capitaine Haddock, couper toutes les séquences d'ivresse dans "Un singe en hiver" (avec Gabin et Belmondo), flouter "La traversée de Paris" pour cause de transport de cochonaille, et donc de cholestérol (encore Gabin). En fait il faut retirer de la circulation tous les fims de Gabin, Bogart et consorts. Il faut interdire tous les spectacles, ils représentent la vie, et la vie est dangereuse, la vie est une maladie sexuellement transmissible constamment mortelle.

Tout ça fait penser à cette petite histoire. Aux USA, un mineur (encore un étudiant peut-être) arrive dans un supermarché : "Je voudrais un revolver et cinq boîtes de cartouches, et puis un paquet de cigarettes". Et le vendeur répond : "Tes parents ne t'ont pas dit que c'est dangereux de fumer ?"

26.02.2009

Plus on en sait, plus on est pareil

Notre ancêtre avait peur. Peur des phénomènes naturels qu'il ne comprenait pas, peur d'animaux féroces beaucoup plus forts que lui. Pourtant notre ancêtre prit conscience de sa différence et proclamât sa radicale différence avec le monde, avec l'animal, avec d'autres membres de l'espèce humaine : les femmes, les esclaves, les étrangers. Tout ce qui n'était pas lui.

Et puis l'homme prit le pouvoir et devint maître du monde en le comprenant de mieux en mieux, en le mettant à son service. Nous sommes aujourd'hui les maîtres du monde, sans concurrence aucune, et n'avons plus peur de rien que de nous-mêmes.

Dans le même temps, les indices s'accumulent d'une certaine continuité dans le règne animal dont nous faisons partie intégrante. Si rupture il y a entre l'homme et l'animal, elle est de moins en moins nette, de moins en moins visible. Elle est de plus en plus une question de quantité et non de qualité. Les animaux souffrent, ont des émotions, des joies, des peines. On peut trouver des traces de sentiments vis à vis de la mort de leurs congénères. Certains singes bonobos peuvent apprendre plus de 500 mots et en transmettre à leurs descendants.

Freud racontait déjà cette histoire de l'homme, qui se découvre de moins en moins unique :

"Dans le cours des siècles, la science a infligé à l'égoïsme naïf de l'humanité deux graves démentis. La première fois, ce fut lorsqu'elle a montré que la terre, loin d'être le centre de l'univers, ne forme qu'une parcelle insignifiante du système cosmique dont nous pouvons à peine nous représenter la grandeur. Cette première démonstration se rattache pour nous au nom de Copernic, bien que la science alexandrine ait déjà annoncé quelque chose de semblable. Le second démenti fut infligé à l'humanité par la recherche biologique, lorsqu'elle a réduit à rien les prétentions de l'homme à une place privilégiée dans l'ordre de la création, en établissant sa descendance du règne animal et en montrant l'indestructibilité de sa nature animale. Cette dernière révolution s'est accomplie de nos jours, à la suite des travaux de Ch. Darwin, de Wallace et de leurs prédécesseurs, travaux qui ont provoqué la résistance la plus acharnée des contemporains. Un troisième démenti sera infligé à la mégalomanie humaine par la recherche psychologique de nos jours qui se propose de montrer au moi qu'il n'est seulement pas maître dans sa propre maison, qu'il en est réduit à se contenter de renseignements rares et fragmentaires sur ce qui se passe, en dehors de sa conscience, dans sa vie psychique."

Pour se rassurer, on rédéfinit de manière toujours plus fine le domaine exclusif de l'homme. Nous seuls serions capables d'exprimer des idées et pas seulement des besoins, de nous projeter vers l'avenir, d'avoir conscience de nous-mêmes et de notre mort certaine.

L'homme prit le pouvoir et devint maître du monde. C'est à ce moment où il devrait jouir de sa connaissance tellement plus étendue et de sa toute puissance, qu'il prend conscience qu'il n'est pas si différent de l'environnement qu'il a mis en esclavage. L'ADN est partout et joue le même rôle, de la bactérie jusqu'à l'homme. Et pourquoi jusqu'à ? Il joue le même rôle pour la bactérie comme pour l'homme et le puceron.

Toute puissance de l'homme et de son savoir, et retour de l'homme à sa banalité d'animal, peut-être de système biologique identique aux autres. Plus on en sait, plus on est pareil. La concomitance  historique est frappante. Mais je n'arrive pas à y voir qu'une coïncidence, sans pourtant discerner le lien entre les deux.

19.02.2009

Heureusement il reste le café

Grâce  à cette brochure, on peut apprendre tous les bons moyens d'attraper un cancer. Le vin, jusque là responsable du paradoxe français, est désormais interdit, même à faible dose. En fait, le vin est surtout bon pour la prévention des maladies cardio-vasculaires -  pour l'instant !!

Il nous reste le café. Dans la section : questions fréquemment posées de cette brochure :

Le café donne-t-il le cancer ?
> Non.
Pourquoi ?
L’effet de la consommation de café sur le risque de cancers a été examiné dans de nombreuses études, en particulier pour le cancer du pancréas. Dans le cadre du rapport WCRF/AICR 2007, la relation entre consommation de café et le risque de cancers du pancréas et du rein a été évaluée. L’effet de la consommation de café sur le risque de ces deux cancers est considéré comme
peu probable.

Je note que l'on ne répond pas à la question pourquoi ? On dit juste qu'une étude n'a rien prouvé. C'est donc encore possible. La prochaine étude le prouvera certainement. Dépêchons-nous donc de boire notre (nos) café quotidien avant d'apprendre qu'il est aussi cancérigène.

J'avais cru comprendre que le café était mauvais, justement pour le coeur. Il faut donc alterner : on compensera le café par un peu de vin pour combattre les maladies cardio-vasculaires, puis une tasse de café pour combattre les effets du vin sur le cancer. Boire ou mourir, il faut choisir. Que prenez-vous aujourd'hui ? une dose de cardio-vasculaire ou une bonne rasade de cancer.

Quant à moi, j'ai choisi. Le cancer c'est l'angoisse de l'attraper qui nous ronge et nous le donne avant même qu'il ne soit là.

En attendant, vivons un peu.

13.02.2009

Principes d'inertie

Galilée a donné son nom au principe d'inertie en physique.  Un point matériel abandonné à lui-même (et suffisamment éloigné de tous les autres points) effectue un mouvement rectiligne uniforme. Le mouvement est l'état stable et l'immobilité l'exception. Ce qui fait dire à Bergson (La pensée et le mouvant) que "La science moderne date du jour où l'on érigea la mobilité en réalité indépendante. Elle date du jour où Galilée, faisant rouler une bille sur un plan incliné, prit la ferme résolution d'étudier ce mouvement de haut en bas pour lui-même, en lui-même, au lieu d'en chercher le principe dans les concepts du haut et du bas, deux immobilités par lesquelles Aristote croyait en expliquer suffisamment la mobilité."

Rien n'a changé dans le mouvement de la bille. Elle garde la même direction et la même vitesse. Ce n'est donc pas le monde qui change avec Galilée, mais Galilée lui-même, et nous avec lui, qui prenons la ferme résolution de voir le monde différemment. Avec Galilée, Copernic et Newton, la science moderne naît, qui de cette nouvelle façon de voir le monde renverra la terre du centre de l'univers à sa place banale de planète parmi d'autres. Du coup, l'homme passe d'un monde clos à l'univers infini.

Par la même occasion, la conception fixiste d'Aristote est battue en brèche, rendant pensable la notion même de mouvement, de changement des mentalités, et de révolution scientifique. Désormais, c'est le mouvement qui est naturel. Galilée déverouille tout le Moyen-Age, et pas seulement du point de vue scientifique. L'Eglise ne s'y trompa point. L'immobilité était sagesse, stabilité, respect des traditions et des anciens. Elle  devient immobilisme, stagnation, routine. Qui n'avance pas recule, le progrès comme la croissance : de l'économie, de la population, de la consommation d'énergie, est l'état stable et normal. La croissance économique doit continuer, sans but, sans que plus personne n'en attende une vie meilleure. Mais elle doit se poursuivre, sous peine d'écroulement du système.

Tant que l'univers est infini, les courbes de croissance peuvent se poursuivre sans crainte de rencontrer de barrières. Mais nous savons désormais que notre terre est close. Nous voilà dans la situation du prisonnier, confiné dans son espace, qui a connaissance de l'univers infini, sans pouvoir en jouir, ni l'exploiter.

La croissance économique, basée sur les produits matériels, apparaissant limitée par les ressources de la terre, on invente la croissance virtuelle de l'économie financière. On a cru alors, avoir repoussé les limites du monde matériel en développant une activité qui s'entretient elle-même par création de produits dérivés qui se dérivent eux-mêmes à l'infini, puis se dispersent en ayant perdu leurs racines et leur raison d'être.

Patatras, tout retombe dans l'inconsistance d'une croissance qui s'entretenait de sa propre inertie, sans reposer sur un point d'appui qui la soutienne fermement. Se pose-t-on la question de la croissance pour la croissance, de l'épuisement des ressources naturelles ? Parfois, mais de manière accessoire. Il s'agit d'abord de retrouver la bonne courbe, celle qui doit reprendre sa course vers le haut en ignorant le mur qui se rapproche de plus en plus. Notre Président est l'incarnation de ce point matériel abandonné à lui-même qui croit être maître de son mouvement quand il ne fait que suivre son principe d'inertie. Comme le dit Malakine, (dans un autre contexte : celui de la réforme des universités) "On retrouve également son obsession du bougisme, la réforme pour la réforme, l'action pour la posture volontarisme, la polémique comme preuve du courage politique. Chez Sarkozy, une réforme n'est jamais une réponse à un problème identifié. Elle se justifie en elle-même"

On ne reviendra pas à l'immobilité. D'ailleurs laquelle ? Il faut prendre en considération le force qui entretient ce mouvement. Car nous ne sommes pas un mobile circulant dans le vide, qui se suffit de son impulsion première. Notre mouvement consomme de la force et de l'énergie. Il s'agit maintenant de diminuer les frottements pour consommer moins, et récupérer les forces que nous consommons.

26.01.2009

Branchez vous sur l'électricité du Sahara

 

Sahara_satellite.jpg

Le Sahara, c'est très grand, il n'y a pas grand monde et il y fait très chaud. Et puis ce n'est pas si loin. Voilà qui en fait peut être un bon candidat pour une centrale solaire gigantesque. 8,6 millions de Km², c'est plus de 15 fois la superfice de la France,  grillée par le soleil qui ne chauffe que les scorpions et les caravanes qui passent. On pourrait peut-être en tirer partie pour nous. Inépuisable, renouvelable et propre, c'est le soleil du Sahara. De savants calculs le prouvent : En théorie, un  morceau du Sahara de 90 000 Km², plus petit que le Portugal et un peu plus de 1% de sa superficie totale,  pourrait donner la même quantité d'électricité que les centrales électriques  du monde réunis. Un petit carré de 15500 km ² pourrait fournir de l'électricité pour l'Europe de 500 millions de personnes. C'est ce qu'affirme cet article de Time Magazine.

L'énergie est là. Il ne reste plus qu'à l'exploiter. Ce qui n'est pas simple. Il semblerait que le meilleur système, toujours d'après Time, serait un processus intitulé CSP (Concentrating Solar Power) qui concentre la chaleur du soleil pour faire bouillir de l'eau et fonctionner des turbines électriques. De l'eau en plein Sahara, pas de problèmes !! Il suffit d'utiliser des zones du désert sous le niveau de la mer et d'amener l'eau de la mer dans ces dépressions pour les faire bouillir. Ca sent le projet fumeux (c'est le cas de le dire) d'un ingénieur survolté. Passons, et..

Supposons que l'on ait résolu le problème de la fabrication d'électricité, il faut encore le transporter vers l'Europe. Tout ça coûterait très cher, sans doute à un prix de revient supérieur aux systèmes actuels. 465 Milliards de dollars dans les prochains 40 ans, nous dit-on. En fait, on n'en sait rien évidemment. Plus cher aujourd'hui, sans doute, mais propre, inépuisable et couvrant largement nos besoins. Ce qui en fait un sujet d'étude plus qu'intéressant. Comme le dit, l'un des promoteurs de cette idée : Il faut commencer, utiliser la méthode du Lego, pièce par pièce et montrer que cela peut être rentable.

 

20.01.2009

La sortie de Dick Cheyney

cheney.jpgPlus peut-être que George W Bush, c'est le vice président Cheney qui symbolisait une certaine arrogance stupide de l'administration qui quitte sans gloire la Maison Blanche.

Dick Cheney s'en va en fauteuil roulant après s'être blessé en déménageant ses affaires. Tout un symbole


Sun et l'Open Source

Un dossier complet sur ce sujet est paru sur silicon.fr. Le virage de Sun (mon employeur) vers une stratégie Open Source est maintenant quasiment achevé. De Solaris à MySQL, en passant par Java et OpenOffice, c'est toute une palette de technologies qui est ainsi disponible. Un succès d'estime, pour l'instant. On en espère que cette stratégie débouchera sur un modèle business convaincant.

15.01.2009

Des natalités - En France et ailleurs

On n'a pas si souvent l'occasion de se réjouir pour ne pas saluer la bonne santé de la natalité française. Avec 834 000 naissances et 543 000 décès, la population continue d'augmenter pour atteindre 64,3 millions d'habitants (France métropolitaine et Outre-mer). Les projections de l'INSEE tablent sur une population qui se stabiliserait autour de 70 millions dans les années 2050.

Autant l'on peut s'inquiéter de l'accroissement de la population mondiale qui est en fait un accroissement de la population asiatique et africaine, autant il est permis de se réjouir que la France renouvelle ses générations tout en accroissant l'espérance de vie.

Un pays qui ne renouvelle pas ses générations est un pays qui se suicide lentement et va au devant de problèmes insurmontables. Le cas du Japon est spectaculaire : Les projections annoncent une population de 95 millions d'habitants en 2050, soit 32 millions de moins que les 128 millions de 2004. A plus long terme, la population baisserait jusqu'à descendre sous la barre des 50 millions en 2100.

Les études montrent que le désir d'enfant des pays développés se situe en moyenne aux alentours d'un peu plus de deux (2,1),  autrement dit au seuil correspondant au renouvellement des générations.

Le politique n'a pas à  se mêler d'un désir d'enfant qui doit rester une affaire individuelle. Il peut, et de mon point de vue, il doit, s'efforcer de permettre à ce désir d'enfant de s'exprimer au mieux. C'est ainsi que la France maintient au fil des ans et des divers gouvernements une politique familiale relativement efficace. La politique familiale se définit par diverses prestations en espèces (congés de maternité, allocations familiales) et en nature (crèches, aides à domicile, scolarisation précoce).

Les aides en nature sont largement aussi efficaces que les aides financières. Elles rendent possible aux mères de famille de cumuler un emploi et la garde des jeunes enfants. Il est frappant de faire une comparaison entre les politiques françaises et allemandes.

La politique familiale française vient de son histoire et la longue stagnation de sa population tout au long du XIXème siècle. Jusqu'en 1800, la France était le pays le plus peuplé d'Europe avec près de 30 millions d'habitants. En 1900 elle dépassait péniblement les 40 millions. Pendant ce temps, l'Allememagne passait de 21 millions à 56 millions. Pas besoin de chercher plus loin, une des clés des différentes guerres. Et il est vrai que la politique familiale française a été pensée comme un moyen de concurrencer le dynamisme allemand et d'arriver à aligner suffisamment de divisions. D'où la mauvaise réputation de ce type de politique, accusée de vouloir fournir suffisamment de chair à canons.

C'est maintenant en Allemagne que le problème se pose avec son taux de fertilité de 1,32 enfants par femme (2,1 en France). L'Italie ne fait guère mieux avec 1,31, sachant que c'est une moyenne qui cache une grande disparité entre la prospère Italie du Nord qui ne fait plus d'enfants et l'Italie du Sud. Ce n'est sûrement pas un hasard si tous ces pays (Japon, Italie, Allemagne) subissent toujours le contre coup des régimes fascistes qui encouragaient une natalité destinée ouvertement à fournir des soldats. Ils ont également laissé le souvenir de l'endoctrinement des enfants dans des structures collectives à la gloire du régime. Encore aujourd'hui, en Allemagne, il n'est pas bien vu de laisser son enfant dans une crèche. Les choses évoluent, l'Allemagne a enfin pris conscience du danger démographique. Mais il lui faudra du temps pour se redresser.

D'autre pays souffrent aussi d'une dépopulation préoccupante. En particulier les ex pays de l'Est. Une étude de l'INED s'attache à comparer la démographie  de la France et de l'Ukraine, de superficie et de population semblables à la veille de la seconde guerre mondiale. Aujourd'hui la population de la France dépasse de 30% celle de l'Ukraine qui souffre en plus d'une espérance de vie en décroissance. Là aussi le poids le l'histoire soviétique et de la guerre aura été considérable.

09.01.2009

Réunion de service à la société Potemkine

9h-12h : Réunion de service chez Potemkine Inc (une entreprise pas si imaginaire que ça). A l'ordre du jour :

  • Les chiffres du trimestre : le réalisé par rapport aux objectifs
  • Processus d'avant-vente : une suite d'acronymes réservés aux initiés
  • Le nouvel outil de P&L : Calcul de marges sur les affaires
  • Questions diverses

A la fin de la réunion, le manager fait passer une feuille sous la forme d'un tableau donnant des numéros de question, avec les réponses à donner à ces questions. Il commente :

"Vous avez tous reçu un mail pour cette formation obligatoire sur la nouvelle stratégie de Potemkine. Il faut une journée pour suivre la formation, et 2 heures pour répondre au test obligatoire qui suit la formation. Comme on n'a pas de temps à perdre avec ça, j'ai demandé à Jean de s'y coller, et de fournir les bonnes réponses à toute l'équipe. Elles sont sur la feuille ; à vous de jouer. L'important est que la France ait un bon taux de participation et de bonnes réponses à ce test. Comme ça on aura de bons chiffres et ils nous foutront la paix. Moi, on me demande de faire du décor, je fais du décor".

Quelques jours plus tard, lors d'un entretien "one to one", le manager demande à un des membres de l'équipe :

- Qu'as-tu pensé de notre dernière réunion ?

- Eh bien, Potemkine vend des solutions informatiques à des clients et on a passé une réunion entière à parler de nos chiffres, de nos processus internes et de nos problèmes de boutique. Rien sur ce que l'on vend, ou un exemple de projet client.

- C'est vrai, mais j'avais prévu que Marina nous parle de son projet NITI (New Information Technology Infrastructure). Malheureusement, on n'a pas eu le temps.

- Effectivement, on n'a pas eu le temps. On a pris 3 heures à gérer nos processus et à se regarder le nombril. Du coup, on n'a plus le temps pour parler de nos clients. Trois heures à se regarder fonctionner ; plus de temps pour s'occuper du client : c'est caractéristique d'une entreprise qui est en train de mourir.

- J'accepte ta remarque. Mais c'était une demande de l'équipe de faire le point sur nos processus internes. On nous demande tellement de reporting qu'il faut s'arranger pour qu'on puisse avoir de bons chiffres.

- ....

N.D.L.R. : Potemkine, favori, amant et ministre de la grande Catherine de Russie aurait fait fabriquer des villages en décor de carton-pâte pour faire croire à la Tsarine que la Crimée nouvellement conquise était riante et prospère. Le nom de "village Potemkine" est resté pour désigner ces opérations de propagande où un décor factice masque une réalité non conforme aux rapports officiels.

05.01.2009

Nos résolutions

C'est tellement facile de tenir ses résolutions. Il suffit de bien choisir ses objectifs et de s'y tenir. Un autre René (Descartes) avait déjà remarqué qu'il nous faut :

"une volonté ferme et constante d'exécuter tout ce que nous jugerons être le meilleur et d'employer toute la force de notre entendement à en bien juger [..]  C'est de cela seul que résulte toujours le plus grand et le plus solide contentement de la vie. Ainsi j'estime que c'est en cela que consiste le souverain bien."

Chacun peut constater combien il est facile d'atteindre ses objectifs quand ils sont bien fixés. Tout semble alors se plier à notre volonté. Un par un les obstacles disparaissent ; on se sent invincible. Si vous êtes comme moi, tout ce que vous avez vraiment réalisé dans votre vie a été obtenu sans grand effort, au prix d'une volonté sereine et assurée d'atteindre son objectif.

Et pourtant, nous ne tenons pas nos résolutions, nous ne nous fixons pas vraiment d'objectifs, et on a tendance à se laisser aller au hasard des circonstances. C'est, que si la méthode est invincible, le résultat est toujours décevant. Non que l'on n'atteigne pas l'objectif fixé. On l'atteint bien, mais cette satisfaction du devoir accompli ne s'accompagne de rien de plus. Pas de bonheur particulier, de clé pour une vie bonne ou le "souverain bien". Si vous pensez atteindre un état mental particulier  - et supérieur bien sûr - en suivant ces recommandations, vous être bons pour la première secte qui passe à votre portée.

On n'est pas plus heureux d'avoir accompli son devoir. On n'est pas spécialement malheureux dans la lâcheté du laisser aller. Et ils sont tellement énervants, tellement chiants ces gens qui réussissent tout ce qu'ils entreprennent, qui ne comprennent pas pourquoi tout le monde n'y aboutit pas. Car en effet, on l'a déjà dit, on l'a déjà expérimenté, c'est très facile.

Mais on préfère souvent la chaleur du troupeau qui se laisse guider, à l'austérité non récompensée de ceux qui se prennent en main.

Il n'y a rien à gagner à tenir ses résolutions, rien à perdre non plus. Mais au passage on aura peut-être été utile à soi-même ou aux autres.

Bonne année 2009 à tous et spécialement à Catherine de Planetargonautes aussi talentueuse qu'adorable et fidèle

10.12.2008

La télé publique d'état

Par caprice, le Président de la République veut nommer et révoquer les présidents de l'audiovisuel public. Deux arguments sont invoqués en faveur de ce mode de désignation :

  • La fin de l'hypocrisie qui consiste à passer par un aréopage de personnalités qualifiées comme celles qui composent le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel (CSA)
  • Tous les dirigeants des entreprises publiques sont nommées par le Président de la République ou le gouvernement. Pourquoi faire une exception pour ceux de l'audiovisuel ?

 

  1. L'argument de la fin de l'hypocrisie est typiquement LePennien. A l'époque de sa gloire, Le Pen proclamait qu'il osait dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas. D'après ce type de posture, l'important est d'être authentique quelles que soient les opinions que l'on ait. C'est ainsi que la nomination par le CSA étant réputée truquée (elle l'est sans doute), autant jeter le masque et afficher cyniquement les préférences personnelles ou politiques qui déterminent le choix.

    Entre la bêtise qui peut nous prendre, la bassesse qui parfois nous anime, il y a normalement le filtre de l'intelligence ou de l'éthique, et l'on est pas forcé d'étaler au grand jour tout ce qui ne mérite pas de l'être. On doit aussi ne pas céder à toutes nos envies. C'est même ça qui fait que nous pouvons être un peu civilisé.
    J'ai vu ce bijou dans la vitrine. Dans mon désir d'authenticité et refusant l'hypocrisie, je suis donc passé à l'action, ai brisé la vitrine et emporté le bijou, dit le voleur. Normalement, ça ne marche pas devant les tribunaux.

    L'argument de l'hypocrisie est sans valeur

  2. Pourquoi faire une exception pour l'audiovisuel alors qu'il est normal que le patron d'une entreprise publique soit nommé par le chef de l'Etat. Il en est ainsi de la SNCF, par exemple.

    Il est normal de nommer le patron de la SNCF en tant qu'instrument de la politique des transports et de l'aménagement du territoire. Cette politique fait partie des choix qui sont pris lors des élections. Il est pourtant courant de voir nommer un dirigeant qui n'est pas du même bord politique que la majorité du moment. C'est le cas actuellement. De plus les différentes politiques d'aménagement du territoire ne sont pas un sujet d'opposition radicale entre les différents partis.

    Il n'en est pas de même de l'audiovisuel où toutes les opinions doivent pouvoir s'exprimer de manière équitable. Il n'y a pas et il ne peut pas y avoir de consensus en ce domaine. Il ne doit pas exister une politique de l'information. Il ne doit pas exister une politique de l'émotion, qui en diffusant à haute dose toute sorte de programmes liées au affaires criminelles orientent l'opinion vers une demande de répression encore plus accrue

Les deux arguments sont donc irrecevables. De plus la menace continuelle sur les budgets des différentes entreprises de l'audiovisuel sera un moyen de pression insupportable à tout dirigeant souhaitant conserver un minimum d'indépendance.

On peut donc se joindre à la pétition en ligne de Marianne. Parfois les pétitions sont utiles. Le retrait (partiel) du fichier EDVIGE prouve qu'un fort mouvement d'opinion peut faire reculer des initiatives aussi liberticides.

24.11.2008

Travailler le dimanche

La question du travail dominical agite nos députés, l'Eglise catholique, et les commentateurs.

Il m'arrive de travailler le week-end et la nuit. Je viens même de passer deux week-ends de suite chez un client (d'où mon silence sur ce blog : on ne peut pas être partout !!)

La mission consistait en diverses mises à jour logicielles et matérielles. En jargon informatique, on parle d'upgrade. Pour être plus précis, ce client fait tourner son entreprise avec SAP : prototype du progiciel dévoreur de budget pour certains, facteur clé de l'efficacité industrielle pour d'autres.

Quoi qu'il en soit, toute la production de cette entreprise, depuis l'approvisionnement jusqu'à la distribution chez ses clients est sous le contrôle de SAP. Une opération lourde, de remplacement ou d'upgrade de composants logiciels suppose l'arrêt du service, et ne peut donc s'effectuer qu'en heures non ouvrées, pour ne pas pénaliser l'activité ordinaire de l'entreprise.

Opérations techniques et planning

Voici le programme de ces deux week-ends :

  • 8 et 9 novembre :
    • Remplacement de serveurs
    • Upgrade de l'Operating System (Solaris 8 vers Solaris 10)
    • Upgrade de la base de données (Oracle 9.2 vers Oracle 10.2)
    • Tests et recettes SAP au niveau fonctionnel et technique
  • Lors de premier week-end, SAP n'est pas modifié. Il s'exécute dans la même version au dessus d'un socle technique différent
  • Temps de travail :
    • Samedi 8 novembre : de 8h à 22h30
    • Dimanche 9 novembre : de 9h à 16h
    • J'ai fait le week-end tout seul
    • Temps de travail en heures non ouvrées: 22 heures

 

  • 14-15-16 novembre
    • Upgrade SAP de la version 4.6C vers la version ECC6
  • Temps de travail et planning :
    • Vendredi 14h : Préparation de l'opération et dernière mise au point
    • Vendredi 14 21h : Démarrage de la sauvegarde
    • Samedi 15 à partir de minuit : Démarrage de l'upgrade SAP
    • Dimanche 16 novembre à 5h30 du matin : Fin de l'upgrade
    • Dimanche 16 à 6h : Lancement de la sauvegarde
    • DImanche 9h : Fin de la sauvegarde - Tests techniques et fonctionnels jusqu'à 14h
    • Dimanche 18h : Retour à la maison
  • Nous étions deux lors de ce deuxième week-end
  • Temps de travail en heures non ouvrées pour chacun : 21 heures

Aspects réglementaires et financiers

Dans mon entreprise, ce type de mission est basée sur le volontariat. Sachant que nous ne sommes pas très nombreux à avoir des compétences SAP, on a vite fait le tour des volontaires potentiels. Disons qu'on s'arrange entre nous, et que le management nous laisse nous débrouiller. Au cours d'une année, il faut compter une petite dizaine d'opérations de ce type.

Il est en principe interdit d'effectuer plus de onze heures consécutives, qui doivent elles-mêmes être suivies d'un repos de onze heures également. Dans notre cas, ce type de réglementation n'est pas applicable ; il n'est d'ailleurs pas appliqué. J'ai travaillé du vendredi 14 heures jusqu'au samedi matin à 7 heures du matin avec une  pause d'une heure pour le dîner.

Financièrement, les interventions en heures non ouvrées sont facturées double au client. Dans le cas des opérations des deux week-ends, la proposition est de :

  • Samedi 8 novembre : Upgrade Oracle = 1 jour x 2 = 2 jours (le dimanche ne sera pas compté, car il est dû à des problèmes techniques)
  • Upgrade SAP du 14 au 16 novembre = 40 heures = 5 x 8 heures x 2 = 10 jours
  • Une journée normale (ou tranche de 8 heures) est facturée 1250 Euros + 150 Euros de frais de déplacement
  • L'ensemble des deux week-ends a donc été facturé (1250 x 12) + (150 x 6 )  = 15 900 Euros
  • En heure ouvrée, le même nombre d'heures aurait été facturé (1250 x 6) + (150x6) = 8400 Euros

En ce qui nous concerne, nous sommes payés en heures supplémentaires 250 Euros bruts par tranche de 4 heures non ouvrées. Cela fait un total de 64 heures. 64 heures divisées par 4 donnent 16 x 250 Euros = 4000 Euros bruts, au prorata des heures supplémentaires de chacun.

L'opération reste bénéficiaire pour mon employeur qui facture le double. En principe, le doublement de tarif lui est très largement profitable puisqu'il verse 2x250 Euros bruts pour une surfacturation qui est supérieure à 1000 Euros (1250 dans ce cas de figure). Dans notre exemple, la différence ne lui pas autant favorable du fait du premier week-end qui ne sera pas totalement facturé au client, mais qui devrait m'être payé aux heures effectivement réalisées (Normalement !!)

Quelques réflexions

Les prix de journée peuvent paraître exhorbitants. Ce sont pourtant les tarifs ordinaires pour ce type d'intervention. A ma connaissance, un consultant Oracle ou SAP est souvent facturé 1400 Euros la journée, 1800 dans certains cas. Pour des missions d'administration technique de longue durée, une SSII sera plutôt entre 600 et 800 Euros suivant le profil.

On doit noter que ce type d'intervention est extrêmement stressant. Une erreur de manipulation ou une mauvaise préparation peut mettre en péril l'ensemble de la manipulation, qui devra être reportée dans le meilleur des cas, ou qui nécessitera un retour en arrière toujours périlleux, ou même mettre au chômage technique l'ensemble de l'entreprise en cas de grave problème.

A titre personnel, je ne refuse pas ce genre d'interventions (même si ce type de tâche technique ne fait plus partie de mon activité ordinaire). Elles font un complément  de revenus nonnégligeables, et il n'y en a jamais plus d'une par mois. Par ailleurs, j'ai la faculté d'organiser mon temps de travail de manière assez libre. Voilà pourquoi je suis prêt à travailler certains week-ends, ou certains soirs quand il y a besoin. Pendant des périodes moins chargées, je m'autorise des journées moins pleines sans que l'on vienne compter mes heures. C'est une confiance réciproque, profitable à  mon employeur comme à moi-même.

Je ne suis pas du tout certain que cela soit valable pour tous ceux qui sont menacés d'une extension légale des journées de travail jusqu'au dimanche, telle que les discussions actuelles le prévoient. Les opérations d'upgrade informatiques que je viens de décrire font partie des travaux de maintenance qui se font, par nature, lorsque l'activité ordinaire est arrêtée. Je ne vois aucune valeur à généraliser ces travaux aux tâches qui peuvent être effectuées en heures ouvrées. Tout ce qu'on peut en attendre est un léger effet sur l'emploi et une hausse des prix non négligeable. Tout cela, à condition que ces heures soient rémunérées en heures supplémentaires, ce qui n'est assurément pas garanti si cette pratique se généralise.

Le repos du dimanche a été rendu obligatoire par une Loi du 18 novembre 1814, supprimé en 1880, puis rétabli en 1906. Nous vivons sous ce régime depuis un siècle, cela n'empêche pas les trains de rouler le dimanche, ni d'avoir du courant éléctrique, d'être soigné en cas de besoin, ou d'effectuer des opérations de maintenance. La suppression de cette journée aurait des effets négligeables sur le plan économique et catastrophiques sur le plan social comme sur le plan symbolique des valeurs.

29.10.2008

Un dos maçonné

Vraiment, Rimbaud aurait bien fait de tourner un "dos maçonné" à ses anciennes activités littéraires ?

C'est ainsi que René Char image une rupture qu'il essaie de défendre malgré l'évidence d'un parcours qui finit très banalement.  Tout indique, en effet, qu'après ses trois années de poésie, Rimbaud  s'est très communément rangé. Il voulait faire de l'argent, se marier, et ne parlait plus de ses poésies. Juste des rinçures, disait-il, quand il daignait encore en parler.

René Char ne pouvait pas mieux dire avec ce dos maçonné. Rimbaud quittait ce cadeau de la vie qu'on nomme adolescence. Une, deux ou trois années pendant lesquelles tout est questionné, remis en cause et rejeté. Tout le discours parental et scolaire n'a plus aucune légitimité ; on a la chance alors de pouvoir construire le sien. Peu en profitent, il est bien compliqué de ne plus avoir les certitudes de l'opinion commune. Voilà une période dont beaucoup se souviennent avec mépris comme l'instant où l'on se pose la questions idiote du "sens de ma vie".

Il faut juste admettre que la vie n'a de sens que celui qu'on lui donne. Mais non, ils préféreront se rendormir comme passager d'un processus biologique qu'on appelle la vie. Après cette période vraiment trop dérangeante, on accueille avec soulagement le confort de l'opinion toute faite (mais par qui ? n'est plus une question) et de la vie comme habitude. Le dos est bien maçonné, bardé de certitudes qu'on ne remettra surtout plus en question. Bétonnons, colmatons,  et ne revivons plus jamais cette période si dérangeante.

D'autres, plus rares, se décident alors à prendre les commandes. La voie n'est plus tracée par d'autres et il s'agit de voir au loin, jusqu'au tombeau bien ouvert qui nous attend tous, pour retrouver quoi ? L'éternité.

27.10.2008

La publicité posthume de Soeur Emmanuelle

Mais qui suis-je donc pour dire ma gêne à écouter ce message posthume de Soeur Emmanuelle ? Rien de ce que je peux faire ne peut se comparer.

Enregistré deux ans avant sa mort voici ce qu'elle nous dit :

"Lorsque vous entendrez ce message, je ne serai plus là. En racontant ma vie, toute ma vie, j'ai voulu témoigner que l'amour est plus fort que la mort. J'ai tout confessé - le bien et le moins bien - et je peux vous le dire. De là où je suis, la vie ne s'arrête jamais pour ceux qui savent aimer".

On ne pourra même pas accuser quelque requin qui voudrait faire du fric sur le dos de la sainte. C'est bien elle qui aura enregistré ce message au profit de son association d'aide aux défavorisés (Asmae-Association Soeur Emmanuelle).

En entendant cette pub, ce matin, j'ai tout simplement été épouvanté. Comment peut-on parler de la mort sur ce ton guilleret, sur un air d'opérette, comme s'il s'agissait d'une simple plaisanterie ? Ceux qui me lisent savent que je n'ai aucune hostilité à l'égard du message du Christ et que mes incertitudes aimeraient bien se tranformer en véritable Foi.

Mais à entendre cette voix, qui n'est pas d'outre tombe, j'ai eu le sentiment que tout était faux. Comme si, décidément, la mort n'était rien qu'un simple passage d'où l'on pourrait encore nous parler, comme si de rien n'était, et que rien ne changeait, fondamentalement. Comment pouviez-vous, sans rien en savoir, affirmer avec tant de certitude, ce que vous connaissez peut-être, mais que vous ne pouvez plus nous dire, malgré ce subterfuge ? La technique permet ce genre d'illusion ; croyez-vous que cet espèce "d'enregistrement-réalité" puisse nous tromper ? Il nous plonge, au contraire, dans l'épouvante de la mort, comme un spectacle de plus.